Le côté sombre de l’électronique

CHRONIQUE / Au pied de combien d’arbres de Noël trouvera-t-on des bidules électroniques cette année ? Combien d’entre vous changeront-ils leur ordinateur portable, leur téléphone « intelligent » ou les deux ? Combien de nouveaux appareils branchés trouveront-ils leur place dans les chaumières ? S’il est impossible de répondre précisément à ces questions, on peut présumer que la réponse « plus que l’an dernier » n’est pas fausse.

L’électronique est omniprésente dans le monde moderne. Elle nous rend d’immenses services, mais un jour ou l’autre, question de mode, d’obsolescence (planifiée ou non) ou simplement parce qu’il en coûte moins cher d’acheter du neuf que d’aller voir le réparateur, tous ces appareils deviendront des déchets et finiront au rebut. Selon un rapport des Nations Unies, The Global E-waste Monitor 2017, paru le 13 décembre, ce sont 45 millions de tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques (DÉÉÉ) qui ont été gérés dans le monde en 2016, une hausse de 8% par rapport à 2014. Chaque Terrien produit en moyenne 6,1 kilogrammes de DÉÉÉ par année ! 

Cela est d’autant plus dramatique que, malgré les injonctions à la prudence et à la mise en œuvre de moyens de prévention comme l’éco-conception et le recyclage, le phénomène qu’on voyait venir depuis plus de vingt ans est en pleine explosion. Seulement 20% de cette production est réellement collectée et recyclée. Pour les 80% restants c’est le flou total puisqu’aucune donnée précise n’est disponible. Cela veut dire en clair qu’ils disparaissent dans la nature, les lieux d’enfouissement et les incinérateurs… Or les DÉÉÉ contiennent des minéraux rares et produisent des substances toxiques lorsqu’ils ne sont pas correctement traités.

Au Québec, cette question se pose depuis un certain temps. Il y a dix ans déjà, certains centres comme le Carrefour Environnement Saguenay se sont intéressés au domaine et ont développé une expertise dans le démantèlement, la remise en état, la revente d’appareils et le recyclage des composantes hors d’usage et des matériaux valorisables dans les déchets électroniques. Aujourd’hui, ARPE-Québec est un organisme à but non lucratif reconnu par RECYC-QUÉBEC qui a pour mandat de récupérer et de valoriser les produits électroniques en fin de vie utile au Québec. Le Carrefour Environnement Saguenay reçoit les appareils hors d’usage de tout l’est du Québec.

Alors quoi faire ? Sur le site de Recyc-Québec, on peut consulter la page «On en prend soin» (http://onenprendsoin.recyc-quebec.gouv.qc.ca/produits-electroniques/) qui indique à quel endroit et quels DÉÉÉ peuvent être disposés pour le recyclage et le traitement. C’est bien, mais dans un monde idéal, il faut réduire à la source les DÉÉÉ comme les autres déchets. La première chose à faire est de se poser la question du besoin réel. Est-ce que j’achète bien le bon appareil pour mes besoins ? 

Même si un appareil peut paraître séduisant dans la publicité, si on ne l’utilise pas à plein, son prix réel par heure d’utilité se met à augmenter tout comme l’impact relatif de sa fabrication et de sa disposition. Contrairement à l’automobile, dont la majorité des impacts se trouvent dans sa phase d’utilisation, l’impact des appareils électroniques réside dans les étapes de production et de disposition comme c’est le cas pour les meubles ou les vêtements. 

Par exemple, la durée de vie moyenne d’un téléphone portable est de moins de deux ans. Si on prolonge sa vie utile de six mois, on diminue son impact relatif de 25%, si on le garde un an de plus, on réduit l’impact jusqu’à 40%. Les appareils électroniques sont des composantes de la vie moderne et ils nous rendent de grands services, mais personne ne doit ignorer le côté sombre des DÉÉÉ. Espérons que cette chronique aura su l’éclairer un peu !