Le 21 mars, le printemps?

CHRONIQUE / Le printemps est une saison définie astronomiquement par la période qui se situe entre l’équinoxe (21 mars) et le solstice d’été (21 juin). Dans l’hémisphère nord, les jours s’allongent et l’angle de la Terre par rapport au Soleil permet que la lumière arrive plus directement au sol et réchauffe le climat. Plus on s’éloigne de l’équateur vers le nord, plus cette variation est perceptible. D’ailleurs, au-delà du cercle polaire arctique, il fait jour 24 heures sur 24 au solstice d’été. La durée du jour s’appelle photopériode. Les humains n’y peuvent rien changer. Il n’en va pas de même du climat que nous contribuons à réchauffer par nos émissions de gaz à effet de serre.

Sur le terrain, tout le monde sait que sous nos latitudes l’hiver n’est pas fini le 21 mars. On a donc tendance à considérer que la saison printanière coïncide avec le débourrement des bourgeons et la feuillaison, c’est-à-dire fin avril ou début mai dans le sud du Québec et jusqu’à la mi-juin dans le Grand-Nord. La température influence donc la phénologie, c’est-à-dire les comportements des plantes et des animaux. La phénologie des animaux qui vivent ici à l’année est coordonnée avec la phénologie des végétaux, ce qui explique qu’on ne voit pas d’insectes en hiver.

Dans les zones tropicales où hivernent beaucoup des oiseaux qui nichent ici en été, la variation des températures est moins perceptible que celle que nous vivons ici. Leur départ pour nos latitudes est donc souvent coordonné avec l’allongement de la photopériode, alors que le débourrement des bourgeons et l’éclosion des larves d’insectes dépendent de la température locale. Lorsque les migrateurs arrivent chez nous pour nicher, ils doivent normalement précéder la sortie de leur nourriture, ce qui explique qu’ils s’installent en mai. L’élevage des jeunes demande une nourriture abondante et de haute qualité. Pour les insectivores, il vaut mieux disposer de larves bien grasses et tendres, comme les chenilles, que d’adultes fibreux, comme les papillons. Pour les herbivores, il faut une végétation en croissance et tendre plutôt que du foin mûr et dur.

Une étude parue le 2 mars dernier dans la revue Scientific reports observe que le printemps arrive de plus en plus tôt dans l’hémisphère nord et que cette tendance est d’autant plus marquée à mesure qu’on s’en va plus au nord. Ainsi, sur la période 1928-2013, ils ont remarqué que le printemps arrive en moyenne de plus en plus tôt et que le rythme de la dernière décennie varie en fonction de la latitude, de deux jours dans le sud des États-Unis à 16,5 jours plus tôt par décennie en Alaska. La tendance est plus marquée au nord du 50e parallèle soit à partir de Sept-Îles ou de Chibougamau. C’est très inquiétant, disent les chercheurs, car il est possible que les oiseaux qui migrent sur de très longues distances arrivent alors que leur nourriture favorite n’est plus au rendez-vous.

Le rythme actuel de devancement de l’arrivée du printemps dans les latitudes nordiques risque de s’accélérer à mesure que le climat se réchauffe. Bien sûr, les oiseaux peuvent s’adapter à des variations de quelques jours, voire de deux ou trois semaines. Mais si on parle de mois, dans 40 ou 50 ans, quelles seront les limites à leur adaptation ? Comment ce décalage affectera-t-il leur succès reproductif ? Ces questions restent ouvertes.

Il faut bien sûr plus de science pour y répondre. Les modifications de la phénologie et leur lien avec les changements climatiques sont une question fascinante qu’il faut étudier. Les changements climatiques vont bouleverser certains éléments qui nous semblaient immuables. Cela dit, il faut célébrer le printemps et profiter du retour des oiseaux migrateurs qui viendront égayer nos forêts. Demain le printemps astronomique, bientôt le printemps phénologique !