La consigne est plus efficace

CHRONIQUE / Il y a des années qu’on demande qu’une consigne soit imposée sur tous les contenants de plastique, bouteilles d’eau, de jus et autres breuvages non gazeux. Malheureusement, l’industrie s’y oppose, les marchands sont plus que tièdes à l’idée et le gouvernement tergiverse. Un air bien connu, mais pendant ce temps, le volume des déchets explose. Le plastique représente aujourd’hui plus de 6 % de la consommation mondiale de pétrole et, si on en croit les projections, cela pourrait être 20 % en 2050. Aujourd’hui, ce sont 8 millions de tonnes de déchets plastiques qui se retrouvent dans les océans chaque année. C’est un peu plus d’un kilo par habitant de la planète. En conséquence, on estime qu’aujourd’hui la quantité de plastique qui flotte dans les océans représente un cinquième de la biomasse de poissons qui y nagent et en 2050 la quantité de déchets plastiques à la dérive dépassera la biomasse des poissons. C’est bien sûr inacceptable, mais quoi faire ?

Il semble que la consigne soit une partie de la solution. Une étude scientifique parue dans Marine Policy vient de démontrer de façon très élégante que la consigne des contenants de plastique pourrait réduire de 40 % la quantité de ces déchets sauvages. Comment les scientifiques ont-ils pu en arriver à une telle conclusion ?

L’étude s’est faite en recensant les bouteilles de plastique sur les côtes de l’Australie et des États-Unis. On a ensuite comparé le nombre de bouteilles par unité de surface entre les états des deux pays qui appliquent une consigne et ceux qui font simplement inciter leurs citoyens à les mettre au recyclage de façon volontaire. Les résultats sont étonnamment similaires entre les deux pays. Il y a 40 % moins de contenants abandonnés dans la nature qui se retrouvent sur les plages et les rochers dans les états qui imposent une consigne, que dans ceux qui ne le font pas. Mais n’y a-t-il pas d’autres facteurs qui pourraient expliquer cette différence ?

Pour s’assurer que c’était bien la consigne qui faisait la différence, les chercheurs ont été un peu plus loin. Ils ont regardé par exemple la richesse des habitants de chaque état examiné et ont trouvé une légère différence entre les états les plus riches dont les citoyens semblent jeter un peu moins de bouteilles dans la nature, mais la différence est minime. Il fallait creuser encore un peu. C’est là que la recherche montre toute son élégance.

Les chercheurs ont recensé séparément les bouteilles et les bouchons. On peut supposer que si la bouteille est consignée, les bouchons ne le sont pas. Les gens se voient donc rembourser la consigne, qu’ils retournent la bouteille avec ou sans bouchon. En supposant que les gens sont réellement influencés par la consigne et non pas par leur conscience environnementale, on peut poser l’hypothèse que plus de bouchons que de bouteilles se retrouveraient sur les rives des états qui imposent une consigne. 

Et c’est exactement ce qu’ils ont trouvé ! Dans les états où on impose une consigne, il y a 40 % plus de bouchons que de bouteilles dans les déchets de plastique collectés sur les côtes.

C’est la première fois qu’une étude d’envergure montre l’efficacité de la consigne à une aussi grande échelle. Au-delà de la beauté de la méthode et de la clarté des résultats, le message qu’elle nous donne est clair : la consigne peut contribuer à régler le problème du plastique océanique à la source. Bien sûr, il faut plus d’éducation et des campagnes de sensibilisation pour changer les comportements, mais une politique de consigne est à la portée de tous les états. Qu’attend le Québec pour imposer la consigne à toutes les bouteilles de plastique ?