Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Les à-côtés de la COVID-19

CHRONIQUE / La pandémie n’a pas fini de faire des siennes. Certains se sont réjouis de la baisse momentanée des émissions de gaz à effet de serre observée à la faveur du confinement mondial. On estime en effet que l’arrêt de production de certaines usines, l’effondrement du trafic aérien, du tourisme et des congrès, l’augmentation exponentielle du télétravail et des achats en ligne vont résulter en une baisse significative de ces émissions pour l’année 2020. Selon la longueur et l’intensité de la crise, cette réduction pourrait se répercuter sur deux ou trois ans, peut-être moins. Bien sûr, cette baisse sera temporaire et ne réglera pas le problème du réchauffement climatique. Pour espérer atteindre la cible de l’Accord de Paris, la réduction devrait être de 7 % par an jusqu’en 2030 et se continuer par la suite pour arriver à la carboneutralité en 2050. On est très loin du compte. La crise de la COVID-19 révèle d’autres à-côtés environnementaux.

Les mesures de protection individuelle, le confinement et la distanciation sociale ont bouleversé le monde des matières résiduelles. On évalue par exemple que le marché des masques jetables, qui était de 800 millions de dollars en 2019, passera à 166 milliards en 2020, soit 200 fois plus ! Pas étonnant qu’on ait connu une pénurie en mars. Tous ces masques à usage unique vont à la poubelle. Rien à recycler, tout va à l’enfouissement ou à l’incinération, quand ce n’est pas carrément dans la nature pour les pays moins nantis. Les contenants en plastique des gels désinfectants prennent le même chemin.

La fermeture des commerces et des restaurants a occasionné un transfert massif de la consommation vers l’achat en ligne et la consommation de plats à emporter. Tous ces emballages représentent des milliers de tonnes de matières supplémentaires à éliminer. La plupart des emballages alimentaires ne sont pas faciles à recycler, ils finissent à la poubelle. Pour les emballages qui vont au recyclage, les centres de tri en sont encombrés puisque l’augmentation des volumes récupérés fait baisser les prix sur le marché de la récupération.

Les multiples effets de la COVID-19 sur la société ne seront connus que dans quelques années, lorsque nous aurons le recul et les données nécessaires pour faire des analyses de tendances. D’ici là, nous sommes dans le domaine de l’anecdotique et des hypothèses. Il n’en demeure pas moins que ce phénomène illustre l’interdépendance entre l’humanité et l’environnement planétaire.

On a convenu d’appeler l’époque actuelle « Anthropocène » pour refléter l’influence prépondérante de l’humanité sur les systèmes entretenant la vie sur la Terre. La crise climatique, l’appauvrissement accéléré de la biodiversité, l’accumulation de déchets plastiques dans les océans, l’épuisement de certaines ressources comme les stocks de poissons illustrent bien ce phénomène. On retrouve aussi des molécules de synthèse provenant de nos déchets dans tous les écosystèmes. Depuis 40 ans, l’impact des humains ne cesse de s’accélérer.

La crise de la COVID-19 permet de se rendre compte que la tendance à l’accélération n’est pas inéluctable. Dans les villes désertées par les automobiles pendant le confinement, on a pu voir le retour de la faune. Le calme est aussi revenu dans certaines zones maritimes, au point où on peut mesurer une réduction suffisamment significative du bruit sous-marin pour espérer des effets positifs pour les cétacés. La réduction des vibrations liées au trafic routier permet d’enregistrer des mouvements sismiques de faible intensité qui disparaissaient dans le bruit de fond des villes encore l’an dernier. S’il fallait une preuve que notre impact collectif est réversible, l’anthropause actuelle nous l’apporte.

Peut-être pourrait-on profiter de cette démonstration pour mettre en œuvre de véritables changements ? Si on veut régler les problèmes de façon durable, il faut agir sur la cause. Une réflexion s’impose avant de relancer la course à la consommation !