Le premier 20 %

CHRONIQUE / Une lectrice du Quotidien me demandait récemment quel était l’impact des excès de vitesse sur la pollution et la consommation de carburant. À voir la façon dont les gens conduisent « en cowboy » au Québec et plus particulièrement à Saguenay, la question prend tout son sens. Elle interpelle bien sûr la dimension environnementale du développement durable, mais aussi la dimension sociale et la dimension économique. Dans le modèle de la chaire en éco-conseil, les dimensions éthique, culturelle et de gouvernance sont aussi interrogées pour comprendre la complexité de ce phénomène et tenter d’y trouver des pistes de solution.

Dans le domaine énergétique, il faut distinguer l’énergie de la puissance. La seconde est la capacité d’une machine à utiliser ou à produire de l’énergie par unité de temps. Par exemple, une centrale électrique de 10 mégawatts ne peut pas produire plus que 10 mégawattheures par heure. De la même façon, un moteur d’une puissance de cent chevaux-vapeur (US) correspond à 74,5 kilowatts. Comme il y a 10 kilowattheures dans un litre d’essence, si la transformation était parfaite, il consommerait environ sept litres et demi de carburant à l’heure. Mais la transformation est loin d’être parfaite, car la combustion de l’essence dans un moteur a une efficacité de moins de 35 %. Donc, à pleine puissance, vous consommerez trois fois plus. Ainsi, plus un moteur est utilisé à fond, plus il consomme de carburant. La puissance des moteurs est rarement utilisée à fond. C’est surtout lors des accélérations et en lien direct avec la vitesse qu’on a besoin de puissance. En effet, plus on roule vite, plus la résistance de l’air est grande et il faut de la puissance pour la vaincre et maintenir sa vitesse. C’est à partir de ces bases simples qu’on peut comprendre qu’une conduite caractérisée par des accélérations brutales et par des excès de vitesse se traduira par une facture d’essence plus élevée. Sans compter le stress imposé aux autres composantes du véhicule, en particulier les pneus. Voilà pour le côté économique. Ça coûte plus cher de conduire en cowboy !

En proportion de la consommation d’essence viennent les émanations de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre. On estime qu’une conduite préventive en respectant les limites de vitesse avec un véhicule bien entretenu et des pneus correctement gonflés permet de réduire de 20 % la consommation de carburant et les polluants en même proportion. On parle alors d’éco-conduite.

Il est plus difficile de quantifier les autres impacts. L’effet de la conduite « cowboy » sur la santé et la sécurité se traduit par un stress accru pour l’ensemble des usagers de la route. Les bruits générés par des moteurs et des pneus fortement sollicités augmentent aussi le stress de ceux qui résident à proximité. Cela augmente aussi le risque d’accident. Les gens qui brûlent les feux rouges sous prétexte qu’ils sont « orange foncé » obligent les autres usagers à une vigilance accrue. Ce n’est pas juste, il y a donc aussi des enjeux éthiques. Pour la gouvernance, on oblige les villes à imposer des règlements, une surveillance accrue et des mesures comme les ralentisseurs.

Malheureusement, la culture du char, l’impatience, l’insouciance, l’égoïsme, la grossièreté et l’irresponsabilité vont trop souvent de pair. Cela ne sera pas facile à changer. Surtout que la publicité ne fait que stimuler ce genre de comportement en mettant l’accent sur la puissance des véhicules.

Qu’arrivera-t-il aux « cowboys » avec l’avènement des voitures autonomes ? Ces voitures, dotées d’une intelligence artificielle seront sans doute plus raisonnables et moins gourmandes que celles qui sont actuellement pilotées par des « cowboys » dont l’intelligence naturelle semble faire la pause dès qu’on leur offre un volant. En attendant les voitures autonomes, pensez que la réduction du premier 20 % de l’empreinte carbone de l’auto ne coûte rien, elle rapporte à tout le monde.