Grande tristesse à Pâques

CHRONIQUE / L’Île de Pâques est un rocher volcanique de moins de 15 kilomètres dans sa plus grande largeur. Sa superficie de 162 kilomètres carrés représente moins du sixième du lac Saint-Jean. Elle est située dans l’océan Pacifique, à 2068 kilomètres de l’île habitée la plus proche (Pitcairn) et à 3525 kilomètres de la côte la plus proche, celle du Chili. Elle est peuplée de 6370 habitants, les Pascuans, qui constituent la population humaine la plus isolée au monde. On la connaît surtout pour les statues géantes (de 6 à 8 mètres de haut) appelées Moa (ou Moaï au pluriel) que leurs ancêtres polynésiens ont érigées dans les quelques siècles d’occupation qui ont précédé sa découverte par les navigateurs européens au 18e siècle. Les Moaï étaient disposés sur des plateformes localisées en bord de mer qui servaient aussi de lieux de sépultures familiales pour les divers clans qui se partageaient le territoire.

Les Pascuans ont déboisé complètement cette île et leur civilisation s’est effondrée après moins de 600 ans d’occupation comme l’ont démontré de nombreuses études relatées dans le livre Effondrement  de Jared Diamond paru en 2006. Mais aujourd’hui, l’Île de Pâques est menacée par le réchauffement climatique qui provoque une hausse du niveau de l’océan.

La semaine dernière, le New York Times publiait un reportage très bien fait sur le phénomène de l’érosion lié au rehaussement du niveau de la mer qui menace l’île et ses statues mythiques. Pour cause, les vagues de tempête provoquent l’effondrement des falaises et des zones côtières plus friables où ont été érigées les Moaï. Les Pascuans observent avec tristesse les ossements de leurs ancêtres qui font surface à mesure que les plateformes sont érodées. Plusieurs statues sont ainsi menacées de disparaître dans les deux prochaines décennies, une perte pour le patrimoine culturel de l’humanité. Avec une élévation du niveau de la mer de 1 à 2 mètres, prévue avant la fin du siècle, la situation est alarmante.

L’Île de Pâques fait partie des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1995 et l’essentiel de son économie est aujourd’hui tributaire du tourisme. Le rehaussement du niveau de la mer affectera donc aussi bien le passé de l’île que son avenir. Les Pascuans devront-ils émigrer, chassés par les changements climatiques, même si le relief de l’île culmine à 507 mètres ? En effet, les zones habitables et cultivables y sont très rares et les moyens pour la population de maintenir une économie minimale sont peu diversifiés.

Plusieurs populations du Pacifique sont menacées par le même sort. Les îles Marshall, Vanuatu, Kiratibi et même la méga-cité de Jakarta sont vouées à être inondées ou fortement affectées dans les prochaines décennies. L’enjeu des réfugiés climatiques n’est pas près d’être réglé !

Les changements climatiques posent des problèmes d’équité et de justice. Ce sont surtout les pays industrialisés et maintenant les grands pays émergents qui ont causé l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère par leur consommation de carburants fossiles et par leur agriculture. Les premières victimes de l’augmentation du niveau de l’océan qui résulte du réchauffement du climat sont des gens qui ont très peu contribué à ce problème. Non seulement les engagements des pays signataires de l’Accord de Paris sont-ils très insuffisants pour contenir le problème et stabiliser le climat, mais les questions de l’aide aux pays les plus vulnérables et de l’accueil des réfugiés climatiques piétinent. On peut donc comprendre la tristesse des Pascuans. 

Joyeuses Pâques à tous, mais n’oubliez pas de poser un geste pour réduire vos émissions de gaz à effet de serre ou les compenser. Les Pascuans ont coupé leurs arbres. Pourquoi ne pas en planter avec Carbone boréal ? (http ://carboneboreal.uqac.ca