Donald Trump

Le scénario Trump

Dans cette série de chroniques, nous nous intéressons aux changements climatiques à l’horizon 2100. Dans la préparation du prochain rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), cinq scénarios socio-économiques partagés (SSP) ont été établis. Ces scénarios font évoluer différemment les forces motrices qui influencent les émissions de gaz à effet de serre et examinent les conséquences. Dans les deux premières chroniques, nous avons examiné le scénario des lunettes roses, où tous les pays appliqueraient aujourd’hui les principes du développement durable et feraient, sans lâcher prise, les efforts nécessaires pour limiter l’augmentation de la température mondiale. Ce scénario nous donnerait une augmentation, malgré tout de l’ordre de 2,5 à 3 degrés à la fin du siècle. Le deuxième scénario, intitulé « Comme d’habitude ! », poursuit simplement sur la tendance actuelle et nous donne un réchauffement de 4 à 5 degrés au même moment. Aujourd’hui, examinons un avenir un peu plus chaotique : le scénario Trump.

C’est un scénario où les pays jouent les rivalités régionales. La compétition est la principale motivation qui gouverne les politiques. On assiste actuellement, avec la guerre commerciale que Donald Trump a initiée avec ses surtaxes protectionnistes, à une manifestation de cette tendance. Dans cette perspective, les pays jouent les cartes de la sécurité nationale et la de la compétition sans merci. Des conflits régionaux poussent les pays à se concentrer sur leur propre sécurité énergétique et alimentaire et au mieux font des alliances régionales pour y arriver, même si cela menace le développement humain à plus large échelle. L’accaparement des terres agricoles d’Afrique par la Chine auquel on assiste depuis une quinzaine d’années, fait partie de ce genre de scénario.

Dans ce cadre, les investissements en éducation et dans le développement technologique diminuent. La croissance démographique est faible dans les pays industrialisés, mais forte dans les pays en développement. À la fin du siècle, la population mondiale dépasserait les 12,6 milliards de personnes, dont 4 milliards vivraient en Afrique. La croissance économique mondiale est faible, la consommation demeure exigeante en ressources et les inégalités s’empirent avec le temps. La faible priorité accordée aux questions environnementales globales entraîne une forte dégradation de l’environnement dans plusieurs pays.

Le niveau d’éducation stagne et l’urbanisation culmine autour de 60 % avec des bidonvilles et d’importantes populations rurales pauvres dans les pays en développement. Le PIB annuel moyen serait de 20 000 $ américains (2005) par habitant en 2100 avec d’immenses disparités entre les plus riches et les plus pauvres. Comme l’essentiel de l’énergie provient encore de carburants fossiles et en particulier le charbon, les émissions de GES augmentent sans cesse jusqu’à tripler en 2100. Dans les pays en développement, l’usage traditionnel de la biomasse se perpétue, ce qui accélère la déforestation et la désertification. En conséquence de ce désastre, la température moyenne planétaire augmenterait de 5 à 6 degrés. On peut penser que les conflits liés aux migrations de populations des pays pauvres vers les pays riches seraient alors exacerbés.

Malgré tous les calculs des modélisateurs, il s’agit du seul des cinq scénarios où il n’a pas été possible de trouver une solution pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris. C’est évidemment la voie à ne pas suivre. Mais le « Twitter » en chef de la Maison-Blanche ne prêterait pas oreille à ce type d’argument.

Cet avenir est cauchemardesque. Il est l’antithèse du développement durable. Il est vraisemblable tout de même, si on en croit les diktats de certains acteurs économiques. L’égoïsme et la compétition sont des mots clés pour une certaine droite dont le poids politique pèse lourd.

Les deux derniers scénarios sont fort différents. Ils nous présentent un monde où l’utopie technologique joue un rôle déterminant.