Des gains faciles

CHRONIQUE / La communauté scientifique est de plus en plus persuadée qu’il sera impossible au rythme actuel d’engagement des gouvernements d’atteindre la cible de l’Accord de Paris, soit de limiter l’augmentation de la température globale à moins de 2 degrés Celsius d’ici la fin du siècle.

Un rapport de l’OCDE de la série « Examens environnementaux » paru le 19 décembre montre que le Canada, en dépit de ses beaux discours, n’atteindra pas ses cibles en raison de la croissance de ses émissions dans le domaine de l’exploitation des sables bitumineux et du transport. Le Québec n’est pas non plus en reste alors qu’il est très loin de sa cible de -20 % en 2020 et encore plus de la cible annoncée à Paris en 2015 de réduire ses émissions de 37,5 % en 2030. Pourtant il existe des moyens plus faciles que d’autres pour réduire significativement nos émissions de gaz à effet de serre, avec des moyens techniques bien maîtrisés et au bénéfice de l’économie des régions forestières du Québec. La substitution du mazout par de la biomasse forestière résiduelle dans le chauffage des institutions ou dans des chaufferies communautaires figure au premier rang de ces options faciles à mettre en œuvre.

L’exploitation forestière laisse sur les parterres des quantités importantes de bois dont l’industrie ne trouve pas usage, soit parce que le diamètre des tiges ne permet pas le sciage ou parce que les arbres ont été affectés par les insectes. Ces bois résiduels présentent un potentiel énergétique important qui peut permettre de remplacer le pétrole ou le gaz naturel avantageusement, surtout si on considère la réduction des gaz à effet de serre. Il y a plusieurs hôpitaux qui ont installé des chaufferies utilisant la biomasse forestière. Il y a deux ans, nous avons fait l’analyse de cycle de vie de ce genre d’initiative pour l’hôpital d’Amqui, dans la Matapédia. Les résultats étaient impressionnants : même si l’hôpital n’utilisait que 10 % de mazout pour 90 % d’électricité, la conversion de la chaudière pour la biomasse forestière résiduelle produite localement par la coopérative forestière était non seulement rentable, mais permettait des réductions significatives d’émissions de GES. Selon Vision Biomasse Québec, à l’horizon 2025, le potentiel de réduction pour le Québec hors Montréal serait de 1 million de tonnes de CO2 par année, soit 1,3 % des émissions totales de l’inventaire. En Europe, le chauffage à la biomasse fait partie des stratégies de réduction des émissions de GES, pour les chauffages collectifs et même pour certaines centrales thermiques au charbon.

Pour l’économie locale, la production de carburants de biomasse comme les plaquettes ou les granules est un facteur de création d’emplois et pourrait contribuer à diminuer la balance commerciale du Québec de 225 millions de dollars par année que nous coûtent les importations de mazout, de propane et de gaz naturel. 

Dans le contexte de la fermeture de la centrale de chauffage de Chicoutimi, il est étonnant qu’on semble avoir écarté le chauffage à la biomasse forestière résiduelle pour préférer de plus petites unités alimentées au gaz naturel. Bien sûr, les équipements alimentés au gaz naturel coûtent moins cher à l’installation et demandent peu d’entretien. Mais le coût des combustibles fossiles va augmenter rapidement avec l’imposition par Ottawa d’un prix de la tonne d’émissions qui devrait atteindre 50 $ en 2022. Je ne sais pas si cela a été intégré dans les calculs. En outre, les cendres d’une centrale alimentée à la biomasse forestière peuvent être utilisées comme amendements pour l’agriculture, un élément intéressant en termes de développement durable. Il serait important que cette option soit étudiée plus avant. La Chaire TERRE du Cégep de Jonquière a développé une grille de développement durable spécialisée pour les fournitures d’énergie renouvelable. Ce serait peut-être une bonne idée de l’utiliser avant d’aller plus loin.