Après près de 16 heures de siège, l’homme de 36 ans de la rue Saint-Dominique, à Jonquière, s’est finalement rendu aux policiers.

Chronologie d'un fait divers

Le journaliste Pascal Girard a passé toute la nuit sur les lieux de l’événement impliquant un homme barricadé. Voici la chronologie des événements.

CHRONIQUE

21 h 10

Je vois passer sur Facebook le statut d’un collègue d’un autre média (Simon Tremblay de KYK) demandant ce qui se passe au coin des rues Saint-Dominique et Saint-Luc. J’attends de voir s’il a des réponses. Comme on ne peut plus écouter les ondes des policiers, on prend l’information où on peut.

21 h 20

Simon m’écrit ce qui se passe et me donne même le nom du gars. À la vue des vidéos de l’individu sur sa page Facebook, je me dis qu’il se passe bel et bien quelque chose. J’appelle les policiers, je m’informe, je discute avec ma chef de pupitre et je pars.

21 h 45

Arrivé sur place, je constate le fort déploiement de policiers de Saguenay qui ont établi un périmètre de sécurité. Plusieurs montent la garde. Il y en a un au coin du mur du salon funéraire, pour pouvoir se protéger tout en regardant la scène.

22 h 30

La SPS a dépêché le porte-parole Bruno Cormier, preuve que c’est un événement important. Il répond à mes questions et à celles d’une autre journaliste présente sur les lieux. Il nous apprend que c’est l’homme lui-même qui a appelé les policiers vers 18 h 30.

22 h 55

J’arrive au Tim Hortons de Jonquière pour pouvoir écrire mon texte sans retourner au bureau, à Chicoutimi. Je vois qu’il doit fermer à 23 h, mais les gentilles employées me permettent de rester. Je discute avec un client en espagnol. Je lui dis que je suis journaliste et il me dit en riant un peu qu’au Mexique, ils se font descendre...

23 h 30

En écrivant mon texte, je retourne voir les vidéos de l’homme en détresse. Il ne va visiblement pas bien. Il s’est même filmé avec ce qui semble être de la pâte à dents dans la bouche pour avoir l’air enragé avec un filet de bave... Toujours torse nu, il menace le négociateur de la police...

Minuit

Je termine mon texte à l’heure limite (ou presque) pour le journal puis je remercie la dame du Tim, restée au boulot pour le journaliste. Je lui dis qu’elle aura assisté à l’écriture du texte en une des journaux qui se trouveront sur ses tables le lendemain.

Minuit 05

Mon patron me convainc de retourner sur place et d’y passer la nuit en attendant le dénouement.

Minuit 15

De retour, je me stationne devant le Salon funéraire de Saguenay. Je vois que des policiers de la Sûreté du Québec sont maintenant arrivés. On m’informe que le Groupe tactique d’intervention (GTI) est aussi en route. Le Poste de commandement de la Sécurité publique de Saguenay (un autobus reconverti) est également là.

1 h

Je publie une photo sur la page Facebook du journal. J’évite d’y mettre des informations ne se trouvant pas dans mon texte, en ligne depuis minuit. J’informe mon patron que je ne ferai pas d’autres mises à jour, car je me dis que ça ne serait pas une bonne idée d’informer aussi l’homme avec qui la police négocie.

1 h 25

Une première voiture de la SQ de l’extérieur arrive. Elle porte les nouvelles couleurs et je me dis qu’elle doit venir de Québec. Les policiers sont bien visibles dans la rue. Entre-temps, ils demandent aux citoyens qui sont dans le stationnement de quitter et je me gare dans la rue tout près pour garder un oeil sur la situation.

1 h 43

L’ambulance déjà sur place change d’endroit. On semble bien préparé.

1 h 57

Une première camionnette noire arrive. Un peu plus tard, il en sortira un chien à qui on enfile une veste pare-balles.

2 h 30

Trois autres fourgonnettes non identifiées se présentent. Je me dis que c’est le GTI. Immédiatement, ils commencent à revêtir leur équipement complet devant moi.

2 h 47

Il y a maintenant six policiers du GTI, dont deux avec une longue arme à la main.

3 h 11

Deux membres du GTI remplacent le policier au coin du salon funéraire. Comme on leur amène des chaises, je me dis que ça pourrait être long. Un autre policier s’amène avec un escabeau et dévisse les ampoules au-dessus de ses collègues, question qu’ils soient moins visibles.

3 h 27

Il ne reste plus aucun policier dans la rue. Auparavant, il y en avait toujours trois qui se tenaient derrière une voiture. On installe un ruban jaune pour fermer le périmètre, plutôt que de barrer le chemin avec une voiture de police avec les gyrophares allumés. Tous les véhicules se stationnent maintenant le long du mur.

3 h 35

La dernière voiture de police visible depuis l’endroit où se barricade l’homme est retirée. Je saisis la tactique des policiers. On tente d’être le plus discret possible. Je me dis que la situation est toujours tendue, car je vois toujours les deux policiers qui font le guet au coin du mur.

3 h 43

Je comprends que les policiers se sont installés dans le salon funéraire, où ils se réunissent.

3 h 48

Un policier me confirme que l’opération est toujours en cours et que la discrétion fait partie de la stratégie.

4 h 03

Un gros camion de la SQ bien identifié fait son entrée. Il y est inscrit Services d’urgence. Je comprendrai plus tard ce qu’il contient.

4 h 24

Deux membres du GTI se présentent devant l’édifice où se trouve l’homme au sous-sol. Souvent, ils s’y rendent en minifourgonnette qui quitte en faisant le tour derrière le salon funéraire.

4 h 27

Après la SPS, les ambulanciers et la SQ, voilà les pompiers qui débarquent. Le camion de pompier, suivi bientôt du véhicule du chef aux opérations, vient se garer près des autres véhicules.

4 h 44

Les pompiers (je crois) traversent la rue et demandent d’évacuer quelques logements autour.

5 h 02

La voiture des voisins quitte par l’arrière. Les pompiers quittent peu après.

5 h 24

Trois autres minifourgonnettes non identifiées arrivent en trombe. On entre beaucoup de matériel à l’intérieur du salon.

5 h 37

Je vois ce qui se trouve à l’intérieur du camion de la SQ. Une rampe se déploie et un robot en sort.

5 h 47

Le robot se dirige devant la maison. J’appelle mon patron pour lui dire d’appeler un photographe, car ça commence à être impressionnant comme déploiement. Il y aussi le fait que des photos avec un iPhone, ce n’est pas Rocket Lavoie.

6 h 21

Une autre camionnette avec des échelles sur le toit se stationne après que le conducteur se soit identifié comme étant de la SQ.

6 h 30

Mes collègues Rocket et Stéphane Bégin convainquent les policiers de les laisser passer pour venir me rejoindre et me remplacer. J’y suis depuis maintenant neuf heures.

6 h 36

En quittant, je vois un camion blindé de la SQ en panne le long de Saint-Dominique. Mon patron m’envoie un message texte pour me dire que le gars vient de publier sur Facebook qu’il prend une douche et sortira bientôt... ce qu’il fera sans offrir de résistance quatre heures plus tard, après 16 heures de siège !