Le choix du boeuf

CHRONIQUE / Les incendies qui ravagent la forêt amazonienne ont mobilisé l’attention internationale la semaine dernière. Et avec raison. L’immense forêt tropicale humide, principal réservoir de biodiversité des Amériques, comptait 41 000 foyers d’incendie contre 22 000 l’an dernier.

Contrairement à nos forêts boréales, dont les espèces sont bien adaptées à se régénérer après les incendies, les espèces tropicales ont peine à reprendre leur place après une conflagration. Les terrains qui résultent des incendies sont beaucoup plus pauvres et se régénèrent au mieux en herbacées. C’est d’ailleurs ce qui permet de les cultiver pendant quelques années ou d’y installer des pâturages pour l’élevage du bétail.

L’agriculture sur brûlis est une pratique millénaire qui était utilisée par les aborigènes précolombiens. La pratique s’est toutefois intensifiée pour dégager des terres et exploiter les ressources minérales, fonder des villes et ouvrir des routes au détriment de la forêt tropicale tout au long de l’histoire au Brésil comme en Afrique et en Indonésie. Cette déforestation à large échelle contribue à la perte de biodiversité, à l’érosion des sols, à la perturbation du cycle de l’eau et aux changements climatiques. Peu importe le territoire où on perd des forêts tropicales, c’est toute l’humanité qui est perdante. Dans les années 1980, la déforestation ne cessant de s’accélérer, la communauté internationale s’en est émue et d’importants efforts ont été consentis pour contrôler ce fléau. Mais revenons au Brésil.

Pour une fois, les changements climatiques ne semblent pas à blâmer dans le désastre en cours. En effet, l’hiver brésilien a connu des périodes sèches, mais rien d’exceptionnel. Les observations satellitaires montrent que les foyers d’incendie portent une signature, celle de la déforestation volontaire. Comment peut-on en venir à ce constat?

Du début janvier à la fin de juillet, on a déboisé 6800 kilomètres carrés de forêts tropicales dans l’Amazonie brésilienne. C’est presque trois fois la superficie du lac Mistassini. Les incendies qui résultent de ce déboisement ont une signature particulière sur les images satellitaires en raison de la grande quantité de biomasse présente. Cela permet de les distinguer d’autres types d’incendies comme ceux qui résultent du brûlage des champs, des fossés routiers ou des résidus agricoles. 

Dans ma chronique « Des impacts insoupçonnés » publiée au début d’avril, je relatais les craintes de la communauté scientifique concernant la guerre économique entre la Chine et les États-Unis. La Chine, en refusant d’importer du soja américain se tournait vers le Brésil pour produire cette légumineuse essentielle à l’alimentation des animaux et des humains. On ne croyait pas si vite voir cette prédiction se réaliser. Il est vrai que le gouvernement de Jair Boisonaro a clairement encouragé par son discours et son laxisme une accélération du déboisement illégal. 

La production agricole issue de la déforestation du Brésil est surtout attribuable à l’extension des grandes cultures et des pâturages pour le bétail destiné à l’exportation. Plus grand exportateur mondial de bœuf avec 1,64 millions de tonnes en 2018, on peut d’ailleurs trouver du bœuf brésilien dans certains restaurants au Québec, sans compter les salaisons et les viandes transformées. Lorsqu’on regarde les analyses de cycle de vie comparant les productions de bœuf, on se rend compte de l’impact de la déforestation. Un bœuf élevé au Québec présente une empreinte carbone de 25 à 27 kilos d’équivalent CO2 par kilo de viande alors que la viande du Brésil en émet 77 kilos.

Pensez-y bien la prochaine fois qu’on vous offre un steak de bœuf brésilien dans votre restaurant favori. Consommer local pollue trois fois moins et réduit la pression sur la biodiversité mondiale.