Les sources de métaux commercialement rentables se raréfiant sur les continents et la demande augmentant pour certains usages technologiques, un premier projet de la compagnie canadienne Nautilus a été accepté en Papouasie-Nouvelle-Guinée en 2011.

Le principe de précaution

CHRONIQUE / Le principe de précaution est souvent invoqué par les groupes environnementaux comme un argument pour empêcher l’exploitation de certaines ressources. Ce principe stipule que lorsqu’une activité humaine présente un risque potentiellement irréversible ou catastrophique pour l’environnement, on ne doit pas attendre d’avoir toutes les certitudes pour prendre des actions visant à en limiter la portée.

Ainsi, il n’est pas nécessaire d’être absolument certain de tous les impacts que représenterait un réchauffement de 4 degrés Celsius ou plus à la fin du siècle pour prendre des actions immédiates afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre qui en sont la cause.

Il y a quelques semaines, l’assemblée de l’International Seabed Authority, une organisation créée en 1994 en vertu de la convention sur les océans des Nations Unies, s’est réunie pour examiner la mise en place de règles visant à encadrer l’exploitation de minéraux sous-marins. On sait depuis les années 1950 que sur le plancher océanique, à plus de 1000 mètres de profondeur, on retrouve des gisements de nodules riches en minéraux précieux comme le manganèse, le cobalt, le cuivre et l’or. Jusqu’à maintenant, ils n’ont jamais été exploités commercialement en raison des difficultés d’opération et des coûts qui en résultent. Mais les sources de métaux commercialement rentables se raréfiant sur les continents et la demande augmentant pour certains usages technologiques, un premier projet de la compagnie canadienne Nautilus a été accepté en Papouasie-Nouvelle-Guinée en 2011, et un autre sur la côte mexicaine plus récemment.

Dans l’éditorial de la revue Nature du 12 juillet dernier, la rédaction insistait sur la nécessité de réglementer rapidement, à l’échelle internationale, l’exploitation des nodules minéraux des fonds marins. C’est d’autant plus pertinent qu’il n’y a jamais eu d’exploitation commerciale de ces richesses situées en majeure partie dans les eaux internationales et que de nombreux impacts environnementaux potentiellement irréversibles sont envisageables, même s’ils n’ont pas encore été étudiés ou quantifiés. Par exemple, les effets du dragage sur les communautés benthiques sont inconnus. De plus, le traitement des nodules à bord les navires se traduira par des rejets de déchets miniers qui pourraient remettre en circulation des métaux toxiques et contaminer les réseaux alimentaires et ainsi affecter les pêcheries pour très longtemps.

Historiquement, les activités de prélèvement des ressources minérales se sont développées dans une absence relative de réglementation. En général, on a découvert les impacts négatifs après coup. L’empoisonnement des cours d’eau et la destruction à peu près irréversible des écosystèmes résultant de l’activité minière nous ont laissé un héritage lourd de conséquences pour lequel les générations à venir devront payer. Aujourd’hui, les réglementations sont beaucoup plus sévères et les entreprises ont cheminé dans leurs politiques de développement durable, mais beaucoup du passif aurait pu être évité si les gouvernements avaient appliqué une approche prudente plutôt qu’insouciante à l’égard de ces projets. Mais comment le principe de précaution devrait-il être appliqué en ce qui concerne les ressources sous-marines ?

La réponse la plus radicale serait de mettre un moratoire sur les projets jusqu’à ce qu’on connaisse mieux les impacts et qu’on puisse baliser correctement les pratiques des industriels. Malheureusement, 29 pays, dont les États-Unis, n’ont pas signé ou ratifié la Convention sur les océans. Un tel moratoire n’aurait à peu près aucune valeur. Dès lors, la meilleure attitude ne serait-elle pas de prévenir les dommages en mandatant des équipes scientifiques pour faire des relevés, formuler des hypothèses et accompagner les entreprises pour recueillir un maximum de données dans l’ensemble du cycle de vie de ces projets ?