La durabilité des bioproduits

CHRONIQUE ENVIRONNEMENT / La semaine dernière, je participais à un séminaire à l’Université de Maastricht en Hollande. La thématique portait sur l’évaluation, en termes de développement durable, de bioproduits, c’est-à-dire issus de la biomasse. En effet, dans un contexte de lutte aux changements climatiques et d’économie verte, il devient impératif de substituer aux carburants fossiles des produits moins nocifs pour l’environnement planétaire.

On peut remplacer des produits issus du gaz naturel ou du pétrole dans la fabrication des plastiques, mais aussi des carburants, ou encore des produits pharmaceutiques. En fait, il n’y a pas de barrière théorique à remplacer les produits pétroliers par de la biomasse dans tout ce qui a trait à la chimie du carbone. En revanche, il y a de nombreuses barrières techniques, économiques et même sociales. L’outil traditionnellement utilisé pour évaluer et comparer les options et leurs impacts potentiels sur l’environnement s’appelle l’analyse de cycle de vie (ACV). Encadrée par la série de normes ISO 14 040, l’ACV est une technique que nous utilisons régulièrement à la Chaire en éco-conseil. 

En gros, l’ACV consiste à faire l’inventaire de tous les intrants qui peuvent être nécessaires pour fabriquer un produit ou offrir un service et toutes les émissions qui y sont associées du berceau au tombeau, c’est-à-dire de l’origine des matières premières jusqu’à la disposition des déchets en fin de vie utile. Pour une auto, il faut compter à partir de l’extraction des métaux et du pétrole, la consommation d’électricité des usines, le transport, l’essence et les lubrifiants qui seront consommés pendant sa vie utile, les pneus et les pièces de rechange ainsi que les déchets qui ne seront pas recyclés lors de son démantèlement. Cet inventaire doit être le plus exhaustif possible, mais il y a quand même des critères de coupure. On ne s’intéressera pas au petit sapin « sent-bon », par exemple. Une fois l’inventaire terminé, les données sont traitées avec un logiciel qui nous donne les impacts potentiels de chaque kilomètre parcouru et on peut faire des comparaisons déclinées en impacts sur le réchauffement climatique, la santé humaine, la santé des écosystèmes et l’appauvrissement des ressources non renouvelables.

Mais l’ACV est-elle suffisante pour qualifier quelque chose de durable ? Malheureusement, bien que les informations qu’on peut en tirer soient éclairantes, il faut faire des études économiques et sociales, s’interroger sur l’éthique, la gouvernance et même les aspects culturels si on veut réellement répondre à la question de la durabilité. Dans ma conférence, j’ai donné l’exemple des bioproduits issus de la forêt boréale du Québec en utilisant les outils d’analyse que nous avons développés et quelques analyses de cycle de vie que nous avons publiées dans les dernières années sur le sujet. Le diaporama de ma conférence est disponible sur le site de la chaire (http ://ecoconseil.uqac.ca). 

Pour ce faire, nous avons d’abord utilisé la fiche de gouvernance du développement durable complétée par le Québec dans le cadre d’une initiative de l’Organisation internationale de la Francophonie. Nous avons aussi utilisé une analyse de la Stratégie d’aménagement durable des forêts, plus quelques indicateurs comme les aires protégées et les superficies récoltées dans des territoires soumis à une certification forestière et cinq ACV (une sur les plantations, une sur la production d’un livre, une sur la production de bois lamellé-collé, une sur le chauffage d’un hôpital avec de la biomasse forestière et une sur la perte de puits de carbone liée à l’inondation de territoires forestiers pour la production d’électricité).

Le résultat a beaucoup intéressé les participants. Même s’il reste encore du chemin à parcourir, la foresterie au Québec et ses bioproduits peuvent se targuer d’être bien orientés vers le développement durable.