Extrêmement improbable

CHRONIQUE / Depuis 2011, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) publie un rapport intitulé « The emission gap report ». Celui-ci analyse, à la lumière des données recensées dans l’année, le manque à gagner pour espérer stabiliser le climat planétaire sous la barre des 2 degrés C d’augmentation par rapport à la période préindustrielle. C’est l’objectif auquel se sont engagés les 195 pays signataires de l’Accord de Paris en décembre 2015. Les conclusions présentées cette année sont plus qu’alarmantes. L’ensemble des engagements consentis par les pays représente à peine le tiers de ce qu’il faudra faire avant 2030 pour y arriver. Les mesures prises par le secteur privé et les mesures à l’échelle infranationales ne se multiplient pas à un rythme qui permettrait de combler cet écart inquiétant. Si la tendance se maintient, il est « extrêmement improbable » qu’on puisse y arriver.

Les émissions de CO2 du secteur de l’énergie et du secteur industriel ont été stables depuis 2014, en partie grâce à la transition vers des sources d’énergie renouvelable comme l’éolien et le solaire, notamment en Chine et en Inde et à l’abandon progressif du charbon pour la production d’électricité en Chine et aux États-Unis. Cela a suscité l’espoir que le pic des émissions ait été atteint et qu’on allait désormais suivre une trajectoire à la baisse à partir de 2020. Malheureusement, le rapport révèle que d’autres gaz à effet de serre comme le méthane, le protoxyde d’azote et les perfluorocarbones continuent à augmenter. Bien sûr, l’accélération de la croissance économique mondiale pourrait provoquer une hausse des émissions de CO2 dans des secteurs non réglementés comme le transport maritime. 

L’édition 2017 est parue le 31 octobre en préparation de la 23e conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qui se déroule actuellement à Bonn en Allemagne. Le rapport les convie à prendre des objectifs beaucoup plus ambitieux avant 2020. Il souligne que dans des secteurs très bien connus et maîtrisés techniquement que sont la production d’électricité éolienne et solaire, l’efficacité énergétique des appareils et des voitures, l’arrêt de la déforestation et la plantation de nouvelles forêts, on pourrait à moins de 100 $/tonne aller chercher un potentiel de 22 milliards de tonnes de réductions ou d’absorption de CO2. Ces mesures peuvent être mises en place rapidement et contribuer à stabiliser puis à diminuer le niveau actuel des émissions qui met notre avenir en péril. Le rapport quantifie aussi la contribution de solutions techniques plus incertaines en raison de la maturité technologique, mais qui pourraient être très applicables en 2030. Il faut donc agir maintenant et préparer l’action à moyen et long terme.

Il y a des années que les dirigeants politiques sont exposés à ce discours, raisonnable et bien étayé par la science. Pourtant, à chaque année qui passe, la cible devient plus difficile à atteindre. Les lanceurs d’alerte ont fait leur travail, les scientifiques et les techniciens ont trouvé des solutions, mais la volonté politique est pusillanime. On a peur de s’engager et quand on s’engage, on hésite à tenir ses promesses. Pourtant, ils ne pourront pas dire qu’on ne leur avait pas dit !

Quand monsieur et madame Tout-le-monde se retrouvent dans les embouteillages à l’heure de pointe, ils ragent contre l’insuffisance du réseau routier. Rarement se posent-ils la question qu’est-ce que je pourrais faire pour éviter d’être une partie du problème que je déplore ? Nous en sommes rendus là. Ce serait plus facile pour les États de s’engager s’ils avaient l’impression que leurs citoyens vont les suivre. Pensez-y bien, sinon l’extrêmement improbable ne se produira jamais.