Chats dégriffés: l’opinion d’une enfant fait réagir

CHRONIQUE / Le 14 juillet dernier, une jeune fille de 12 ans donnait son opinion sur le dégriffage des chats dans la page jeunesse du journal Le Progrès.

L’adolescente souhaitait pouvoir continuer de faire dégriffer ses chats, notamment pour éviter les blessures et les meubles abîmés, mais son texte a fait réagir.

Même si les écoles mettent beaucoup d’énergie pour apprendre aux élèves à ne pas utiliser l’intimidation pour communiquer, bien des lecteurs adultes ont ignoré cette politesse pour exprimer leur façon de penser à cette enfant qui a été à même de constater que les défenseurs des animaux sont capables d’être méchants et agressifs pour défendre leur cause et protéger le bien-être animal. La jeune auteure de cette lettre d’opinion a aussi compris que la liberté d’expression est hautement brimée sur les réseaux sociaux.

Cette intervention chirurgicale, qui consiste à amputer l’animal de sa troisième phalange, est considérée cruelle. Déjà, quelques cliniques vétérinaires du Québec ne l’offrent plus à leurs clients. Par contre, comme la plupart des vétérinaires de la province l’offrent toujours, il est légitime d’être en accord ou en désaccord de faire dégriffer son chat ou pas.

Tout comme les chirurgies esthétiques sur les animaux, illégales depuis 2016, on peut s’attendre à ce que très bientôt, l’Ordre des médecins vétérinaires rende cette amputation illégale au Québec. Malheureusement, si on se fie aux chirurgies esthétiques, cette pratique ne disparaîtra jamais totalement. Il y aura toujours moyen de trouver une clinique, dans une province voisine, pour répondre à cette demande. On le constate quand on croise, par exemple, un chien avec les oreilles taillées.

Réponses de spécialistes
Des spécialistes ont tenu à répondre poliment à la jeune fille pour l’informer de cette pratique qui contrevient au bien-être animal.

Voici deux messages reçus:

• « Je suis président d’une importante firme en comportement félin employant près d’une quarantaine d’intervenants qui viennent en aide aux propriétaires de chats partout au Canada et en France depuis plus de 10 ans. La question du dégriffage est un sujet que nous traitons et réglons de façon quotidienne et avec laquelle nous avons une grande expérience. J’essaie de tempérer le débat sur la question en demandant aux débatteurs de ne pas diaboliser le débat, de ne pas culpabiliser les gens ou de jouer la fameuse carte éthique. Je prône beaucoup plus que l’on partage les solutions qui existent aujourd’hui et qui rendent le dégriffage désuet. La mission d’Éduchateur est d’informer et d’éduquer les gens pour qu’il y ait moins d’euthanasie et d’abandon. » – Daniel Filion, président de l’Éduchateur.

• « Plusieurs études montrent que les chats dégriffés auront des séquelles à long terme. Plus de 80 % des chats ont des fragments de phalanges résiduels aux radiographies. Les chats dégriffés ont deux fois plus de chances d’avoir des douleurs au dos, d’uriner ou de faire leurs selles hors de la litière qu’un chat avec ses griffes. Ils développent des douleurs chroniques qui se traduisent par des comportements indésirables. Les chats dégriffés n’ont plus de griffes pour se défendre et trouvent d’autres moyens pour le faire. Il a aussi été montré par plusieurs études scientifiques que les chats dégriffés ont neuf fois plus de chances d’agresser et cinq fois plus de chances de mordre un membre de la famille qu’un chat avec ses griffes. L’éducation des enfants, sur le respect des animaux et de leur espace, devrait être favorisée. Si un chat avec ses griffes n’est pas envisageable dans une famille, j’encourage cette famille à adopter un chat déjà dégriffé. Plusieurs alternatives qui fonctionnent très bien existent au dégriffage, comme la taille des griffes, les Soft Paws, les griffoirs et les couvertures sur les divans. Parlez-en à votre vétérinaire, on est là pour ça. » – Dre Rebecca De Arburn Parent, DMV