Climatisation et réchauffement ?

CHRONIQUE / La presse s’est intéressée cet été aux effets d’une demande accrue en climatisation sur le réchauffement du climat planétaire. Beaucoup de généralités ont circulé et il convient de faire le point pour clarifier cet enjeu. En effet, même s’il est vrai que l’utilisation plus grande de climatisation se traduit par une amplification de certains facteurs de réchauffement global et local, la gravité de ces impacts dépend largement des appareils, de la situation locale et de la nature de l’approvisionnement en électricité. Comment ça marche ?

D’abord, la très grande majorité des systèmes de réfrigération utilisent des fluides frigorigènes qui transportent la chaleur lorsqu’ils s’évaporent. Ainsi, on capte l’énergie calorique d’un côté de l’échangeur (intérieur du frigo, de l’auto ou de la pièce) pour rejeter cette énergie à l’extérieur. Pour recommencer le cycle, il faut compresser le gaz, ce qui consomme de l’électricité. Des ventilateurs peuvent permettre de faire circuler l’air froid ou l’air chaud. Donc, plus on demande de climatisation, plus on consomme d’électricité. Le premier lien avec le réchauffement climatique est lié avec cette consommation, car l’électricité, dans la plupart des pays, est produite, au moins en partie, avec des centrales thermiques utilisant de l’énergie fossile dont la combustion émet des gaz à effet de serre (GES). Au Québec, toutefois, l’électricité étant à 99 % de source renouvelable, cette contribution est plus que mineure. Dans le monde, comme on prévoit un triplement de la demande électrique pour la climatisation d’ici 2050, il y a des raisons de s’inquiéter.

Selon le type de fluide frigorifique utilisé dans les différents appareils, les fuites peuvent avoir un effet notable sur le réchauffement climatique. En effet, les mélanges de fluides caloporteurs les plus utilisés sont des GES au potentiel de réchauffement global de 1200 à 4000 fois celui du CO2. Certaines technologies ont des impacts moindres, mais elles sont encore peu répandues. Les fuites se produisent lorsque l’étanchéité du système est affectée. Les appareils perdent alors graduellement leur efficacité. La plupart des gens se contentent de remplacer les fluides perdus jusqu’à ce que le problème oblige à une réparation majeure ou au remplacement du système. Comme les appareils mobiles sont plus sujets à des chocs qui peuvent affecter l’intégrité de leurs tubulures, ils sont plus sujets à des fuites. Les pertes mondiales de fluides frigorigènes contribuent à une portion plus grande du réchauffement climatique que l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre du Canada.

Qu’en est-il de la chaleur qui est évacuée dans l’environnement par la climatisation ? Bien que la chaleur soit sensible, si on met sa main devant la sortie d’air, l’énergie rejetée est dérisoire par rapport à la masse d’air extérieure dans laquelle elle sera dissipée. Ainsi, on peut affirmer que cette chaleur ne contribue pas du tout au réchauffement global. En revanche, dans certains quartiers des grandes villes, les sorties de climatisation peuvent contribuer de façon mesurable aux îlots de chaleur. Ce phénomène, causé par l’air surchauffé dans des espaces confinés, est surtout lié aux surfaces noires de l’asphalte et des toits qui absorbent la lumière solaire et la transforment en chaleur.

Que devons-nous en retenir ? Pour certaines personnes, la climatisation est nécessaire pour des raisons de santé. Pour d’autres, elle apporte un niveau de confort au travail ou pour mieux dormir en période de canicule. Jusque-là, au Québec, si les systèmes de climatisation sont bien entretenus, pas de problème. En revanche, la pire chose qu’on puisse imaginer en terme d’impact environnemental, c’est lorsque quelqu’un laisse tourner sa bagnole sur un stationnement pour maintenir la température de sa voiture fraîche… S’il y avait une justice environnementale, ces derniers mériteraient qu’on leur chauffe les oreilles !