Faire trois fois mieux?

CHRONIQUE / Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a dévoilé le 28 novembre dernier son neuvième Emission Gap Report, lequel fait le point sur la différence entre les engagements des pays et la cible de limiter le réchauffement climatique à moins de 2˚C en 2100. Constatant que le niveau des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) s’est remis à augmenter en 2017 après trois années de stagnation, les auteurs indiquent que même si plusieurs pays atteindront leur cible pour 2020, la tendance à la croissance des émissions ne sera pas encore arrêtée en 2030. Or, il faudrait qu’elle soit stoppée dès maintenant, si on veut espérer stabiliser le climat. Dans l’état actuel des engagements, nous ne pourrons pas échapper à un réchauffement de plus de 3,5˚C. D’ailleurs, l’Organisation météorologique mondiale annonçait le 29 novembre que 2018 allait être la quatrième des années les plus chaudes enregistrées depuis 1880.

Avec l’ouverture de la 24e Conférence des Parties à Katowice en Pologne le 2 décembre, la pression sur les États est forte pour faire preuve de plus d’ambition. En effet, le PNUE évalue qu’il faudrait que les pays atteignent d’abord les cibles auxquelles ils se sont engagés pour 2020, puis celles de 2030. Les émissions de GES sont étroitement associées avec l’activité économique, donc, la majorité des émissions est attribuable aux pays du G20. Le PNUE constate que le G20 réalisera globalement sa cible de 2020, malgré que cinq pays membres (Canada, Indonésie, Corée du Sud, Afrique du Sud et États-Unis) ne tiendront pas leurs engagements. Par ailleurs, dans l’état actuel des choses, le G20 dans son ensemble ne semble pas en voie d’atteindre sa cible pour 2030. Pendant ce temps, l’économie africaine décolle et sa démographie est galopante. Donc, les émissions des pays africains vont continuer d’augmenter proportionnellement à leur consommation de carburants fossiles, de ciment et de la déforestation. Il serait injuste de ne pas leur donner leur chance alors que les économies déjà bien nanties sont responsables de l’essentiel des émissions historiques qui ont provoqué le réchauffement observé jusqu’à maintenant. Tel est le dilemme auquel se heurtent les négociations internationales depuis plus de 25 ans.

Le PNUE évalue que l’ensemble des émissions (incluant la déforestation) en 2017 a dépassé 53 milliards de tonnes de CO2. Avec la performance actuelle des pays, ce chiffre serait de 59 milliards de tonnes en 2030. Si tous les engagements sont pleinement réalisés, on reviendrait en 2030 à 53 milliards de tonnes alors que pour atteindre la cible de deux degrés, il faudrait être déjà en dessous de 40 milliards de tonnes. Cela demandera un effort considérable, qui correspond à trois fois les engagements consentis jusqu’à maintenant.

L’Accord de Paris prévoit que tous les cinq ans, les pays publient un inventaire de leurs émissions et de la performance de leurs engagements. La première échéance est prévue en 2023. Ensuite, les pays ont deux ans pour présenter de nouveaux engagements plus ambitieux. C’est cette mécanique qui sera établie à Katowice. Naturellement, personne ne veut mettre son économie en danger, personne ne veut être mis au banc des accusés, tout le monde est pour la vertu, mais personne n’accepte qu’on range une de ses préférences dans la liste des vices. Pendant ce temps, le fossé s’agrandit, le climat se dérègle, les glaciers fondent et le niveau de la mer monte.

Les outils technologiques et les moyens alternatifs pour assurer l’atteinte des 17 objectifs de développement durable sont déjà disponibles et applicables à toutes les échelles. C’est le seul scénario qui permettra de limiter le réchauffement à deux degrés, de stabiliser la population et d’assurer un revenu décent à tous. Qu’est qu’on attend pour agir ?