Le textile dans de beaux draps?

CHRONIQUE / L’industrie mondiale du vêtement est une immense consommatrice de ressources, en particulier du pétrole. Elle utilise une foule de produits toxiques qui se retrouvent dans l’environnement et émet deux fois plus de gaz à effet de serre que le Canada dans son ensemble ! Tout cela pour des fripes qui durent en moyenne moins d’un an et qui ne sont souvent portées que quelques heures ! Un rapport de la Fondation Ellen MacArthur (http ://www.ellenmacarthurfoundation.org/publication) paru fin novembre pose un diagnostic effarant sur cette industrie qui aurait bien besoin d’une réforme systémique pour s’inscrire dans le développement durable.

La production de vêtements a plus que doublé, au cours des 15 dernières années, et on prévoit une croissance rapide de l’industrie alimentée par la combinaison de l’augmentation de la classe moyenne dans les pays émergents et par le phénomène de la mode éphémère qui favorise les textiles de basse qualité à courte durée de vie. 

Les fibres utilisées dans l’industrie textile proviennent à près de 60 % du pétrole et à 30 % du coton. Le reste se divise à part égale entre les autres fibres naturelles comme la laine, la soie, le lin et des fibres tirées du bois comme la rayonne. Au total, l’industrie textile engloutit chaque année 98 millions de tonnes de ressources non renouvelables, comme du pétrole pour fabriquer les fibres synthétiques, des engrais pour produire le coton et des produits chimiques pour la coloration et le traitement des textiles. Sans oublier les 93 milliards de mètres cubes d’eau destinée au processus de fabrication. C’est 5 fois plus que toute l’eau bue par l’ensemble de l’humanité dans une année !

Le problème est bien réel, mais peut-on le résoudre en disant « tout le monde tout nu » ? Se vêtir est un besoin humain fondamental et il faut des vêtements différents pour chaque saison, au moins dans nos contrées. L’habillement est aussi un moyen d’expression individuelle qui contribue à l’affirmation de soi et au bien-être. Alors quoi faire ?

Les pistes sont multiples. D’abord, il faut penser avant d’acheter. « En as-tu vraiment besoin ? » L’expression popularisée par Pierre-Yves McSween n’est pas anodine. Les garde-robes et les placards de nos maisons sont pleins de vêtements qui ont été achetés sur un coup de tête. En principe, lorsqu’on a besoin d’un nouveau vêtement, il faut le choisir en fonction de son utilité et de sa durée, donc préférer un produit de qualité, fait avec des fibres naturelles, si possible issues de la production locale ou de l’agriculture biologique, ce qui réduit les impacts en amont. Parmi les fibres durables, la rayonne produite à partir de fibres de bois pourrait aussi contribuer à consolider la filière des produits forestiers au Québec. Ce textile, issu de la pâte dissoute ou viscose peut avantageusement remplacer les fibres synthétiques ou le coton. Selon « Le maître papetier.ca » si la viscose remplace 1 % de fibres synthétiques, la demande pour la pâte à dissolution augmente de près de 11 %, alors que si la viscose remplace 1 % de coton, environ 6 % de pâte dissoute supplémentaire est nécessaire. Cette pâte, lorsqu’elle est fabriquée selon des techniques modernes, présente au Québec un bilan carbone très avantageux par rapport aux alternatives. 

Naturellement, lorsque les vêtements ne nous plaisent plus, la réutilisation est la solution la plus avantageuse. Il faut encourager les friperies tant pour le don que pour les achats. Permettre aux vêtements de servir à d’autres personnes encourage l’économie sociale et réduit les impacts de la fabrication de nouveaux vêtements. Enfin, moins de 1 % des fibres textiles sont recyclées dans le monde. Il y a là un fort potentiel d’amélioration !

L’industrie du textile a de grands progrès à faire, mais cela ne sera pas possible si les consommateurs ne font pas leur part. Aucune industrie ne pollue si on n’achète pas ses produits.