Chroniques

Une recherche qui porte fruit

CHRONIQUE / Il y a quelquefois des surprises agréables dans une vie de chercheur universitaire. Par exemple, la semaine dernière, j’ai reçu un courriel de la ville de Schefferville avec un bulletin intitulé L’éco du Nord relatant l’immense succès d’un nouvel écocentre implanté l’an dernier en collaboration entre la municipalité et les communautés autochtones de Matimekuch-Lac John (Ilnus) et de Kawawachikamach (Naskapis). Cette initiative a pris naissance à la suite des conclusions d’un travail de recherche réalisé par la Chaire en éco-conseil, entre 2013 et 2017, concernant la gestion des matières résiduelles (GMR) dans les communautés nordiques du Québec isolées du réseau routier.

En 2013, la chaire a remporté un appel d’offres du ministère de l’Environnement destiné aux universités pour réaliser une étude sur la GMR dans les communautés isolées du Nord-du-Québec. En 2013-2014, la Chaire a tout d’abord établi le portait de la situation. Première conclusion : les solutions du Sud ne peuvent pas être appliquées telles quelles au Nord. La phase 2, en 2015-2016, visait à recueillir des données utiles pour soutenir les planificateurs locaux dans l’amélioration de leur GMR et à présenter les solutions identifiées sous forme de boîte à outils pour la gestion des matières résiduelles en territoire nordique. Ces rapports peuvent être téléchargés sur la page du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Nos travaux ont fait appel à la littérature scientifique mondiale et les solutions ont été expérimentées en conditions réelles et adaptées aux besoins et à la culture locale. Naturellement, la mise en œuvre de nos recommandations dépendait des autorités locales et des investissements nécessaires à l’achat d’équipement et à la mobilisation du personnel et des acteurs locaux.

Environnement

Les apprentis sorciers

CHRONIQUE / Le dernier rapport spécial du GIEC sur la possibilité de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré avant 2100 indique que cet objectif, pourtant inscrit dans l’Accord de Paris, est impossible à atteindre sans des actions draconiennes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Pour sa part, l’Organisation météorologique mondiale, dans son dernier rapport sur la concentration des GES dans l’atmosphère, a montré que ces émissions continuent d’augmenter et leur niveau est tel qu’il faudrait réduire les émissions de 40 % en 2030 et de 100 % en 2050 pour espérer atteindre l’objectif. Or, les observateurs sont unanimes : les engagements des pays signataires de l’Accord de Paris, qui doit entrer en vigueur en 2020, n’ont pas pris d’engagements suffisants pour s’approcher de cette performance. Mathématiquement, les chances de stabiliser l’augmentation de la température moyenne terrestre à moins de 3 à 4 degrés Celsius à l’échéance 2100 sont très faibles. Devant ce constat, et les impacts catastrophiques d’un tel réchauffement sur l’humanité et sur la nature, certains prônent de recourir à la géo-ingénierie. La géo-ingénierie est un terme qui signifie des interventions humaines artificielles permettant de transformer des composantes planétaires à l’échelle globale. En gros, on parle de modifier la couleur de certaines surfaces pour refléter le rayonnement solaire, de fertiliser les océans pour stimuler la captation du dioxyde de carbone, de mettre en place des dispositifs permettant de capter et de stocker le carbone dans la lithosphère ou d’injecter des substances chimiques dans la stratosphère pour diminuer le rayonnement solaire incident en le reflétant vers l’espace. Une équipe de l’Université Harvard au Massachusetts veut réaliser en 2019 la première expérience de géo-ingénierie à très petite échelle pour tester l’efficacité d’injecter dans la stratosphère du carbonate de calcium afin de créer un écran solaire.

Environnement

Des déchets et des hommes

CHRONIQUE / Il y a cinquante ans, au Québec on gérait les déchets municipaux d’une façon qui apparaîtrait aujourd’hui totalement inacceptable. Les fossés et les coulées, les rivières et les lacs recevaient les résidus de toute nature. Les poubelles étaient souvent renversées dans les entrées par les chiens errants et lorsque le « camion de vidanges » finissait par faire le ramassage dans les villes, son contenu était déposé pêle-mêle au dépotoir où on le brûlait à ciel ouvert.

Cette situation a perduré jusque dans les années 1980 ; le recyclage était à ses balbutiements et les groupes environnementaux militaient pour améliorer la situation. Recyc-Québec a été créé en 1990. Bien entendu, le concept d’économie circulaire n’avait pas encore été inventé. Même si on est loin de la perfection, les choses ont beaucoup évolué et il reste du travail à faire.

Opinions

La biodiversité va mal

CHRONIQUE / Le 30 mai dernier, je publiais dans ces pages une chronique intitulée Le poids des vivants faisant état d’un article scientifique aux conclusions inquiétantes. Même si l’humanité représente moins de 0,01 % du poids de tous les êtres vivants sur la planète, elle constitue 36 % du poids des mammifères et les animaux d’élevage qui servent à nous nourrir pèsent pour leur part 60 % de tous les mammifères, ne laissant que 4 % à toutes les autres espèces de mammifères sauvages.

Les poulets, dindes, canards, oies et autres oiseaux de basse-cour constituent pour leur part 70 % du poids des êtres emplumés. Le 30 octobre, WWF, le Fonds mondial pour la Nature, publiait son 10e rapport Planète vivante faisant état de la biodiversité mondiale. Selon le WWF, entre 1970 et 2014, 60 % des animaux sauvages ont disparu de la surface du globe.

Environnement

Bientôt des piles sans cobalt

CHRONIQUE / Les voitures électriques présentent de nombreux avantages en termes de réduction de la pollution des villes et des émissions de gaz à effet de serre. Mais leur autonomie reste limitée et des critiques se font entendre sur l’utilisation de cobalt dans leur fabrication. Enfin, certains craignent leur susceptibilité à prendre feu en cas de collision. Ces trois problèmes sont liés aux batteries lithium-ion qui leur servent de réserve d’énergie. Mais des pistes de solution sont actuellement en émergence.

La densité énergétique d’une batterie est la quantité d’énergie qu’on peut y stocker par unité de poids et de volume. Actuellement, la quantité de batteries qu’on peut installer dans un véhicule est limitée si on veut transporter autre chose. En conséquence, selon la puissance du moteur et son utilisation (style de conduite, conditions de température etc.), l’autonomie du véhicule sera de quelques dizaines à trois ou quatre cents kilomètres, ce qui est insuffisant pour la plupart des gens qui doivent parcourir de longues distances. Actuellement, on commence à fabriquer des piles utilisant une anode de lithium métal, qui peut permettre de doubler et même de tripler la densité énergétique. Les inventeurs de la nouvelle batterie prétendent que les fabricants actuels de batteries lithium-ion pourraient adapter la production dans les usines existantes avec des modifications mineures.

Chroniques

À gauche toute !

CHRONIQUE / La science réserve bien des surprises. Un article paru dans la revue Ecology le 25 octobre dernier en témoigne de façon amusante. Voyons cela.

Les saumons du Pacifique ne survivent pas à la fraye. Lorsqu’ils remontent dans les ruisseaux où ils sont nés, les adultes se reproduisent et meurent sur place. Bien sûr, les ours profitent de la manne que représente toute cette nourriture bien protéinée. Une équipe de scientifiques a étudié ce phénomène en Alaska, dans un ruisseau où fraye le saumon sockeye. Chaque automne, les étudiants et techniciens faisaient le dénombrement des carcasses de saumons pour valider la quantité de nourriture disponible pour les ours grizzly. Ils comptabilisaient les poissons intacts et partiellement consommés retrouvés dans le ruisseau et sur ses rives. Pour éviter de compter deux fois les carcasses, ils avaient comme consigne de les jeter toujours du même côté du ruisseau, soit sur la rive gauche. En 20 ans, sur les deux kilomètres de la zone d’étude, les chercheurs estiment avoir déposé 267 620 kilogrammes de poissons sur la rive gauche, ce qui représente 5,9 fois plus que ce qui est resté sur la rive droite. Ce travail a permis de confirmer un phénomène qui était autrefois à l’état d’hypothèse.

Environnement

Albatros contre braconniers

CHRONIQUE / La pêche illégale en haute mer est un fléau. Partout, des bateaux pêchent illégalement et il est extrêmement difficile de les contrôler, surtout dans les eaux internationales. Pas vu, pas pris et comme la demande pour les poissons est de plus en plus grande, les revenus illégaux suscitent l’appât du gain des capitaines à l’éthique douteuse. Daniel Pauli, scientifique de l’année 2016 de Radio-Canada, a publié de nombreux travaux sur ce sujet.

Comment contrôler la pêche illégale ? Pour éviter d’être repérés, les braconniers éteignent leurs balises et naviguent en utilisant seulement leurs radars. Comme il n’existe pas de moyen de les détecter, il faudrait vraiment de la chance pour pouvoir les arraisonner et leur poser des questions. C’est ici qu’entrent en jeu les chercheurs du Conseil national de recherche scientifique (CNRS) en France qui travaillent sur l’évolution de deux espèces d’oiseaux menacées de disparition.

Chroniques

Le dilemme de la croissance

CHRONIQUE / Le 22 octobre, l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) a rendu publiques ses prévisions sur la croissance de la demande en matériaux pour soutenir la croissance économique d’ici 2060 et sur les impacts environnementaux qui en résulteront. La croissance économique à l’échelle mondiale se traduit par une demande accrue en matériaux et en énergie.

L’intensité de cette demande pour chaque dollar du produit mondial brut (PMB) dépend de plusieurs facteurs, comme le type d’activités qui sont nécessaires pour soutenir le développement, le prix et la disponibilité des matériaux recherchés. Naturellement, les technologies utilisées pour l’extraction des ressources, la production des biens, leur utilisation et la disposition des déchets déterminent les impacts de la consommation. Mais d’abord, quelles sont les forces motrices qui vont déterminer cette croissance ?

Environnement

Il va bientôt faire soif!

CHRONIQUE / L’été 2018 a été anormalement chaud. Pour les micro-brasseurs de partout au Québec cela s’est traduit par des ventes record, à tel point qu’en discutant avec un distributeur grossiste, il me disait en septembre être incapable de fournir la plupart de ses produits vedettes aux détaillants. Je ne dispose pas des chiffres de vente des grands brasseurs, mais il serait surprenant que la demande n’ait pas été sensiblement plus élevée l’été dernier en raison de la chaleur inhabituelle. La bière est le breuvage alcoolisé le plus consommé sur la planète. Elle est fabriquée par la fermentation d’orge maltée. Ce processus date des anciens Égyptiens, il y a plus de 5000 ans. Au Moyen Âge, en Allemagne, on lui a ajouté du houblon pour son effet antiseptique et son parfum. À partir de ces trois ingrédients, orge, eau et houblon, les déclinaisons du breuvage sont infinies. Le florilège de produits des micro-brasseries québécoises depuis vingt ans montre bien ce potentiel.

Mais un article publié cette semaine dans la revue Nature Plants par une équipe internationale réunissant des scientifiques de l’Université de Beijing en Chine, de l’université de Cambridge en Angleterre et de l’Université de Californie aux États-Unis lance un cri d’alarme. Dès 2050, il faut s’attendre à des pénuries de bière en raison des canicules et des sécheresses plus nombreuses à l’échelle globale, attribuables au réchauffement climatique. La raison tient à la fragilité de l’orge à la sécheresse et à la chaleur. Il s’agit d’une culture dont les rendements peuvent être affectés de manière si importante que déjà, dans le sud du Québec, plusieurs agriculteurs l’abandonnent en raison des étés plus chauds. Selon le professeur Wei Xie et ses collègues, la fréquence et la sévérité des épisodes de sécheresse et de canicules prévues par cinq modèles climatiques affecteront à la baisse de 3 % à 17 % la production d’orge mondiale, avec comme effet une disponibilité réduite pour le brassage de la bière. Cela résulterait dans une baisse de production brassicole qui pourrait atteindre 30 % en Argentine et une hausse des prix allant jusqu’à 193 % en Irlande.

Chroniques

Pas à nous de payer

CHRONIQUE / Le 1er octobre, les Québécois ont choisi un nouveau gouvernement qui a martelé durant la campagne sa volonté de représenter le changement. Dans une première chronique, j’ai suggéré une modification radicale de la gouvernance du développement durable. Dans celle-ci, nous allons nous intéresser aux changements nécessaires sur le plan de lutte aux changements climatiques.

Depuis plus de 20 ans, les gouvernements du Québec se sont fixé des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La première, une réduction de 6 % des émissions de 1990 à 2012 a été atteinte surtout en raison de la fermeture d’usines et de modifications de procédés industriels, par exemple la réduction des effets d’anode des alumineries et le remplacement de carburants fossiles par la biomasse dans les papeteries. Dans son plan d’action sur les changements climatiques pour 2020 (PACC 2020), le gouvernement a mis en place diverses initiatives et fait du marché du carbone WCI le principal outil pour atteindre une cible de -20 % des émissions pour 2020. En décembre 2015, lors de la 21e Conférence des Parties à Paris, le premier ministre de l’époque, Philippe Couillard, a imposé une cible de réduction de 37,5 % en 2030, toujours par rapport au point de référence 1990. Dans son bilan de mi-parcours, la ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux Changements climatiques (MDDELCC) avouait candidement que nous n’allions pas atteindre cette cible sans faire l’achat de 9 millions de tonnes de réductions à la Californie, et cela, malgré les fonds considérables accumulés dans le Fonds vert pour mettre en place des mesures de réduction des émissions sur notre propre territoire. Bref, on va devoir payer les entreprises et les municipalités californiennes avec l’argent des Québécois pour réduire à notre place les émissions. Je vous laisse juger si c’est une bonne idée ! Pire encore, le gouvernement n’a aucune idée de comment il va atteindre la cible de 2030, puisqu’il n’a établi aucun scénario, aucune modélisation et qu’il n’a sollicité l’avis d’aucun expert sur le sujet avant l’an dernier. La pensée magique, c’est fort…