Environnement

Protéger la haute mer?

CHRONIQUE / Nous avons la chance au Saguenay de vivre près d’un des premiers parcs marins du Canada. Cette désignation amène une certaine protection aux écosystèmes maritimes uniques du fjord du Saguenay et d’une partie de l’estuaire du Saint-Laurent sous l’autorité du gouvernement du Canada. Cette protection n’interdit pas les activités comme la navigation et la pêche, mais elle leur impose une certaine surveillance pour favoriser la conservation. Il existe plusieurs autres parcs marins dans le monde, mais ils sont situés dans les eaux territoriales des pays qui les contrôlent, c’est-à-dire à moins de 200 milles marins des côtes. Au-delà de cette limite, l’océan n’appartient à personne. Si les océans couvrent 71 % de la surface du globe, la haute mer, au-delà des eaux territoriales, représente pour sa part 45 % de la surface du globe. Donc près de la moitié de la planète est laissée sans protection.

Après plus de 10 ans d’alertes scientifiques, de controverses légales et de débats politiques, le 24 décembre dernier, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait la résolution 72/249 qui engageait les États à négocier une convention internationale « contraignante » pour la protection de la haute mer. Cette résolution, appuyée par 130 pays, appelle à la création d’un réseau mondial d’aires marines protégées dans les eaux internationales. Ces zones sont nécessaires pour préserver la biodiversité océanique malmenée par les changements rapides de l’environnement marin auxquels on assiste dans les dernières décennies. Pour n’en nommer que quelques-uns, la pression accrue des pêcheries hauturières sans contrôle, le réchauffement du climat, l’acidification océanique et l’accumulation de déchets plastiques rendent la vie dure aux poissons, aux oiseaux, aux tortues et aux invertébrés qui constituent une part encore méconnue de la biodiversité mondiale.

Environnement

Individuel ou collectif?

CHRONIQUE / Le lancement du projet Accès libre par la Société de transport du Saguenay (STS) le 10 janvier dernier m’a fait réfléchir sur l’importance des services collectifs dans la dynamique du développement durable. L’économie traditionnelle bénéficie de l’individualisme. Chacun sa maison, chacun son véhicule, chacun son chalet, tout cela coûte très cher et génère une énorme inefficacité, un gaspillage de ressources, d’énergie et d’espace.

 

Il suffit de voir combien nos garages et garde-robes sont encombrés pour le constater. Même si on essaie dans un souci de production et de consommation durable d’éviter les impacts environnementaux et de favoriser le recyclage, il n’en demeure pas moins qu’un mode de vie individualiste est impensable pour une population planétaire toujours croissante. Le fait que plus de la moitié de la population mondiale vive aujourd’hui dans les villes et que cette tendance s’accélèrera dans les prochaines décennies offre un certain espoir pour le développement de services en commun. Les villes doivent offrir à leurs citoyens des outils collectifs. La jeune génération semble plus ouverte à cette dynamique.

Le projet Accès libre vise à augmenter la desserte de l’UQAC et des autres institutions situées sur le plateau de Chicoutimi (CEGEP, CIUSSS) en implantant un terminus, des circuits à haute fréquence pour la Zone Talbot, la rue Racine, des stationnements incitatifs ainsi que des dessertes plus rapides et plus efficaces vers les arrondissements de Jonquière et de La Baie, y compris des navettes spéciales les soirs de party. Le terminus offrira aussi des services intermodaux comprenant entre autres des vélos et des autos électriques en location pour satisfaire un ensemble de besoins de mobilité dans la ville. Le projet envisage aussi une tarification très avantageuse pour les étudiants de l’UQAC de 40 $ par trimestre. Il y a toutefois une condition, c’est que le tarif soit universel et prélevé avec les frais d’inscription. En échange, tous les étudiants bénéficieront d’un accès illimité aux services de la STS. Toutes et tous, qu’ils les utilisent ou pas. Le regroupement des associations étudiantes MAGE-UQAC tiendra un référendum à cet effet à la mi-février. Si la majorité des étudiants se prononce en faveur de l’universalité du prélèvement, ce sera chose faite et l’UQAC réduira son tarif de stationnement de 30 $ par an pour les étudiants. Mais la partie n’est pas gagnée. On entend certains dire : « Moi je continuerai à utiliser mon auto et à payer mon stationnement, alors je ne vois pas pourquoi je paierais 10 $ de plus pour un service que je n’utiliserai pas ! » Individuel versus collectif ? Le débat est lancé.

Dans une perspective de développement durable, les bénéfices du transport en commun sont multiples. On note une augmentation de l’activité physique, donc de la santé cardio-vasculaire, une amélioration de la sécurité de la mobilité, une amélioration de l’accessibilité aux services publics et de la fluidité du trafic urbain si le taux de pénétration est suffisant. La disponibilité de services efficaces de transport en commun réduit d’autant la nécessité d’avoir une automobile individuelle. Sans compter la réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’autres polluants atmosphériques précurseurs du smog par kilomètre-passager lorsque l’occupation des véhicules est suffisante.

La contribution universelle est un peu comme l’assurance maladie. Tout le monde paye sa cotisation même s’il n’a pas de maladie. La participation de tous permet de maximiser les bénéfices collectifs et d’aider ceux qui en ont besoin. C’est le thème majeur du Programme de développement durable à l’Horizon 2030. En ce sens, il sera intéressant de voir le résultat du référendum. Si nous sommes réellement dans une période de transition socioécologique, il sera clairement positif. 

Environnement

Un pas vers la ville universitaire

CHRONIQUE / Lors de la précédente campagne électorale municipale, en octobre 2013, on parlait de faire de Saguenay une ville universitaire. J’avais alors partagé les bénéfices d’une telle idée dans une chronique du Quotidien.

U

ne ville qui bénéficie de la présence d’une université peut en tirer d’immenses bénéfices, en termes d’emplois, d’innovation et de dynamique sociétale. La recherche menée par les professeurs et leurs étudiants aux cycles supérieurs constitue un pôle d’attrait international puisque la science n’a pas de frontières. La présence de personnel hautement qualifié attire aussi certaines entreprises tournées vers l’économie du futur. Pour les industries déjà installées, la recherche peut aussi ouvrir des perspectives nouvelles pour améliorer leurs procédés ou gérer plus efficacement des problèmes environnementaux ou d’énergie, par exemple. Je pourrais donner de nombreux exemples de projets, menés par mon équipe ou par des collègues, qui ont bénéficié à nos entreprises, mais je me contenterai de rappeler les propos du cofondateur et président-directeur général d’Ubisoft, Yves Guillemot, lors de l’annonce de la création du studio à Saguenay en septembre dernier : « La principale problématique est de trouver des talents et l’UQAC est une très bonne réponse pour nous ». Ce haut dirigeant d’une multinationale de la haute technologie n’a pas hésité à qualifier l’université de « trésor bien caché ».

L’annonce, le 10 janvier 2018, du projet Accès libre de la Société de transport de Saguenay (STS) illustre un autre avantage de la présence d’une université dans la ville. Le projet Accès libre vise à augmenter la desserte de l’UQAC et des autres institutions situées sur le plateau de Chicoutimi (CEGEP, CIUSSS) en implantant un terminus, des circuits à haute fréquence pour la Zone Talbot, la rue Racine, des stationnements incitatifs ainsi que des dessertes plus rapides et plus efficaces vers les arrondissements de Jonquière et de La Baie, y compris des navettes spéciales les soirs de party. Le terminus offrira aussi des services intermodaux comprenant entre autres des vélos et des autos électriques en location pour satisfaire un ensemble de besoins de mobilité dans la ville. Ce projet, qui se mettra en place en 2018 et 2019, a été préparé avec l’aide et l’appui financier de l’UQAC, mais aussi avec la participation du regroupement des associations étudiantes MAGE-UQAC. Le leadership étudiant dans ce dossier est particulièrement édifiant pour illustrer la dynamique d’une ville universitaire.

En effet, les nouveaux services offerts par la STS ne bénéficieront pas uniquement aux étudiants de l’UQAC. Une meilleure desserte des pôles de santé et d’éducation va permettre de libérer des espaces dans les stationnements, réduire la congestion des routes aux heures de pointe et améliorer la sécurité générale de la mobilité à Saguenay. Le service sera accessible aux travailleurs et aux utilisateurs des services d’éducation et de santé et même aux commerces, car avec une population vieillissante, la fluidité et l’efficacité du transport en commun permettra d’augmenter la mobilité des personnes âgées. 

« Elles sont plus fraîches parce que plus de monde en mange et tout le monde en mange parce qu’elles sont plus fraîches », disait jadis une publicité de saucisses. Pour le transport collectif, la recette est la même. Ils sont meilleurs et plus efficaces à mesure que plus de gens les utilisent. Ainsi, le besoin de mobilité exprimé par les étudiants de l’UQAC insuffle une dynamique positive à la STS. En quelque sorte, les étudiants amorcent la pompe. C’est un plus pour la ville et tous ses citoyens. Le nouveau conseil municipal peut considérer ce projet comme étant un pas de plus vers une ville universitaire.

Environnement

Un pas vers la ville durable

CHRONIQUE / En octobre dernier, j’ai fait quelques chroniques sur les enjeux de la ville durable. La deuxième portait sur l’enjeu de la mobilité. Le lancement du projet Accès libre par la Société de transport de Saguenay (STS) à l’UQAC, le 10 janvier dernier, me semble un pas très intéressant à cet effet. Voyons un peu comment.

Le développement durable, dans sa conception moderne, s’incarne actuellement dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030 (PDD-H2030) adopté par les Nations Unies en septembre 2015. Parmi les 17 objectifs qui le composent, le dixième s’intéresse spécifiquement aux villes et se lit comme suit : « Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables. » Il s’accompagne de dix cibles qui devraient en soi constituer un plan d’action pour les administrations municipales. 

La deuxième cible porte sur la mobilité : « D’ici 2030, assurer l’accès de tous à des systèmes de transport sûrs, accessibles et viables, à un coût abordable, en améliorant la sécurité routière, notamment en développant les transports publics, une attention particulière devant être accordée aux besoins des personnes en situation vulnérable, des femmes, des enfants, des personnes handicapées et des personnes âgées ». 

Pour les transports publics, cela signifie bien sûr d’augmenter l’accessibilité au service, mais dans un territoire comme Saguenay, cela comporte de nombreux défis, au premier chef la préférence des gens pour l’automobile. L’habitude est bien ancrée de se déplacer en solo et le nombre d’automobiles par foyer constitue un obstacle qui oppose une forte résistance à l’utilisation du transport en commun. L’automobiliste moyen a l’impression que son véhicule ne lui coûte que les frais d’essence pour se déplacer à sa guise. 

Payer ses passages en autobus lui apparaît une dépense supplémentaire, alors que l’auto est déjà à la porte. 

Par ailleurs, les horaires, les trajets et les temps de transport en commun sont rarement optimisés pour les besoins individuels. Donc, malgré les efforts de la STS pour desservir l’ensemble du territoire de Saguenay, les autobus sont trop souvent vides. 

Le projet Accès libre vise à augmenter la desserte de l’UQAC et des autres institutions situées sur le plateau de Chicoutimi (CEGEP, CIUSSS) en implantant un terminus, des circuits à haute fréquence pour la Zone Talbot, la rue Racine, des stationnements incitatifs ainsi que des dessertes plus rapides et plus efficaces vers les arrondissements de Jonquière et de La Baie, y compris des navettes spéciales les soirs de party. 

De plus, la STS va offrir aux étudiants de l’Université un tarif très avantageux de 40 $ par trimestre, au lieu de près de 200 $ dans la tarification actuelle. Mais mieux encore, ce même tarif permettra d’utiliser des vélos électriques et des automobiles électriques qui seront basés au nouveau terminus. 

Ce cocktail transport intermodal devrait permettre à une proportion significative de la clientèle étudiante de laisser l’auto à la maison ou carrément de se dispenser d’en posséder une. Le projet va s’implanter progressivement en 2018-2019.

Ce projet innovateur correspond presque point pour point à la proposition que je faisais pour la mobilité durable et s’inscrit tout à fait dans l’atteinte de la deuxième cible de l’ODD 10. C’est certes un premier pas encourageant vers le développement durable, et sera d’autant plus en phase avec le PDD H-2030 si les autres organisations ciblées s’y inscrivent et que l’offre de tarifs préférentiels est élargie au personnel des institutions desservies. 

Environnement

Une augmentation de solaire?

CHRONIQUE / La baisse constante des prix des capteurs photovoltaïques peut-elle provoquer une révolution qui pourrait à terme menacer Hydro-Québec et son modèle d’affaires ? La question a été posée la semaine dernière par le PDG de la société d’État, monsieur Éric Martel. À la base de cette crainte, on pense que de plus en plus de propriétaires de résidences, de petites entreprises et d’agriculteurs vont devenir autoproducteurs pour satisfaire leurs besoins d’électricité. En conséquence, Hydro-Québec n’augmentera plus ses ventes en proportion de la croissance économique, alors que ses coûts fixes d’équipement et d’entretien du réseau continueront de peser sur son bilan financier, donc sur ses tarifs.

La diminution du coût des panneaux solaires n’est pas le seul facteur en compte dans cette dynamique. Le développement de micro réseaux électriques est en pleine expansion, dans des milieux isolés, mais aussi à l’échelle expérimentale dans des villes, par exemple New York et Boston, où on teste la notion de réseaux intelligents combinant la production d’électricité de source renouvelable, le stockage dans des batteries lithium-ion, la domotique et les automobiles électriques. Il devient ainsi possible de prétendre à une autonomie ou à une quasi-autonomie énergétique, à condition naturellement de disposer de la technologie. D’autre part, l’efficacité énergétique de l’enveloppe des bâtiments et de l’appareillage installé doit être maximisée, sans quoi il y a peu de chances que ce genre de système soit économiquement viable.

Dans sa stratégie de transition énergétique, le Québec s’est fixé des objectifs ambitieux : par exemple, d’ici 2030 il faudrait améliorer de 15 % l’efficacité énergétique, augmenter de 25 % la production d’énergie renouvelable et augmenter de 50 % la production de bioénergie. Si cela se réalisait, il est bien certain qu’Hydro-Québec devrait ajuster son portefeuille de projets. Les grands développements hydroélectriques ne seront plus justifiés, puisque la demande va diminuer plus vite que la croissance de l’économie. Et cela, même si on procède massivement à l’électrification des transports. En effet, l’automobile électrique consomme beaucoup moins que son homologue à essence. Pour sa part, l’implantation d’industries grandes consommatrices d’électricité exige à la fois de l’énergie et de la puissance. Cela ne pourrait qu’augmenter les coûts marginaux de production. En effet, s’il est facile de moduler la puissance d’une centrale hydroélectrique (tant qu’on dispose de réserves d’eau) il est beaucoup plus compliqué d’obtenir la puissance sur demande avec des centrales solaires ou des parcs éoliens, qui doivent reposer sur le réseau pour équilibrer les fluctuations naturelles de l’ensoleillement et du vent.

Le modèle dominant de la fourniture énergétique va changer partout dans le monde dans le contexte de la lutte aux changements climatiques, et ce, d’autant plus qu’on produit de l’électricité à partir de combustibles fossiles. Il est fort probable que les coûts des appareils servant à la production d’énergie à partir de sources renouvelables (vent, solaire, hydraulique, biomasse, géothermie) vont diminuer à mesure que la production de masse va les rendre plus efficaces. Au Québec toutefois, nous disposons déjà de sources d’électricité renouvelable à 99 %. C’est difficile de faire mieux. Il y a très certainement une place pour l’autoproduction à partir de panneaux solaires, mais la pression se fait moins sentir ici qu’ailleurs. 

Qu’Hydro-Québec s’inquiète de son modèle d’affaires à l’horizon 2030, c’est sain. Mais il est peu probable que la transition se fasse de façon si brutale qu’on ne puisse s’y préparer. Le parc de maisons neuves n’augmente pas si vite et il n’y a qu’une faible proportion des propriétaires qui adoptent l’autoproduction. Les batteries de forte puissance sont encore des prototypes. Hydro-Québec a encore de beaux jours devant elle.

Environnement

Chaud-froid

CHRONIQUE / Détrompez-vous, je ne parlerai pas de cuisine ! La masse d’air polaire qui nous affecte depuis le début de l’hiver en fait râler plus d’un et gonfle les profits des agences de voyage. C’est l’hiver, il fait froid, quoi de plus normal au Québec ? Mais là, sans qu’on batte de records absolus, le mercure se blottit tranquillement en boule dans le fond du thermomètre. Le croiriez-vous ? Cette vague de froid s’explique par les effets du réchauffement climatique, si on en croit un article scientifique paru la semaine dernière dans le Bulletin de l’Association météorologique des États-Unis (http ://journals.ametsoc.org/doi/abs/10.1175/BAMS-D-16-0259.1). Pas banal comme paradoxe !

L’explication proposée par les auteurs de l’étude est fort intéressante. L’Arctique est la région qui se réchauffe le plus rapidement sur la planète. Depuis près de 40 ans qu’on mesure la surface des glaces par satellite sur l’océan arctique, celle-ci diminue constamment à la fois en épaisseur et en étendue. Résultat ? La surface d’eau libre permet que l’énergie solaire, au lieu d’être reflétée en été par un couvert blanc, est absorbée par un océan bleu. Plus d’énergie, donc plus de chaleur. Plus de chaleur emmagasinée dans l’eau retarde la prise des glaces à l’automne. Jusque là, ce n’est pas sorcier. Mais pour fabriquer la glace, il faut que l’énergie de l’eau soit transférée dans l’atmosphère. L’Arctique connaît donc des automnes plus doux qu’autrefois. Et c’est là que le bât blesse. En effet, à l’automne se met en place un courant d’air dans la stratosphère (plus de 15 kilomètres d’altitude). Ce courant circulaire (appelé vortex polaire) qui fait le tour de la planète tend à créer une zone de haute pression qui explique que l’air très froid reste emprisonné au-dessus de la région polaire pendant l’hiver. C’est du moins ce qui se passe habituellement.

Avec le réchauffement de la région arctique depuis 40 ans, le vortex polaire s’affaiblit. Au lieu d’être circulaire, il fait des ondulations. Des poches en quelque sorte. Et c’est ainsi que des masses d’air qui autrefois étaient confinées aux plus hautes latitudes de l’hémisphère nord descendent vers chez nous et, à la faveur des dépressions tropicales qui affectent l’Atlantique, nous amènent des temps froids et venteux. L’explication rassure, mais ne réchauffe pas !

En effet, il n’y a rien de catastrophique pour nous qui sommes adaptés à l’hiver. Pour certains, c’est désagréable parce qu’ils sont mal habillés (à qui la faute ?). Pour d’autres, rien de plus pressé que d’arroser la glace pour la faire épaissir. Il faut reconnaître qu’il y a des priorités dans la vie. La pêche sur la glace en est clairement une. 

Selon l’article, le vortex polaire fait beaucoup plus de poches depuis 40 ans. Donc, lorsque cela se produit, il y a des périodes où l’hiver ressemble plus à l’hiver. Malheureusement ou heureusement, les hivers moyens continueront d’être toujours plus chauds, avec de temps en temps une longue période qui donnera le goût de se construire un igloo.

Depuis plusieurs années, les pêcheurs pestent parce que la glace tarde à épaissir. N’allons pas les contrarier cette année ! Une fois n’est pas coutume. Et, pour ceux et celles qui se plaignent du froid, rappelez-vous qu’il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais vêtements. Vendredi, je regardais mes petits enfants jouer dans la neige. Ils n’avaient surtout pas froid ! 

Nous avons des fabricants de vêtements de plein air dans la région et au Québec qui équipent des expéditions polaires et des alpinistes. Pourquoi ne pas faire rouler l’économie locale ? 

Pour apprécier l’hiver pendant qu’il en reste, suivez le conseil de l’Abominable Charles des Neiges (deux ans et demi) et allez jouer dehors. Ça vous donnera des couleurs.

Environnement

Choisir le bon indicateur

CHRONIQUE / La semaine dernière, le quotidien britannique The Guardian relatait qu’un pari fait en 2010 entre deux scientifiques russes spécialistes des variations du flux solaire et un modélisateur du climat anglais allait être gagné par ce dernier.

Les Russes avaient gagé, en regardant l’activité solaire prévue entre 2012 et 2017, que les six années allaient être moins chaudes que les six années entre 1998 et 2005, qui représentaient jusqu’alors la période la plus chaude enregistrée depuis 1880. Prévoyant que l’activité solaire serait faible, ils gagèrent 10 000 $ sur leur hypothèse alors que l’Anglais, sur la foi des prévisions de l’évolution des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales, affirmait que la moyenne des températures globales serait plus chaude. Le site de l’Agence américaine de l’atmosphère et des océans (https ://www.ncei.noaa.gov) a été choisi par les deux parties comme référence.

Au moment d’écrire ces lignes, le 3 janvier 2018, les chiffres officiels pour la moyenne climatique 2017 n’étaient pas encore mise à jour pour le mois de décembre. Toutefois, il est d’ores et déjà acquis que l’année 2017 se range comme la troisième plus chaude de l’histoire, précédée par 2016 et 2015. L’Anglais pourra donc collecter son argent dès la semaine prochaine. 

Cette anecdote me permet d’enfoncer encore un peu le clou des climato-sceptiques qui affirment encore que les variations du flux solaire sont la principale explication au réchauffement climatique observé depuis les années 1980. Bien sûr, l’énergie lumineuse qui nous provient du soleil est la principale source d’énergie qui constitue le moteur des phénomènes climatiques. La chaleur ressentie vient de l’absorption de la lumière par les corps colorés et sa réémission sous forme de chaleur. Mais c’est la composition de l’atmosphère en GES qui détermine jusqu’à quel point cette chaleur restera dans l’atmosphère. Les réactions de fusion nucléaire qui se produisent dans le soleil connaissent certaines variations qui se traduisent par le cycle des taches solaires. Donc, la quantité d’énergie qui nous parvient du soleil est un peu moins grande ou un peu plus grande (de l’ordre de 0,1 %). On peut trouver des informations à ce sujet dans l’encyclopédie de l’environnement (http ://www.encyclopedie-environnement.org/climat/variabilite-de-activite-solaire-impacts-climatiques/

En revanche, les humains émettent chaque année de l’ordre de 50 milliards de tonnes (CO2 équivalent) de GES, dont environ la moitié ne peuvent être absorbés par les puits naturels, au premier chef les océans et les forêts. L’atmosphère s’enrichit donc chaque année de ces gaz qui retiennent la chaleur réémise par la surface terrestre éclairée par le soleil. Ce phénomène a été décrit au 19e siècle et les mesures de la concentration des GES dans l’atmosphère montrent une augmentation systématique et directement mesurable depuis 1958. Les modélisateurs du climat utilisent donc l’évolution de la concentration des GES comme facteur principal pour prédire l’évolution future du climat. C’est le meilleur indicateur et notre Anglais a bien fait de lui faire confiance pour prendre son pari.

L’hiver a jusqu’à maintenant été plus froid que la moyenne dans l’Est de l’Amérique du Nord. L’ineffable président des États-Unis en a profité pour remettre en doute l’existence des changements climatiques. Sa crédibilité scientifique étant ce qu’elle est, cela ne porte pas trop à conséquence. En revanche, s’il vous reste un mon oncle climato-sceptique ou un animateur de radio qui dit la même chose, pourquoi ne pas prendre un pari sur les moyennes de température globale de la prochaine période de faible rayonnement solaire ? 

Sachant que les engagements des pays dans l’Accord de Paris sont très en dessous des efforts nécessaires pour stabiliser le climat au 21e siècle, c’est un pari gagné d’avance si vous choisissez le bon indicateur. Misez gros !

Claude Villeneuve

Des gains faciles

CHRONIQUE / La communauté scientifique est de plus en plus persuadée qu’il sera impossible au rythme actuel d’engagement des gouvernements d’atteindre la cible de l’Accord de Paris, soit de limiter l’augmentation de la température globale à moins de 2 degrés Celsius d’ici la fin du siècle.

Un rapport de l’OCDE de la série « Examens environnementaux » paru le 19 décembre montre que le Canada, en dépit de ses beaux discours, n’atteindra pas ses cibles en raison de la croissance de ses émissions dans le domaine de l’exploitation des sables bitumineux et du transport. Le Québec n’est pas non plus en reste alors qu’il est très loin de sa cible de -20 % en 2020 et encore plus de la cible annoncée à Paris en 2015 de réduire ses émissions de 37,5 % en 2030. Pourtant il existe des moyens plus faciles que d’autres pour réduire significativement nos émissions de gaz à effet de serre, avec des moyens techniques bien maîtrisés et au bénéfice de l’économie des régions forestières du Québec. La substitution du mazout par de la biomasse forestière résiduelle dans le chauffage des institutions ou dans des chaufferies communautaires figure au premier rang de ces options faciles à mettre en œuvre.

L’exploitation forestière laisse sur les parterres des quantités importantes de bois dont l’industrie ne trouve pas usage, soit parce que le diamètre des tiges ne permet pas le sciage ou parce que les arbres ont été affectés par les insectes. Ces bois résiduels présentent un potentiel énergétique important qui peut permettre de remplacer le pétrole ou le gaz naturel avantageusement, surtout si on considère la réduction des gaz à effet de serre. Il y a plusieurs hôpitaux qui ont installé des chaufferies utilisant la biomasse forestière. Il y a deux ans, nous avons fait l’analyse de cycle de vie de ce genre d’initiative pour l’hôpital d’Amqui, dans la Matapédia. Les résultats étaient impressionnants : même si l’hôpital n’utilisait que 10 % de mazout pour 90 % d’électricité, la conversion de la chaudière pour la biomasse forestière résiduelle produite localement par la coopérative forestière était non seulement rentable, mais permettait des réductions significatives d’émissions de GES. Selon Vision Biomasse Québec, à l’horizon 2025, le potentiel de réduction pour le Québec hors Montréal serait de 1 million de tonnes de CO2 par année, soit 1,3 % des émissions totales de l’inventaire. En Europe, le chauffage à la biomasse fait partie des stratégies de réduction des émissions de GES, pour les chauffages collectifs et même pour certaines centrales thermiques au charbon.

Pour l’économie locale, la production de carburants de biomasse comme les plaquettes ou les granules est un facteur de création d’emplois et pourrait contribuer à diminuer la balance commerciale du Québec de 225 millions de dollars par année que nous coûtent les importations de mazout, de propane et de gaz naturel. 

Dans le contexte de la fermeture de la centrale de chauffage de Chicoutimi, il est étonnant qu’on semble avoir écarté le chauffage à la biomasse forestière résiduelle pour préférer de plus petites unités alimentées au gaz naturel. Bien sûr, les équipements alimentés au gaz naturel coûtent moins cher à l’installation et demandent peu d’entretien. Mais le coût des combustibles fossiles va augmenter rapidement avec l’imposition par Ottawa d’un prix de la tonne d’émissions qui devrait atteindre 50 $ en 2022. Je ne sais pas si cela a été intégré dans les calculs. En outre, les cendres d’une centrale alimentée à la biomasse forestière peuvent être utilisées comme amendements pour l’agriculture, un élément intéressant en termes de développement durable. Il serait important que cette option soit étudiée plus avant. La Chaire TERRE du Cégep de Jonquière a développé une grille de développement durable spécialisée pour les fournitures d’énergie renouvelable. Ce serait peut-être une bonne idée de l’utiliser avant d’aller plus loin.

Environnement

Le Canada paraît mal!

CHRONIQUE / C’est la conclusion qu’on peut tirer de la lecture d’un rapport de l’OCDE paru le 19 décembre dans la série « Examens environnementaux de l’OCDE » qui examine à intervalles d’environ 10 ans la performance environnementale de ses pays membres. Le dernier examen de la performance environnementale du Canada avait été rendu public en 2004. Cette fois-ci, deux examinateurs, un des États-Unis, l’autre de l’Australie, ont pris connaissance des cibles internes du Canada et de ses des engagements internationaux en matière d’environnement et ont examiné les performances du pays à partir des rapports officiels et de rencontres de terrain.

L’objectif de ces examens est de donner une image impartiale de la performance des pays membres et d’instaurer un dialogue avec les gouvernements dans un processus d’amélioration continue.

Le verdict est inquiétant : « … le pays a découplé sa croissance économique de diverses sources de pressions environnementales. Il reste néanmoins confronté à plusieurs défis liés à la consommation élevée d’énergie et de ressources, aux importantes émissions de gaz à effet de serre et aux pressions locales exercées sur la biodiversité et les ressources hydriques. » Le rapport souligne aussi que de nombreuses collectivités autochtones ne bénéficient pas d’un accès égal à certains services essentiels et se trouvent davantage exposées aux risques environnementaux.

En effet, nous avons continué à augmenter nos émissions de gaz à effet de serre, particulièrement pour l’exploitation des sables bitumineux et dans le domaine du transport. Des grandes villes comme Montréal et Vancouver ne sont pas équipées d’installation d’épuration des eaux de pointe et de nombreuses collectivités autochtones sont confrontées à des conditions de vie dignes du tiers-monde. 

Pour une économie qui figure au dixième rang des pays membres de l’OCDE, le Canada est le quatrième plus grand émetteur de gaz à effet de serre et ses émissions ne semblent pas s’infléchir. En effet, nous émettons 20 % plus qu’en 1990 malgré qu’il faudrait que nous soyons à 20 % de moins en 2020 pour contribuer à l’effort mondial. 

Reconnaissant les intentions affichées par le nouveau gouvernement d’imposer une tarification du carbone à partir de 2018 et de se donner un cadre pour une croissance propre, le rapport contient néanmoins 46 recommandations adressées au gouvernement fédéral et aux provinces pour améliorer leur performance. Car si les intentions sont une chose, l’action en est une autre. 

Dans le domaine des déchets, la situation n’est pas vraiment brillante. À peine 25 % des matières résiduelles sont dirigées vers le recyclage et le compostage. Le reste est enfoui ou incinéré et nous sommes parmi les plus grands producteurs de déchets per capita au monde, ce qui nous range parmi les plus mauvais de l’OCDE. L’utilisation des pesticides en agriculture a beaucoup augmenté depuis 2000 (40 % de plus dans les cinq dernières années) alors que l’usage d’engrais azotés a crû deux fois plus vite que la production agricole, ce qui est le plus mauvais score de l’OCDE. 

Bien sûr, cela ne peut qu’affecter la qualité de l’eau de surface. On le remarque en particulier dans le lac Winnipeg, les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent. Quant à l’objectif de protéger 17 % de la superficie des terres et 10 % du littoral en 2020, les examinateurs concluent que ce sera virtuellement impossible d’y arriver.

Bref, le Canada paraît mal. Bien sûr, la période examinée a été dominée par le gouvernement Harper, mais bien des prérogatives environnementales appartiennent aux provinces dont les gouvernements n’ont pas tellement brillé dans le domaine. Il est intéressant de lire cet examen environnemental. Cela nous montre qu’il reste beaucoup de travail à faire. L’année 2018 nous promet des défis intéressants. Ce serait bien que nous puissions mieux faire la prochaine fois !

Environnement

Le côté sombre de l’électronique

CHRONIQUE / Au pied de combien d’arbres de Noël trouvera-t-on des bidules électroniques cette année ? Combien d’entre vous changeront-ils leur ordinateur portable, leur téléphone « intelligent » ou les deux ? Combien de nouveaux appareils branchés trouveront-ils leur place dans les chaumières ? S’il est impossible de répondre précisément à ces questions, on peut présumer que la réponse « plus que l’an dernier » n’est pas fausse.

L’électronique est omniprésente dans le monde moderne. Elle nous rend d’immenses services, mais un jour ou l’autre, question de mode, d’obsolescence (planifiée ou non) ou simplement parce qu’il en coûte moins cher d’acheter du neuf que d’aller voir le réparateur, tous ces appareils deviendront des déchets et finiront au rebut. Selon un rapport des Nations Unies, The Global E-waste Monitor 2017, paru le 13 décembre, ce sont 45 millions de tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques (DÉÉÉ) qui ont été gérés dans le monde en 2016, une hausse de 8% par rapport à 2014. Chaque Terrien produit en moyenne 6,1 kilogrammes de DÉÉÉ par année ! 

Cela est d’autant plus dramatique que, malgré les injonctions à la prudence et à la mise en œuvre de moyens de prévention comme l’éco-conception et le recyclage, le phénomène qu’on voyait venir depuis plus de vingt ans est en pleine explosion. Seulement 20% de cette production est réellement collectée et recyclée. Pour les 80% restants c’est le flou total puisqu’aucune donnée précise n’est disponible. Cela veut dire en clair qu’ils disparaissent dans la nature, les lieux d’enfouissement et les incinérateurs… Or les DÉÉÉ contiennent des minéraux rares et produisent des substances toxiques lorsqu’ils ne sont pas correctement traités.

Au Québec, cette question se pose depuis un certain temps. Il y a dix ans déjà, certains centres comme le Carrefour Environnement Saguenay se sont intéressés au domaine et ont développé une expertise dans le démantèlement, la remise en état, la revente d’appareils et le recyclage des composantes hors d’usage et des matériaux valorisables dans les déchets électroniques. Aujourd’hui, ARPE-Québec est un organisme à but non lucratif reconnu par RECYC-QUÉBEC qui a pour mandat de récupérer et de valoriser les produits électroniques en fin de vie utile au Québec. Le Carrefour Environnement Saguenay reçoit les appareils hors d’usage de tout l’est du Québec.

Alors quoi faire ? Sur le site de Recyc-Québec, on peut consulter la page «On en prend soin» (http://onenprendsoin.recyc-quebec.gouv.qc.ca/produits-electroniques/) qui indique à quel endroit et quels DÉÉÉ peuvent être disposés pour le recyclage et le traitement. C’est bien, mais dans un monde idéal, il faut réduire à la source les DÉÉÉ comme les autres déchets. La première chose à faire est de se poser la question du besoin réel. Est-ce que j’achète bien le bon appareil pour mes besoins ? 

Même si un appareil peut paraître séduisant dans la publicité, si on ne l’utilise pas à plein, son prix réel par heure d’utilité se met à augmenter tout comme l’impact relatif de sa fabrication et de sa disposition. Contrairement à l’automobile, dont la majorité des impacts se trouvent dans sa phase d’utilisation, l’impact des appareils électroniques réside dans les étapes de production et de disposition comme c’est le cas pour les meubles ou les vêtements. 

Par exemple, la durée de vie moyenne d’un téléphone portable est de moins de deux ans. Si on prolonge sa vie utile de six mois, on diminue son impact relatif de 25%, si on le garde un an de plus, on réduit l’impact jusqu’à 40%. Les appareils électroniques sont des composantes de la vie moderne et ils nous rendent de grands services, mais personne ne doit ignorer le côté sombre des DÉÉÉ. Espérons que cette chronique aura su l’éclairer un peu !