La fin des pompistes?

CHRONIQUE ENVIRONNEMENT / Coup sur coup, en juillet dernier, la France et l’Angleterre ont annoncé qu’il n’y aurait plus de véhicules propulsés par des moteurs à combustion interne vendus sur leur territoire en 2040. On justifiait cette mesure draconienne par l’effort de lutte aux changements climatiques et pour la protection de la santé respiratoire et cardio-vasculaire des citadins. Les deux grands pays avaient été précédés par la Norvège et les Pays-Bas qui ont pris le même engagement à encore plus court terme.

Des fabricants automobiles s’y mettent aussi, avec Volvo qui veut éliminer progressivement le moteur à explosion de ses modèles. Volkswagen et Toyota ont promis d’emboîter le pas en offrant la motorisation électrique sur tous leurs modèles d’ici 2030. Tesla, pour sa part, n’a jamais utilisé cette technologie. Après 150 ans de domination incontestée, l’invention de Gottlieb Daimler ne se retrouvera-t-elle plus qu’au musée ?

L’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) a publié la semaine dernière une note signée par Gilles L. Bourque, économiste au Fondaction de la CSN. La fiche technique intitulée Bannir les véhicules à combustion : pourquoi pas au Québec ? qu’on peut télécharger, montre de manière convaincante que pour atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce serait un moyen efficace qui comporterait un minimum de risques économiques. En effet, le Québec dispose d’importantes réserves d’hydroélectricité propre et ne dépend en rien de l’industrie automobile. En plus, le sous-sol québécois dispose d’importantes réserves de minerais stratégiques (lithium, cobalt, graphite et cuivre) que nous pouvons extraire dans des conditions enviables, surtout si les projets miniers font l’objet d’analyses de développement durable. Tout bénéfice ?

Bien sûr, comme le propose l’auteur, les bénéfices économiques, environnementaux et sociaux seraient tangibles. L’électricité est beaucoup moins chère et plus efficace que l’essence. Pour 10 kilowattheures présents dans un litre d’essence, on ne peut en utiliser qu’environ 1,4 pour mouvoir un véhicule à combustion interne, le reste est perdu en chaleur et en bruit. Pour sa part, le kWh d’électricité est transformé en mouvement à plus de 85 %. On fait donc 10 fois plus de kilométrage avec un dollar d’électricité qu’avec un dollar d’essence. Les avantages sociaux sont aussi de la partie, et évidemment l’environnement ne s’en porterait que mieux. La façon de faire cette transition serait aussi fort simple : il s’agirait de réviser la Loi sur les véhicules zéro émissions adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en 2016. Cette loi impose des seuils croissants de ventes de véhicules sans émission. En rehaussant la proportion des véhicules neufs sans émissions qui doivent être offerts chaque année par les concessionnaires, on pourrait arriver progressivement à interdire la vente de véhicules à combustion interne en 2030. Trop facile ?

L’idée est belle, mais la réalité est têtue. Même si ce plan est séduisant, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. En revanche, il faut regarder la question dans sa globalité et avec une pensée systémique. Plus de véhicules électriques individuels, ça fait juste des embouteillages plus propres et moins bruyants (si on débranche les klaxons). L’enjeu du transport urbain demande une combinaison de moyens dont le transport actif et collectif électrifié. Il faut aussi penser aux bornes de recharge. Elles sont coûteuses et le temps de recharge est encore rédhibitoire pour bien du monde. L’autonomie des véhicules est aussi un enjeu, surtout dans des régions forestières où on doit souvent parcourir deux cents kilomètres entre deux points de service. Certes, le métier de pompiste a connu ses heures de gloire, mais il reste encore quelques décennies avant qu’il ne disparaisse tout à fait.