La fonte des glaces s’accélère

CHRONIQUE / L’une des premières manifestations visibles du réchauffement climatique concerne l’évolution de la cryosphère. C’est la partie de la planète qui reste gelée saison après saison, soit la glace des inlandsis continentaux que sont l’Antarctique et le Groenland sur lesquels reposent des couches de glace qui peuvent dépasser deux kilomètres d’épaisseur, la banquise pluriannuelle de l’océan arctique et les plaques glaciaires qui entourent le continent antarctique, les glaciers de montagne et enfin, le pergélisol. Plusieurs études parues récemment à partir d’observations satellitaires montrent que la fonte de la cryosphère s’accélère depuis une trentaine d’années avec des conséquences qui laissent craindre pour le futur.

Voyons d’abord la glace de mer. Dans l’océan Arctique, la banquise ne cesse de s’amincir et la surface d’eau libre s’agrandit chaque été. Le phénomène est bien compris et on le suit chaque mois par le site HTTP ://nsidc.org/arcticseaicenews/. On y apprend que la couverture de glace de mai 2018 est la deuxième plus faible après 2016 et que la tendance à la réduction de la surface de glace est de 36 000 kilomètres carrés par décennie depuis 1981, c’est-à-dire une réduction annuelle équivalant à 36 fois la surface du lac Saint-Jean. La réduction la plus spectaculaire est celle des glaces vieilles de 5 ans et plus qui ont virtuellement disparu au détriment de glaces plus jeunes et plus minces, qui fondent plus facilement en été, ce qui accélère le phénomène. Dans l’Antarctique, avec l’automne austral, la surface glacée augmente à grande vitesse, mais la surface couverte par la glace était en mai la troisième plus faible jamais enregistrée.

Les banquises sont formées par l’eau de l’océan. Leur fonte ne contribue donc pas à l’élévation du niveau de la mer. Il en va différemment de la glace des inlandsis. La fonte des glaciers continentaux se manifeste de deux façons : par le ruissellement de l’eau de fonte vers les océans et par le vêlage d’icebergs ou le détachement de plateformes alimenté par les langues des glaciers. Cette glace fondra lentement dans son périple et s’ajoutera au volume d’eau des océans. Un article paru dans Nature le 13 juin 2018 démontrait que la vitesse de perte de glace de l’Antarctique avait triplé depuis 2007. Cela correspond à 2720 ± 1390 milliards de tonnes de glace entre 1992 et 2017, ce qui représente une hausse du niveau de la mer de 7,6 ± 3,9 millimètres. L’incertitude sur les mesures est importante, mais les chiffres restent très significatifs. Cela représente l’hypothèse la plus pessimiste prévue par le GIEC dans sa modélisation de la contribution de l’Antarctique à la hausse du niveau de l’océan au 21e siècle. Mais l’Antarctique n’est pas la seule source d’eaux de fonte. On estime que le Groenland a perdu 1000 milliards de tonnes de glace entre 2011 et 2014. Les glaciers de montagne, même s’ils représentent une très faible proportion de la cryosphère, contribuent à la hausse du niveau de l’océan dans le même ordre de grandeur. Mais l’apport des eaux de fonte n’est pas la seule déterminante du rehaussement du niveau de la mer. L’eau, lorsqu’elle est plus chaude, se dilate et occupe plus d’espace.

À ce rythme d’accélération, le niveau de la mer pourrait avoir augmenté de 60 centimètres en 2050. C’est très inquiétant. Avec une augmentation du niveau de la mer de 15 centimètres, une zone qui est inondée une fois par année le sera 20 fois plus souvent. De plus, l’érosion des berges va s’accélérer, spécialement lors des tempêtes.

Ce phénomène est inéluctable. Le réchauffement du climat que nous observons aujourd’hui est lié à nos émissions passées de gaz à effet de serre. Or, nous continuons d’augmenter ces émissions et le climat continue de se réchauffer. Il est primordial, là où c’est possible, de protéger les côtes et les infrastructures existantes, d’éviter d’investir dans les zones riveraines et de se préparer à accueillir des réfugiés climatiques.