Arrêtez d’aider les pêcheries !

CHRONIQUE / Le Forum économique de Davos a publié, le 20 juillet dernier, un véritable cri du coeur. En 2011, la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) constatait que 29 % des stocks de poissons océaniques étaient surexploités, 61 % étaient à la limite de l’être, et seulement 10 % montraient encore une marge de manoeuvre. Comme les poissons marins représentent 17 % de l’apport de protéines animales dans l’alimentation humaine (26 % dans les pays les plus pauvres), la surexploitation des espèces marines constitue potentiellement une menace à notre propre espèce.

Le Forum économique de Davos a publié, le 20 juillet dernier, un véritable cri du coeur. En 2011, la FAO (l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) constatait que 29 % des stocks de poissons océaniques étaient surexploités, 61 % étaient à la limite de l’être, et seulement 10 % montraient encore une marge de manoeuvre. Comme les poissons marins représentent 17 % de l’apport de protéines animales dans l’alimentation humaine (26 % dans les pays les plus pauvres), la surexploitation des espèces marines constitue potentiellement une menace à notre propre espèce.

Les océans sont un quasi-désert biologique, malgré qu’ils couvrent 70 % de la surface planétaire et n’abritent que 1 % de la biomasse des vivants, si on excepte les bactéries. Ils sont aujourd’hui menacés par l’accumulation de 8 millions de tonnes de plastique par année, par l’acidification liée à l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère, par l’eutrophisation des eaux côtières et par le réchauffement global. Bref, le plus vaste écosystème de la planète va mal. Je me souviens d’avoir résumé la chose dans une discussion avec Gilles Vigneault en disant : « Quand on met ses poubelles dans le frigo, on ne s’étonne pas que le beurre ait un drôle de goût ! ». Mais ici, il s’agit de la base même de l’approvisionnement : le renouvellement des stocks de poissons est en jeu. Pourquoi ?

Selon le Forum économique mondial, la flotte de pêche mondiale est suréquipée en raison des subventions qui sont versées aux pêcheurs et aux entreprises de transformation du poisson. La question est délicate, car ces subventions sont souvent versées sous prétexte d’aider des régions défavorisées pour y créer des emplois. Ainsi, 54 % de la valeur des pêcheries mondiales proviennent des pays riches et représente plus de revenus que l’ensemble des autres denrées alimentaires combinées dans le commerce mondial. On parle donc de gros sous.

Le quatorzième Objectif de développement durable (ODD 14), de l’Agenda 2030 pour le développement durable, porte sur la santé des océans et sa quatrième cible stipule qu’il faut : « D’ici à 2020, réglementer efficacement la pêche, mettre un terme à la surpêche, à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée et aux pratiques de pêche destructrices et exécuter des plans de gestion fondés sur des données scientifiques, l’objectif étant de rétablir les stocks de poissons le plus rapidement possible, au moins à des niveaux permettant d’obtenir un rendement constant maximal compte tenu des caractéristiques biologiques ».

Or, les subventions accordées au secteur de la pêche dans les pays développés expliquent en bonne partie la surpêche, la pêche illicite, non déclarée, non réglementée et les pratiques de pêche destructrices. Sur les 20 milliards de dollars de subventions versées à la pêche l’an dernier, 85 % ont bénéficié aux grandes entreprises qui exploitent des flottes industrielles, alors que 90 % des emplois liés à la pêche sont dans le secteur artisanal. Il y a là un gros problème. Selon le Forum économique mondial, on subventionne carrément la surexploitation des stocks de poissons et on n’aide en aucune façon les pêcheries durables et créatrices d’emplois et d’occupation territoriale.

La cible 5 de l’ODD 14 incite les gouvernements à « interdire, d’ici à 2020, les subventions à la pêche qui contribuent à la surcapacité et à la surpêche, supprimer celles qui favorisent la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, et s’abstenir d’en accorder de nouvelles, sachant que l’octroi d’un traitement spécial, différencié, efficace et approprié aux pays en développement et aux pays les moins avancés doit faire partie intégrante des négociations sur les subventions à la pêche menées dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce ».

Il est urgent d’agir.