Des croisières qui réchauffent

CHRONIQUE / La ville de Saguenay s’enorgueillit de la visite de bateaux de croisière toujours plus nombreux au fil des ans. Cette industrie cache toutefois une contribution peu reluisante aux changements climatiques. Tout comme l’ensemble de l’activité maritime, ces bateaux luxueux fonctionnent aux carburants fossiles, et pas toujours aux plus propres. Les voyageurs qui y prennent des vacances sont, sans s’en rendre compte, responsables d’émissions qui contribuent fortement au réchauffement du climat et à ses conséquences.

La flotte maritime mondiale regroupe environ un demi-million de bateaux, des cargos aux paquebots qui promènent les touristes un peu partout sur les sept mers. S’il est facile de calculer la consommation de carburant d’un bateau et de déduire les émissions de gaz à effet de serre qui en résultent, évaluer la situation globale des émissions de la marine est d’autant plus difficile que les entreprises qui les exploitent ne sont pas tenues de faire des inventaires et que les émissions ne sont pas comptabilisées dans le bilan des pays où ils sont immatriculés. On estime néanmoins que la flotte commerciale produit plus d’un milliard de tonnes de CO2, c’est-à-dire entre 2 et 3 % du total des émissions mondiales. C’est plus que le Canada dans l’ensemble de ses activités. Or, il n’existe aucune mesure pour mettre un plafond sur ces émissions. C’est un sujet qui a été discuté lors de la dernière réunion de l’Organisation maritime internationale (OMI), une agence des Nations Unies qui propose des normes de sécurité et d’environnement pour la marine marchande. En effet, les armateurs sont allergiques aux réglementations. Ils préfèrent nettement les mesures volontaires. Or dans ce domaine, les mesures volontaires se sont avérées particulièrement inefficaces dans le passé.

L’OMI dispose d’un groupe de spécialistes qui ont proposé l’idée d’un système de marché du carbone basé sur le principe du plafonnement des émissions et des échanges de crédits résultant de leur réduction. Malheureusement, la dernière réunion de l’OMI n’a pas reçu cette proposition avec beaucoup d’enthousiasme. On veut bien proposer des normes d’efficacité énergétique pour les nouveaux navires, mais des choses aussi simples que la réduction de la vitesse, le nettoyage plus fréquent des coques et autres mesures permettant de réduire la consommation de carburant ne sont pas à l’ordre du jour. Évidemment, un système de plafonnement et d’échanges serait difficile à mettre en place et à vérifier. En revanche, des mesures aussi simples que l’imposition d’une taxe carbone sur le carburant des bateaux permettrait de stimuler la bonne volonté des armateurs. Malheureusement, il faudrait que cette taxe soit imposée dans tous les pays à la même hauteur pour éviter des distorsions du marché.

Le problème est important et la solution ne viendra pas d’elle- même. En revanche, supposons qu’on travaille à responsabiliser les usagers. Dans une croisière, selon le bateau et le nombre de passagers, la consommation quotidienne de carburant varie entre 100 et 400 litres de mazout par personne transportée. Cela veut dire qu’une croisière génère pour chaque passager entre une tonne et cinq tonnes de CO2. La première étape ne serait-elle pas d’offrir aux voyageurs d’acheter des crédits compensatoires pour réduire ou effacer leur empreinte carbone, à l’instar de ce que font certaines compagnies aériennes ?

Cela pourrait se faire par l’organisateur de croisières, par le port ou par le capitaine. Rêvons un peu. Promotion Saguenay pourrait proposer aux croisiéristes qui s’arrêtent à La Baie de compenser leurs émissions avec Carbone boréal (http ://carboneboreal.uqac.ca), leur permettant ainsi de réduire leur empreinte écologique tout en contribuant à la recherche. Ce serait une façon intelligente de mettre en valeur notre région, notre université et de contribuer au développement durable.