Différents appareils de chauffage ont été conçus pour l'extérieur.

« Chauffer le dehors »

CHRONIQUE / Chez les anciens, c’était une aberration de laisser portes et fenêtres ouvertes lorsqu’il faisait froid. « Arrête de chauffer le dehors », entendait-on quelques fois dans mon enfance lorsqu’on prenait trop de temps à rentrer dans la maison où le poêle peinait à lutter contre le froid. Les choses ont bien changé ! À la mode aujourd’hui, l’outdooring nous incite, au contraire, à profiter de la terrasse en toute saison, quitte à y mettre des appareils de chauffage alimentés au gaz propane pour la chaleur ou l’ambiance d’un feu de foyer. Bref, en termes crus, il est à la mode de « chauffer le dehors ».

Il semble que les publicitaires ne soient jamais à court d’idées pour nous faire gaspiller. C’est à ce prix, paraît-il, qu’on fait rouler l’économie. Produits à usage unique, modes vestimentaires éphémères, dictature de la décoration intérieure. « Pas de changement, pas d’agrément ! », disait le proverbe. Il suffit de visiter votre quincaillier ou votre centre jardin pour voir ce qu’on vous offre pour « chauffer le dehors ». Des dizaines de modèles de chaufferettes, surtout alimentées au propane et coûtant de 150 $ à 1500 $, se disputent votre attention. Au point de vue environnemental, c’est désolant.

Loin de moi l’idée de penser qu’il faut vivre encabanés et se priver d’une belle soirée d’été en famille ou avec des amis. Mais un gilet de laine polaire est très certainement plus efficace et plus durable qu’un réchaud sophistiqué qui doit consommer un carburant fossile pour « chauffer le dehors ». Une petite bonbonne de vingt litres de propane émet 30 kilos de gaz à effet de serre, qu’on la brûle dans un barbecue, dans une chaufferette, dans un frigo ou dans un faux foyer. La différence, c’est que dans les trois premiers cas, elle rend un service plus efficace que l’agrément de voir une flamme « chauffer le dehors ». Entendons-nous bien. Ce n’est pas par la chaleur que dégage la flamme que le problème se pose. Trente kilos de CO2 multipliés par 33,3 font une tonne de gaz à effet de serre supplémentaire qui amplifie le réchauffement climatique et les conséquences qui y sont associées. Dans un contexte d’urgence climatique, c’est une tonne de trop !

La mode et la publicité s’adressent à notre cerveau reptilien. Surtout pas au néocortex rationnel. On veut nous faire acheter n’importe quoi en créant de faux besoins et du rêve. L’outdooring ne fait pas exception. La question fétiche de Pierre-Yves McSween devrait être un préalable à tout achat : « En as-tu vraiment besoin ? » Meubler son vide intérieur par la surconsommation ne fonctionne jamais, sauf pour contribuer à l’épuisement des ressources et à l’accumulation des déchets. Il y a matière à réfléchir sur ce thème pour tout le monde. Passée l’excitation de l’achat, la majorité de ces fioritures et falbalas embarrassent les garages et, au mieux, alimentent les braderies ou les écocentres à plus ou moins court terme.

Lorsqu’on s’intéresse au cycle de vie des produits et des services, on prend conscience rapidement des conséquences néfastes de l’ensemble des processus qui augmentent l’empreinte écologique de tout ce que nous consommons. Avec le commerce international et la fabrication délocalisée dans des pays émergents comme la Chine, on a bien peu de contrôle sur la pollution engendrée par nos caprices.

Il y a des actions plus faciles que d’autres pour contribuer à la protection de l’environnement. S’abstenir de la consommation inutile est certainement la plus rentable économiquement, pour le consommateur tout au moins. Et si, malgré tout, vous voulez absolument « chauffer le dehors », choisissez des sources d’énergie renouvelables locales et, au Québec, optez pour l’électricité ou le bois.