La biodiversité va mal

CHRONIQUE / Le 30 mai dernier, je publiais dans ces pages une chronique intitulée Le poids des vivants faisant état d’un article scientifique aux conclusions inquiétantes. Même si l’humanité représente moins de 0,01 % du poids de tous les êtres vivants sur la planète, elle constitue 36 % du poids des mammifères et les animaux d’élevage qui servent à nous nourrir pèsent pour leur part 60 % de tous les mammifères, ne laissant que 4 % à toutes les autres espèces de mammifères sauvages.

Les poulets, dindes, canards, oies et autres oiseaux de basse-cour constituent pour leur part 70 % du poids des êtres emplumés. Le 30 octobre, WWF, le Fonds mondial pour la Nature, publiait son 10e rapport Planète vivante faisant état de la biodiversité mondiale. Selon le WWF, entre 1970 et 2014, 60 % des animaux sauvages ont disparu de la surface du globe.

Publié tous les deux ans depuis 1998, ce rapport suit l’évolution de divers indicateurs pour poser un diagnostic sur l’état de la vie sauvage sur la planète. Bien sûr, WWF est un organisme militant, mais il est crédible, car il est transparent dans ses méthodes d’évaluation qu’il confie à des scientifiques compétents. Pour le reste, il formule ses messages en fonction de sa cause, mais avec de pareils chiffres, il n’est nul besoin d’inflation verbale pour être alarmiste.

Nous en avons traité souvent dans cette chronique, la multiplication combinée de la population humaine et de sa richesse provoque une consommation toujours plus grande de ressources naturelles, de territoire et d’énergie. 

À la clé, la production de déchets, la réduction des habitats naturels et les émissions accrues de polluants et de gaz à effet de serre avec des conséquences sur le réchauffement du climat, l’acidification des océans et l’eutrophisation des plans d’eau douce et des estuaires. 

À leur tour, ces phénomènes occasionnent une pression négative sur les populations d’espèces sauvages. Bref on vit dans une dynamique « Ôte-toi de là que je m’y mette ! » Bienvenue dans l’Anthropocène.

La cause est-elle désespérée ? Ce n’est pas certain. Il y a plus de 100 ans que des organismes de conservation de la nature dénoncent et proposent des solutions essentiellement orientées vers la protection. 

D’abord, on a voulu protéger des paysages et les espèces qu’elles renfermaient en créant des parcs nationaux. Ensuite, on a tenté de protéger des espèces emblématiques victimes du braconnage et des espèces en voie de disparition en les isolant pour favoriser leur reproduction. Tous ces efforts ont connu des fortunes diverses et des résultats somme toute décevants. 

Devant la nature globale et multiforme du problème, la communauté internationale s’est mobilisée pour aller chercher l’engagement des gouvernements par des conventions. À Rio, en 1992, trois conventions ont été signées, une sur les changements climatiques, une sur la désertification et une sur la biodiversité. Cette dernière, la CBD, a établi son secrétariat général à Montréal et, au fil des années et des rencontres internationales, élaboré un plan d’action incluant les 20 objectifs d’Aichi pour la période 2010-2020.

Malheureusement, selon le WWF, la CBD n’atteindra pas ses objectifs et son plan d’action est voué à l’échec. Curieux comme cela ressemble à la Convention-cadre sur les changements climatiques qui risque, cet automne à Katowice, de constater l’insuffisance de l’Accord de Paris sur le climat, avant même sa mise en œuvre. L’approche des accords multilatéraux est-elle encore adéquate ?

La biodiversité est menacée, ce n’est pas nouveau. Devant l’accélération des pressions des humains sur les autres formes de vie sur la planète, il nous reste un espoir, celui du développement durable. Il faut considérer l’ensemble des paramètres du problème. Il est plus que temps de rendre opérationnel ce concept. Nous y travaillons depuis 30 ans.

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