Richard Garneau n'a pas vu de si bons résultats pour le bois d'oeuvre depuis 2011

Des réponses modernes

CHRONIQUE / La Presse+ du 9 mars a publié un texte de Richard Garneau, président de Produits forestiers Résolu. Il accuse Greenpeace de mentir et écrit qu'il restera debout face à ces fausses accusations. Je suis pour l'expression d'opinions, même si elles sont toujours subjectives. Une opinion alimente un débat, c'est un impératif des sociétés démocratiques. Pourtant, j'approuve l'idée de M. Garneau selon laquelle l'utilisation de la diffamation et du mensonge doit faire l'objet de réprobation sociale. J'estime que la liberté d'expression est très mal servie par la calomnie, qu'il s'agisse de forêts, de musulmans, de réfugiés, de femmes, etc. Ajouter de la diffamation à une opinion, c'est la quasi-certitude de provoquer une réponse « bien sentie », alors qu'on s'attend à ce que notre interlocuteur se range devant notre bonne foi « fondée objectivement ». L'insulte, ça fait aussi du mal à l'autre et avec un minimum d'empathie et de conscience, ça fait du mal à soi aussi.
M. Garneau dit que Greenpeace admet « l'hyperbole et la rhétorique enflammée qui ne doivent pas être prises dans leur sens littéral ». Greenpeace fait-il dès lors abstraction de la « réalité scientifique » ? Il me semble qu'il serait plus juste de dire que les représentants du groupe environnemental se servent de la science pour asseoir un point de vue éthique et même symbolique. Je m'explique. Il existe des mécanismes de renouvellement et d'évolution des écosystèmes, dit la science. « C'est bien de couper les arbres » ou « on ne doit pas couper les arbres », dit l'éthique. Car l'éthique s'occupe des deux, ce qu'on doit faire ou ne pas faire, et propose des raisonnements pour cela. Je pense qu'en nos temps de bureaucraties technico-économico-scientifiques, il n'est pas crédible de dire qu'on ne peut pas couper une forêt jusque parce que c'est mal de couper des arbres (éthique) ou parce qu'elle est belle (esthétique) ou encore parce qu'elle signifie ce que la nature fait de bien sans nous (symbolique). 
Ne pas couper les forêts « intactes » est une opinion qui relève de la symbolique même si on peut trouver des arguments scientifiques pour appuyer l'idée et même si je suis en accord avec cette prescription ! La beauté de la forêt boréale, son mystère, ce qu'elle peut nous apprendre à propos de notre humanité ne sont pas des critères de gestion, on ne peut rien faire de rentable avec cela, ce n'est ni de la science ni du droit ! Mais les humains ne sont pas seulement des êtres rationnels et préoccupés d'efficacité économique, heureusement. 
Que retenir de M. Garneau ? Je pense que l'opinion selon laquelle il importe d'avoir en région des emplois de qualité et une forêt gérée selon la loi est une opinion socioéconomique importante. Même si la loi est un consensus social du moment et évidemment pas une vérité scientifique objective. 
Que retenir de Greenpeace ? Nous ne pouvons plus être des prédateurs de la nature même si après une coupe de grande ampleur, une forêt repousse. Faut-il pour cela accepter le modèle d'affaires de Resolu et les stratégies agressives de communication de Greenpeace ? Définitivement non. 
Si je pouvais prendre le meilleur de Resolu et le meilleur de Greenpeace, je tenterais de répondre AVEC eux à cette question : comment engager notre région dans une économie verte avec la forêt comme si elle était notre « partenaire » ? Des grandes coupes en fonction des besoins des usines et des grandes aires protégées en fonction de besoins de conservation ne répondent pas à cette question. Ce sont les réponses d'hier, nous devons inventer celles d'aujourd'hui ensemble dans un processus de dialogue éthique que nous pouvons tous apprendre.