Environnement

Halte à l’exportation des déchets !

CHRONIQUE / Le commerce international est un phénomène aussi vieux que la civilisation. Dans l’antiquité, les Phéniciens parcouraient la Méditerranée, des caravanes de marchands suivaient la route de la soie, de la Chine jusqu’à Antioche en passant par l’Afghanistan, l’Iran et le Moyen-Orient. Le trafic des galions entre l’Amérique centrale et l’Espagne, la route du rhum et du sucre, et l’exportation de bois et de fourrures ont créé notre infrastructure économique et fait la richesse des empires. Aujourd’hui, plus que jamais, les échanges commerciaux ne cessent d’augmenter en volume. Cela se reflète dans la croissance du trafic maritime, ferroviaire et routier.

Si, dans le passé, on exportait et importait des marchandises de grande valeur, aujourd’hui, les navires transportent n’importe quoi, y compris des conteneurs de déchets. Sous prétexte que la main-d’oeuvre y est peu chère, on envoie recycler chaque année des millions de tonnes de déchets plus ou moins bien triés, des pays industrialisés vers des pays en voie de développement. Comme on l’a vu récemment avec le contentieux entre le Canada et les Philippines, les déchets exportés par certaines entreprises ne sont carrément pas recyclables. En conséquence, comme le dénonçait Greenpeace en début d’année, des déchets de plastique canadiens se retrouvent sur les plages indonésiennes. Bref, pas vus pas pris, nous exportons nos problèmes plutôt que de payer le prix d’une bonne gestion des matières résiduelles. C’est un peu comme si on abaissait nos exigences environnementales au même niveau que celles des pays où nous exportons nos déchets. Il y a là une grande hypocrisie et un enjeu environnemental mondial qui affecte la biodiversité, la santé des populations exposées aux résidus et les changements climatiques. Mais le commerce international ne tient pas compte de ce genre de choses et les pays qui reçoivent les déchets peuvent rarement les refuser.

Claude Villeneuve

« Chauffer le dehors »

CHRONIQUE / Chez les anciens, c’était une aberration de laisser portes et fenêtres ouvertes lorsqu’il faisait froid. « Arrête de chauffer le dehors », entendait-on quelques fois dans mon enfance lorsqu’on prenait trop de temps à rentrer dans la maison où le poêle peinait à lutter contre le froid. Les choses ont bien changé ! À la mode aujourd’hui, l’outdooring nous incite, au contraire, à profiter de la terrasse en toute saison, quitte à y mettre des appareils de chauffage alimentés au gaz propane pour la chaleur ou l’ambiance d’un feu de foyer. Bref, en termes crus, il est à la mode de « chauffer le dehors ».

Il semble que les publicitaires ne soient jamais à court d’idées pour nous faire gaspiller. C’est à ce prix, paraît-il, qu’on fait rouler l’économie. Produits à usage unique, modes vestimentaires éphémères, dictature de la décoration intérieure. « Pas de changement, pas d’agrément ! », disait le proverbe. Il suffit de visiter votre quincaillier ou votre centre jardin pour voir ce qu’on vous offre pour « chauffer le dehors ». Des dizaines de modèles de chaufferettes, surtout alimentées au propane et coûtant de 150 $ à 1500 $, se disputent votre attention. Au point de vue environnemental, c’est désolant.

Chroniques

Réinventer le mutualisme

CHRONIQUE / Le constat est alarmant. Lundi dernier, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, connue sous l’acronyme IPBES, a rendu public son premier rapport au terme de trois ans de travail. Pour le moment, seul le résumé à l’intention des décideurs est accessible en anglais, mais la version française suivra bientôt et le rapport complet, un colosse de 1800 pages, sera édité et publié un peu plus tard cette année. L’IPBES est à la Convention-cadre sur la biodiversité ce que le GIEC est à la Convention-cadre sur les changements climatiques : un groupe international de chercheurs qui font une revue de la littérature scientifique récente et qui statuent sur les grandes tendances qu’on peut y trouver sur l’évolution de la diversité biologique.

Un million d’espèces sur la planète seraient en voie de disparition. Le chiffre est impressionnant, la réalité est cruelle. Depuis la nuit des temps, l’humanité dépend de la Nature. Les populations de chasseurs-cueilleurs ont quelquefois surexploité les espèces vivantes, mais comme elles en payaient le prix, leurs cultures ont intégré une cosmologie qui les incitait à rechercher un équilibre avec les écosystèmes dont dépendait leur survie. On parle de mutualisme. On pourrait résumer cette posture par « tout être vivant mérite le respect ». Avec l’invention de l’agriculture, il y a environ 10 000 ans, l’attitude a beaucoup changé. « Ôte-toi de là que je m’y mette » serait la formule la plus appropriée pour caricaturer un brin. L’agriculture, même si elle doit compter avec la Nature, amène de profondes transformations dans les habitats et favorise certaines espèces aux dépens d’autres. On maximise ainsi le rendement du territoire en fonction de nos propres besoins et on fait disparaître les espèces concurrentes. Tant que l’activité agricole se déroule sur une portion acceptable du territoire, la résilience des écosystèmes permet tout de même un certain équilibre.

Claude Villeneuve

L’écologie industrielle… pourquoi pas?

CHRONIQUE / L’écologie est une science qui étudie les êtres vivants et leurs interactions entre eux et avec leur milieu. Fondée au dix-neuvième siècle, que vient faire cette science du vivant dans le monde industriel ?

L’expression écologie industrielle a été inventée à la fin des années 1980 dans la foulée des efforts pour rendre opérationnelle la notion de développement durable. Elle décrit les échanges entre des unités de production industrielle ou municipale qui s’alimentent des mêmes flux de matière et d’énergie à différents stades de leurs opérations. Dit plus simplement, les déchets des uns deviennent les intrants des autres. C’est un parallèle avec les écosystèmes où les déchets des végétaux et des animaux sont recyclés par les décomposeurs qui s’en nourrissent et recyclent les éléments minéraux qui seront récupérés par les plantes.

Claude Villeneuve

Les continents de plastique

CHRONIQUE / Chaque année, environ huit millions de tonnes de plastique supplémentaires se retrouvent dans les océans. À ce rythme, on estime qu’il y aura en 2050 plus de plastique qu’il n’y a de poissons dans la mer. Depuis une vingtaine d’années, on constate qu’il s’accumule au gré des courants d’immenses masses de débris de plastique dans les mers du monde. Mais quand cela s’est-il produit ?

Il est très difficile de remonter le temps pour répondre à des questions comme celle-là. On peut prendre appui sur des données indirectes, comme les statistiques de production de plastique dans le monde. Mais entre la production et l’océan, il y a un monde. Après tout, personne ne produit du plastique pour le jeter à la mer… La semaine dernière, un article de la revue Nature Communications (Ostle, C. et al. Nature Commun. 10, 1622 (2019)) présentait une contribution originale pour retracer l’évolution du phénomène depuis 60 ans. De manière surprenante, la source de données utilisée n’avait rien à voir avec la question de recherche.

Environnement

Le bruit maritime, un enjeu émergent

CHRONIQUE / Dans nos vies, le bruit ambiant est une nuisance qui peut engendrer un niveau de stress nocif pour la santé. Bien sûr, il y a toutes sortes de bruits. Circulation, musique des autres, chants d’oiseaux ; ils peuvent définir une ambiance agréable ou dérangeante. Quiconque a vécu quelques jours à New York ou à Paris connaît le bruit de fond des grandes cités. Notre réaction dans un milieu bruyant est d’ajuster le volume de notre voix pour communiquer. Mais au passage d’un gros camion ou d’un motard décérébré, il ne sert à rien de crier, il vaut mieux attendre que la source de bruit soit suffisamment éloignée pour reprendre la conversation. Mais qu’en est-il dans les océans ?

Le son voyage différemment dans l’eau que dans l’air, il n’est donc pas simple de comparer les deux milieux. Dans la revue Nature du 10 avril dernier, un article très intéressant soulevait les enjeux du dérangement occasionné par les différents bruits générés par les activités humaines sur les espèces marines un peu partout dans le monde. Le sujet tombe à pic, dans la perspective d’une augmentation du trafic maritime, mais aussi d’activités comme l’exploration pétrolière et gazière, les forages sous-marins et le dragage, l’utilisation de sonars et j’en passe. Ces bruits, tantôt puissants et brutaux, tantôt continus, représentent pour les poissons, les crustacés et les cétacés une cacophonie dont le niveau sonore peut perturber la communication et augmenter le niveau de stress. Pire encore, certains sons peuvent se propager sur des centaines de kilomètres !

Environnement

Bio ou durable ?

CHRONIQUE / Il y a trente ans, lorsque nous réfléchissions à faire du Saguenay-Lac-Saint-Jean un laboratoire de développement durable, la question des indicateurs de succès m’avait amené à postuler que la proportion d’agriculteurs certifiés bio pouvait être un bon candidat. La question a refait surface à l’occasion d’une entrevue à l’émission Y’a des matins, à l’antenne de la première chaîne de Radio-Canada, à la suite de l’initiative lancée par Carl Bouchard de devenir la première région du Québec 100 % biologique en 2050. En entrevue à la même émission, le 11 avril, Mario Théberge de l’UPA confirmait que la chose serait possible, mais que la région travaillait déjà sur l’agriculture durable, ce qui semblait plus à portée de l’ensemble des agriculteurs. Bio ou durable, quelle est la différence ?

Le deuxième des 17 Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 vise à : « éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable ». Parmi les éléments qui caractérisent l’agriculture durable, on retrouve des « pratiques agricoles résilientes qui permettent d’accroître la productivité et la production, contribuent à la préservation des écosystèmes, renforcent les capacités d’adaptation aux changements climatiques, aux phénomènes météorologiques extrêmes, à la sécheresse, aux inondations et à d’autres catastrophes, et améliorent progressivement la qualité des terres et des sols. » Nulle part ne parle-t-on de certification bio. Mais bien sûr, l’agriculture biologique doit respecter un cahier de charges qui la qualifie automatiquement comme une agriculture durable. Alors, pourquoi ne pas viser 100 % bio ?

Environnement

Des impacts insoupçonnés

CHRONIQUE / La Chine est un énorme importateur de grains. Non seulement elle doit nourrir sa population de plus en plus urbanisée et avide de protéines animales, mais comme vous pourrez le constater au supermarché, les produits alimentaires chinois envahissent nos épiceries. L’agriculture chinoise est beaucoup plus performante qu’autrefois, mais elle est menacée dans certaines régions par la désertification, l’industrie et l’étalement urbain. Le pays profite donc de ses échanges commerciaux internationaux pour fournir le complément. Et puis, les Chinois aiment manger de la viande. À mesure qu’ils s’enrichissent, il leur en faut toujours plus. Donc, plus de grain qu’ils ne peuvent en produire.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les États-Unis et la Chine se font une guerre commerciale à coup de tarifs douaniers. Cette guerre s’est traduite par une réduction des importations chinoises de soja américain destiné à nourrir le bétail. En 2016, la Chine avait acheté 37,6 millions de tonnes de soja aux États-Unis. De 2017 à 2018, cette quantité a baissé de moitié, remplacée par des importations de soja brésilien. S’ajoute à cela la décision de Beijing de cesser l’importation de canola canadien dans le bras de fer qui résulte de la demande américaine d’extradition de Meng Wanzhou, cadre supérieur de Huawei. Or, le tourteau de canola est lui aussi utilisé dans les moulées pour l’alimentation du bétail.

Environnement

Les villes et l’urgence climatique

CHRONIQUE / Le rapport spécial du GIEC sur la possibilité de limiter le réchauffement du climat à 1,5˚C avant la fin du siècle a provoqué un sentiment d’urgence climatique.

Les déclarations des autorités onusiennes relayées par les groupes écologistes déterminent un horizon très court pour prendre des mesures musclées. Deux ans pour renforcer considérablement les engagements et les actions nationales, 12 ans pour avoir réduit les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 45 %, 32 ans pour que l’humanité soit totalement carboneutre. C’est indispensable, mais est-ce bien réaliste ? Quelle que soit la réponse, on ne peut plus se payer le luxe de ne pas prendre la situation au sérieux. J’ai participé le 21 mars dernier à un panel dans le cadre du sommet municipal « Résilience Climat » organisé par l’Union des municipalités du Québec (https ://umq.qc.ca/evenements/sommet-municipal-resilience-climat/).

Opinions

Quoi de neuf docteur?

CHRONIQUE / La célèbre question que pose Bugs Bunny à tout propos m’est venue à l’esprit lorsque j’ai lu cette semaine, dans la revue Nature, un article traitant de l’utilisation d’antibiotiques pour arroser des orangeraies en Floride. Il faut dire que plusieurs nouvelles interpellant la santé et l’environnement ont été publiées dans le dernier mois.

D’abord, on a appris que 91 % de la population humaine était exposée à la pollution de l’air dans les villes, ensuite le deuxième rapport Global Chemical Outlook qui montre que 1,6 million de morts sont attribuables chaque année à l’usage de produits chimiques. 

Finalement, on apprenait la condamnation de Monsanto en Californie pour le cancer d’un citoyen attribuable à l’utilisation de l’herbicide Round-Up. Quoi de neuf docteur ?