Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Les scientifiques ont vu juste

CHRONIQUE / Décidément, ça brasse côté climat. Depuis le début de l’année 2020, les moyennes mensuelles de température à l’échelle mondiale sont supérieures et de beaucoup à la normale (1), laissant présager une température annuelle 2020 qui sera une des trois plus chaudes enregistrées depuis 1880. Pour sa part, la banquise sur l’océan Arctique a atteint le 15 septembre son deuxième plus bas minimum historique depuis 42 ans qu’on en fait la mesure satellitaire (2).

Une bonne raison ? L’an dernier, la chaleur latente accumulée dans les océans mondiaux a dépassé toutes les valeurs enregistrées depuis 1955. Les températures de l’air à la surface des océans et des continents sont alimentées par cette énergie. Cela explique aussi la saison exceptionnelle de tempêtes tropicales qui se développent dans l’Atlantique tropical et le golfe du Mexique, dont la dernière, Teddy, qui a affecté la Nouvelle-Écosse la semaine dernière.

C’est lorsque la température de la surface océanique dépasse 27,8 degrés Celsius que l’évaporation de l’eau contribue à générer ou à renforcer les tempêtes tropicales. Lorsque la vapeur d’eau condense, elle libère son énergie et réchauffe l’air environnant qui devient instable, engendre des dépressions et provoque des cyclones. Or, dès le mois de juillet, dans le golfe du Mexique et dans l’Atlantique autour de la Floride, on mesurait une température moyenne de 30 degrés (3). Cela explique que la saison des ouragans, qui débute officiellement le 1er juin et se termine le 30 novembre, a été précoce en 2020. Deux tempêtes tropicales, enregistrées respectivement le 16 mai (Arthur) et le 27 mai (Bertha), ont été suivies de Cristobal le 1er juin. C’est la sixième année consécutive que la saison des ouragans commence avant la date officielle et cette année s’annonce le record historique, puisque le 18 septembre, on avait enregistré 23 tempêtes tropicales, dont huit ouragans. Une saison normale compte une douzaine de tempêtes tropicales, dont six ouragans. Or, nous n’en sommes qu’à un peu plus de la moitié en 2020 !

Des incendies de très grande envergure, tant dans l’hémisphère sud (Australie, Brésil) que dans l’hémisphère nord (Californie, Oregon, Colombie britannique, Alberta, Sibérie), ont ravagé des millions d’hectares de forêts dans les trois dernières années (4). Se pourrait-il que quelque chose cloche ?

Tous ces phénomènes, pris individuellement, peuvent paraître anecdotiques. Les records sont faits pour être battus après tout. Mais ils font tous partie des prédictions qui ont été faites par les scientifiques qui étudient le climat depuis 30 ans, que le GIEC publie ses rapports à l’intention des décideurs.

Dans le premier rapport du GIEC en 1990 (5), on prédisait que si les émissions de gaz à effet de serre continuaient d’augmenter au même rythme, le climat de la planète se serait réchauffé d’un degré Celsius en 2025. C’est déjà fait. Et malgré les engagements des pays dans l’accord de Paris, cela continue. Même si les émissions de CO2 ont connu un fléchissement en raison de la COVID-19, sa concentration mesurée à l’Observatoire de Mauna Loa était en août 2,5 ppm plus élevée que pour le même mois l’an dernier (6).

Les conséquences anticipées à l’époque de ce réchauffement – fonte des glaciers et de la banquise, sécheresses, temps violents – s’avèrent quotidiennement en 2020 comme en témoignent les observations relatées plus haut. Les scientifiques avaient donc raison. Dommage pour ceux qui en doutaient !

Il va falloir vivre avec cette nouvelle réalité, car la chaleur accumulée dans les océans va prendre beaucoup de temps à se dissiper pour rétablir un semblant d’équilibre climatique. Mais il faut agir, vite et fort, car on voit de plus en plus dans les publications que des seuils irréversibles se rapprochent.

Il y a péril en la demeure ! Chacun peut faire sa part. Il ne faut pas attendre 2050 pour devenir carboneutres. Il ne faudrait pas que ce qu’on prévoit comme conditions climatiques dans 30 ans se réalise...

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