Des déchets et des hommes

CHRONIQUE / Il y a cinquante ans, au Québec on gérait les déchets municipaux d’une façon qui apparaîtrait aujourd’hui totalement inacceptable. Les fossés et les coulées, les rivières et les lacs recevaient les résidus de toute nature. Les poubelles étaient souvent renversées dans les entrées par les chiens errants et lorsque le « camion de vidanges » finissait par faire le ramassage dans les villes, son contenu était déposé pêle-mêle au dépotoir où on le brûlait à ciel ouvert.

Cette situation a perduré jusque dans les années 1980 ; le recyclage était à ses balbutiements et les groupes environnementaux militaient pour améliorer la situation. Recyc-Québec a été créé en 1990. Bien entendu, le concept d’économie circulaire n’avait pas encore été inventé. Même si on est loin de la perfection, les choses ont beaucoup évolué et il reste du travail à faire.

Fin octobre, la Banque mondiale a publié « What a Waste 2.0 » un rapport sur l’avenir de la gestion des matières résiduelles dans le monde à l’horizon 2050. En cohérence avec le rapport de l’OCDE auquel je faisais référence le 23 octobre (« Le dilemme de la croissance ») qui prévoyait un doublement de la consommation de matières premières dans les 40 prochaines années, celui-ci prévoit que la quantité de déchets augmentera plus vite que la population dans la même période.

Est-ce possible de faire autrement ? Gérer les matières résiduelles d’une société de manière à respecter le développement durable n’est surtout pas une sinécure. Présentant d’abord l’évolution des déchets par secteur, le rapport fait ensuite des portraits de l’évolution par région géographique. Le constat est simple : la quantité de déchets générée est directement proportionnelle avec l’augmentation de la richesse dans les pays en développement et émergents, alors que les systèmes de collecte, de traitement et de recyclage/compostage ne sont pas nécessairement au rendez-vous. La nécessité de se doter de systèmes complexes de cueillette et de gestion des matières résiduelles entre en compétition avec les besoins de financer d’autres priorités sociales comme l’adduction d’eau potable, l’assainissement, l’éducation, la sécurité civile, etc. Les autorités locales, souvent débordées, sont mal équipées pour y arriver. Il faut donc agir maintenant pour éviter de produire des problèmes encore plus grands. Mais comment ?

D’abord, il faut de meilleures données sur les flux de matières résiduelles. On ne peut gérer que ce que l’on sait mesurer. Le rapport présente les données mises à jour pour 217 pays et 367 grandes villes du monde. On pense qu’ainsi, les gouvernements pourront mieux faire des choix éclairés sur les équipements, les programmes à mettre en place pour la gestion finale, et surtout pour la diversion des matières qui peuvent être réutilisées, recyclées ou valorisées. Il rappelle que la technologie n’est pas une panacée. Il faut une vision systémique pour connaître le succès.

Quoi qu’il en soit, la situation ne peut pas continuer d’évoluer au rythme actuel. En 2016, le monde a généré 2,01 milliards de tonnes de déchets municipaux. La quantité quotidienne générée varie de 0,11 kg à 4,54 kilos par personne selon la richesse des habitants. En 2050, la quantité totale de déchets devrait atteindre 3,4 milliards de tonnes en raison notamment d’un triplement des quantités dans les pays en développement et du doublement dans les pays émergents où se concentre la majorité des effectifs humains et où la démographie est encore croissante.

Le rapport est très bien documenté et plein d’informations pour mieux comprendre les enjeux de la fin de vie des objets de consommation et les impacts actuels et futurs qu’on peut envisager selon les trajectoires d’évolution régionales. On y trouve aussi des analyses de divers modèles et des études de cas. Pour comprendre les hommes et leurs déchets, c’est un document important.