Claude Villeneuve

Le dilemme du transport

CHRONIQUE / Mes deux dernières chroniques ont traité de l’achat de produits locaux et de circuits courts vus sous la lorgnette du développement durable. Aujourd’hui, nous verrons comment les distances influencent l’impact de nos achats sur les changements climatiques. La composante transport du cycle de vie des produits est souvent pointée du doigt pour disqualifier les produits qui viennent de loin. Mais ce n’est pas si simple.

En Amérique du Nord, la majeure partie du transport de surface des biens se fait par camions lourds. Sur le plan international, c’est le transport maritime qui est privilégié. Bien que gourmands en carburant, bateaux et camions transportent de lourdes charges. Pour mesurer leur contribution aux changements climatiques, il faut diviser la consommation du moteur par la charge utile transportée sur un kilomètre. Cela donne un facteur d’émission. On parle alors de grammes de CO2 par tonne-kilomètre. Ce facteur varie selon le type de navire ou de camion, mais le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques publie un facteur générique de 0,1873 kg par tonne-km pour les camions lourds et de 0,0057 kg par tonne-km pour les navires. Sur ces bases, la distance entre les ports de Shanghaï et de Montréal étant de 32 123 km par la voie maritime la plus longue, l’empreinte carbone d’un objet d’un kilo fabriqué en Chine sera de 183 grammes. Pour un kilo de tomates provenant du Mexique à environ 5000 kilomètres en camion, les émissions seraient de moins de 100 grammes de CO2.

Pour les produits locaux, on pourrait penser que l’impact est encore moindre, mais ce n’est pas si évident, du moins pour les grandes chaînes. En effet, les produits alimentaires, particulièrement les viandes, sont souvent transformés loin de leur lieu de production. Un kilo de boeuf aura en moyenne parcouru 3500 à 5000 kilomètres en camion avant de se retrouver chez votre boucher, même si l’animal est né et a été élevé dans votre région. Les grands détaillants centralisent aussi la distribution et leurs entrepôts sont situés en périphérie des grands centres. Ainsi, un brocoli produit à Saint-Gédéon au Lac-Saint-Jean doit d’abord passer par Boucherville pour revenir au supermarché d’Alma, à 10 kilomètres du champ où il a poussé, 1000 kilomètres en camion plus tard.

Il vaut donc mieux privilégier les chaînes courtes, mais cela suppose qu’on optimise les moyens de transport et de livraison. En effet, un camion léger qui consomme 25 litres de diesel aux cent kilomètres émet 625 grammes de CO2 par kilomètre. S’il transporte deux tonnes de marchandise, ses émissions sont 15 fois plus grandes que celles d’un camion lourd. Notre même kilo transporté sur seulement cent kilomètres aura donc ajouté l’équivalent du tiers de celui qui est parti du Mexique.

Peu importe les combinaisons, les transports à longue distance par voie maritime ou terrestre ont un impact relativement mineur si on les compare aux déplacements en voiture pour aller chez le détaillant. On peut s’en rendre compte facilement. Un VUS produit environ 300 grammes de CO2 par kilomètre. Si vous faites seulement 10 kilomètres pour acheter un kilo de quelque chose en solde dans une grande surface, vous aurez produit une empreinte carbone de 20 à 30 fois plus grande que celle qui l’a amené de n’importe où dans le monde.

L’enjeu est donc de ne pas faire de déplacements inutiles pour ses emplettes. Des solutions comme le panier de légumes du fermier de famille, les achats groupés, les marchés de proximité où on peut aller à pied et même la livraison postale sont à préconiser. Voir par exemple : https://minuitmoinscinq.co/pages/la-coop.

En conclusion, les chaînes courtes de production et l’achat local présentent de nombreux avantages en termes de développement durable. Il faut cependant être attentifs aux distances parcourues et aux moyens de transport utilisés pour réduire au minimum l’empreinte de vos achats.