De gauche à droite: Claude Nadeau, Stéphanie Philibert et bébé Clara, Zacharie, 12 ans, Xavier, 2 ans, Cédric, 16 ans, Elliot, «presque» 8 ans, Oliviey, 23 ans, Justin, 10 ans, Coralie, 6 ans, Thomas, 11 ans, et Léa, 3 ans. Absents au moment de la photo de famille: Noémie, 15 ans, Raphaël, 17 ans, Joey, 20 ans, et Andréanne, 22 ans.

Clara, la 14e... et peut-être pas la dernière

CHRONIQUE / Stéphanie Philibert l’appelle son bébé miracle. Il s’agit de son quatorzième enfant.

Clara est née le 20 septembre, il y a tout juste une semaine. Sa mère est aux anges, même qu’elle pense déjà à un quinzième rejeton. Au moment jugé opportun, la femme de 43 ans tentera le tout pour le tout avec le dernier embryon congelé. Tant qu’il y a de la vie, elle garde l’espoir d’agrandir de nouveau sa famille.

C’est Stéphanie qui m’a écrit pour me donner de ses nouvelles. Elle était enceinte. Nous étions en mai.

«Notre rêve s’est réalisé!», s’extasiait la résidente de Princeville en ajoutant des points d’exclamation et un bonhomme sourire à la fin de son message.

Originaire de La Tuque, Stéphanie me relançait un an après notre première rencontre qui avait engendré une chronique de fête des Mères intitulée: «Treize fois maman, peut-être quatorze».

J’y avais brossé le portrait de cette famille hors du commun dont les trois plus vieux sont issus d’une union précédente et qui ont déjà quitté le nid pour voler de leurs propres ailes, soit Oliviey (s’écrit bien avec un y), 23 ans, Andréanne, 22 ans, et Joey, 20 ans.

Se greffent à eux les fruits du mariage entre Stéphanie et son conjoint, Claude Nadeau: Raphaël, 17 ans, Cédric, 16 ans, Noémie, 15 ans, Zacharie, 12 ans, Thomas, 11 ans, Justin, 10 ans, Elliot, «presque» 8 ans, Coralie, 6 ans, Léa, 3 ans, Xavier, 2 ans et maintenant, Clara, 8 jours en date d’aujourd’hui.

Stéphanie Philibert m’avait alors raconté que sa dernière grossesse, soit la naissance de Xavier, s’était terminée à son désarroi par une césarienne. Le travail ne progressait plus malgré les contractions. «Tant qu’à faire, vous pourriez vous faire ligaturer les trompes», avait cru bon de lui suggérer le médecin.

Stéphanie a rapidement regretté d’avoir donné son accord. Même après treize accouchements et presque autant de bouches à nourrir sous le même toit, elle ne pouvait se faire à l’idée que sa famille était complète.

«Chacun de mes enfants a son importance et est unique», clame Stéphanie qui a l’habitude de défendre son choix d’en vouloir autant. Qu’il s’agisse du premier ou de la petite dernière, son bonheur est toujours aussi intense.

Celle qui n’a jamais hésité à présenter sa marmaille dans les médias a appris à se forger une carapace devant le jugement défavorable d’autrui qui s’immisce à travers les félicitations. À l’été, la femme enceinte jusqu’au cou a eu droit à cette réaction: « C’est donc bien épouvantable de payer 20 000 $ pour un quatorzième enfant!

En effet, c’est ce qu’a coûté le processus de procréation assistée entamé à la fin de l’automne 2018, une somme que Stéphanie et son conjoint ont remboursée en pigeant notamment dans leurs REER.

«Votre 20 000 $, vous allez rapidement le récupérer en allocations familiales!», ajoutent certains avec sarcasme.

«Les gens sont prêts à payer 40 000 $ pour un char, mais trouvent ça épouvantable de payer 20 000 $ pour une enfant», fait remarquer Stéphanie qui a suffisamment d’expérience dans le domaine pour savoir que le coût pour l’élever ne s’arrête pas ici.

Elle travaillait comme serveuse dans un restaurant avant de donner naissance à Clara. Frigoriste pendant plusieurs années, Claude Nadeau est depuis peu conseiller en efficacité énergétique.

Le couple maîtrise ses dépenses et l’art de dénicher les aubaines.

«Les enfants ne nous font pas tant de demandes. Ils savent qu’il y a des choses qu’on ne peut pas se permettre ou qu’ils doivent travailler pour l’avoir. Ils sont conscients qu’on est plus nombreux et que ça coûte plus cher.»

Dans les bras de son père, Claude Nadeau, bébé Clara est la 14e enfant de Stéphanie Philibert.

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Bébé Clara dort paisiblement dans les bras de sa mère qui ne se laisse pas étourdir par le chahut de ses autres enfants qui nous tournent autour, ni par les aboiements des deux chiens tenus à l’écart pendant l’entrevue.

Le terrain devant la maison est recouvert de bicyclettes de différentes grandeurs, mais ce n’est rien à comparer avec la quantité de souliers alignés dans le vestibule. À un pas de la cuisine, la machine à laver tourne sans arrêt, un peu comme ma tête en imaginant le quotidien de cette famille dont la facture de l’épicerie s’élève à 500 $ par semaine.

Stéphanie a fait appel à l’expertise de la Clinique OVO, à Montréal, pour avoir un enfant par fécondation in vitro après la ligature des trompes.

On a été clair avec elle. En raison de la fertilité qui diminue avec l’âge, la femme de plus de 40 ans avait peu de chance de concrétiser son besoin viscéral d’avoir un autre bébé. «J’avais entre 2 % et 5 % de réussite.»

Deux cycles ont permis la création de trois embryons. Le premier n’a pas survécu à la décongélation. Le deuxième, oui. Dix jours après son transfert dans l’utérus de Stéphanie, celle-ci apprenait qu’elle était de nouveau enceinte. Clara le bébé miracle a donc déjoué les statistiques.

«Je capotais!» De joie, bien entendu.

Stéphanie a cependant été stressée pendant toute la grossesse, une première en quatorze fois.

«Je me suis tellement fait dire que je n’avais aucune chance de devenir enceinte. J’avais peur de la perdre...», raconte la femme en tapotant doucement le dos de Clara qui pesait 4,2 kilos (9,3 livres) à la naissance.

Stéphanie a chassé son inquiétude en se gardant physiquement en forme. À une semaine d’accoucher, elle faisait encore des exercices de cardio et de musculation.

Cette deuxième césarienne l’oblige à se reposer le plus possible avec bébé pendant que son chum tient le fort avec le reste de leur progéniture.

«C’est ça qui me garde jeune!», soutient l’homme de 55 ans. À l’instar de son épouse, Claude Nadeau, qui est issu d’une famille de 13 enfants, envisage déjà d’offrir un petit frère ou une petite sœur à Clara. Il reste un embryon qui attend d’être implanté. Ça pourrait se faire à la fin de 2020.

«Ce serait une erreur de ne pas essayer», prétend le père de famille à qui revient la tâche ces jours-ci de préparer les boîtes à lunch des huit garçons et filles qui partent pour l’école.

Évidemment que ça surprend. Quatorze, peut-être quinze. C’est du monde.

Nous ne sommes plus à l’époque où les curés mettaient de la pression sur les couples qui tardaient à procréer entre deux enfants. Stéphanie et Claude ne font pas partie non plus d’une quelconque religion qui interdit la contraception.

La question du pourquoi se pose, d’autant plus que la plus récente grossesse s’est déroulée sur fond d’inquiétude et que la prochaine pourrait également se conclure par une autre césarienne. Stéphanie ne rajeunit pas non plus.

Elle n’en démord pas.

«Je suis prête à revivre un neuf mois plus difficile et avoir un autre enfant pour toute la vie.»