Ces compétences à transmettre

Hier à table, mon chum me faisait remarquer que tous les légumes de notre assiette provenaient encore du jardin. En même temps, je pensais avec nostalgie que la soupe aux poireaux, préparée cet automne et congelée pour être mangée quand le jardin serait recouvert de neige, était une recette de ma grand-mère que je n'ai transmise à personne. Je condamne ainsi ce petit délice sans prétention à l'oubli
Puis, on a eu une longue conversation sur le fait que beaucoup d'entre nous n'apprennent plus à nos enfants, à l'école ou à la maison, ces compétences qui pourtant font la base de la vie quotidienne : réparer le toaster ou un robinet qui fuit, faire un ourlet, cuisiner, cultiver un jardin ou conserver pour l'hiver l'abondance de l'été. On est devenu des incompétents du tournevis et de la machine à coudre ! Les touche-à-tout se font plus rares et faire réparer coûte souvent cher. Alors on achète du nouveau et nos poubelles sont obèses.
Pourtant, il ne faut pas avoir des parents électriciens ou chefs dans un restaurant et des aptitudes acquises dans l'enfance (même si ça aide !) pour décider de goûter au bonheur d'être bricoleur ou de cuisiner. Il faut avoir l'envie, se motiver, avoir de bonnes raisons : se dire que c'est mieux pour l'environnement ou que c'est important d'enseigner cela à nos enfants. C'est trippant de gagner contre une machine qui refusait obstinément de s'allumer ! Il y a des sites, des vidéos, des gens autour de nous qui se font un plaisir de nous conseiller 3 ou 4 trucs de bricoleurs du dimanche ! Évidemment, il faut s'acharner un peu et ne pas avoir peur de démonter... Puis le défi devient un plaisir et on gagne en autonomie et en fierté. Quand on commence à maîtriser les gestes et que l'on voit les résultats, nos soi-disant deux mains gauches deviennent tout à coup franchement habiles ! On peut apprendre aux autres et notre porte-monnaie s'en porte mieux.
On ne peut pas tout faire : nous disposons d'équipements sophistiqués dont la réparation nécessite l'intervention de professionnels. Mais changer un interrupteur ou réparer un vélo ne requiert pas toujours des compétences si complexes. Et si vraiment on ne parvient pas à se motiver pour cela, on peut aussi utiliser le SEL (Service d'échange local). Par exemple : quelqu'un vient pour planter ces clous qui vous achalent ou recoud pour vous ce zipper récalcitrant et vous offrez en retour une aide à la planification de repas sans gaspillage alimentaire, là où vous excellez. 
Comme me l'a dit Luc, un ami, l'année dernière, je suis la jardinière d'un seul jardin. Le temps est revenu de penser aux semis intérieurs pour faire comme un pied de nez à l'hiver ! C'est le moment de récupérer les contenants de toutes sortes si parfaits pour débuter les semis : les boîtes avec couvercles en plastique transparent des poulets cuits, les barquettes en aluminium, les gros contenants à croissants. Cultiver un jardin, c'est aussi gérer l'abondance à la maison, un si beau problème ! Prolonger la consommation des légumes jusqu'au mois de mars au moins est un super défi. En regardant faire ma grand-mère, j'ai appris à confire les petits oignons, les cornichons, les betteraves rouges. Sur Internet et en interrogeant des personnes, j'ai cherché comment et quoi congeler. Avec les champignons forestiers, les tomates, poivrons, oignons, ail et carottes du jardin, les sauces à spaghetti sont délicieuses toute l'année et toujours disponibles les soirs pressés ! C'est du travail, c'est certain, ce sont des compétences évidemment, mais c'est aussi le plaisir de manger des plats hyperlocaux toute l'année. Et fondamentalement, être capable de faire des réserves de qualité, c'est aussi fort rassurant.