Claude Villeneuve

Économie sociale et développement durable

CHRONIQUE / Le système économique dans lequel nous vivons, basé sur le capitalisme, la propriété individuelle et la liberté d’entreprise, a démontré sa capacité à produire de la richesse. Malheureusement, il favorise bien des travers de l’espèce humaine. En valorisant l’appât du gain, l’égoïsme, l’ostentation, le superfétatoire et l’instantané, il accentue les inégalités et entraîne des impacts insoutenables sur l’environnement. Bien sûr, l’indicateur de la croissance économique est une donnée simple et facile à communiquer, mais lorsqu’on pose le problème en termes de développement durable, le rôle de l’économie dans la société est beaucoup plus complexe.

Contrairement à ce que propose l’idée simpliste de la décroissance, il reste encore beaucoup de place dans la société pour le développement de diverses formes d’économie. L’économie sociale est un de ces secteurs qui devrait bénéficier de l’attention des gouvernements de tous les niveaux.

Dans le modèle de développement durable qui est décrit dans la grille d’analyse de la Chaire en éco-conseil (http://ecoconseil.uqac.ca), l’économie n’est qu’une des six dimensions. La dimension économique du développement durable vise à répondre aux besoins matériels des individus et des collectivités ainsi qu’à leur autonomisation financière. Elle se décline en 28 objectifs réunis en huit thèmes. Chacun peut faire l’objet d’une pondération et d’une évaluation pour analyser l’état des lieux et proposer des pistes d’amélioration, des projets ou des politiques permettant de mieux réaliser cette finalité. De toute évidence, la performance du pôle économique ne se réduit pas qu’à l’accroissement du PIB! Comment s’y inscrit l’économie sociale?

Telle que définie à l’article 3 de la Loi sur l’économie sociale du Québec, l’économie sociale regroupe des entreprises qui se caractérisent par leur objectif de répondre aux besoins de leurs membres ou de la collectivité et leur gouvernance démocratique. Ces entreprises aspirent à la viabilité financière, mais elles redistribuent leurs profits, soit en services accrus ou comme ristourne aux membres sur une base paritaire (https://chantier.qc.ca/decouvrez-leconomie-sociale/definition/). Cela regroupe bien sûr toutes les coopératives des plus petites aux plus grandes, mais aussi une majorité d’OBNL à vocation marchande. Même le journal que vous lisez en ce moment fait partie de l’économie sociale depuis la création de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i). Elles ont leur place d’affaires partout sur le territoire générant 47,8 milliards de dollars dans l’économie du Québec chaque année et créant 220 000 emplois. Cette création de richesse s’inscrit totalement dans la définition du pôle économique du développement durable.

Allons un peu plus loin. L’économie sociale est inaliénable. On ne peut la vendre à des intérêts étrangers, elle n’exporte pas ses profits dans des paradis fiscaux, elle réduit les inégalités et crée des opportunités de réalisation de potentiels humains autrement négligés comme l’intégration des compétences des personnes vulnérables dans le marché du travail. Lorsqu’on passe en revue les 28 objectifs du pôle économique de la grille, on peut trouver des exemples d’entreprises d’économie sociale qui performent de façon enviable pour chacun des thèmes. L’économie sociale peut aussi performer avantageusement dans les autres dimensions, éthique, sociale, environnementale et de gouvernance. On ne peut que souhaiter la croissance de ce secteur pour le mieux-être de notre société et son développement durable.

La chose paraît claire, mais il faudrait étayer la démonstration avec des exemples concrets. C’est pourquoi j’ai demandé à Simon Latulippe, directeur général par intérim du Pôle régional de l’économie sociale du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de creuser la question et de me remplacer sur cette tribune pour les chroniques de l’été 2020. On se retrouve en septembre!