Andrée Béchard, mère de Marilyn Bergeron

«C’est comme si c’était hier...»

CHRONIQUE / C’est comme si c’était hier et ça fait pourtant presque 10 ans, le 17 février 2008, que Marilyn Bergeron est partie faire une marche.

Elle n’a jamais été revue.

J’ai rencontré sa mère, Andrée Béchard au début du mois. «Tous les matins quand je me lève, je me dis que c’est peut-être aujourd’hui que je vais retrouver ma fille. C’est comme si c’était hier, c’est toujours aussi dur.»

Marilyn avait 24 ans, elle venait de revenir à Québec. «Elle n’allait pas bien, il y avait quelque chose qui s’était passé à Montréal où elle habitait depuis quelques années. Dans les jours avant sa disparition, elle m’avait dit que ça n’allait pas, qu’elle m’en parlerait plus tard. On n’a pas eu le temps...»

Le 17 février en fin d’avant-midi, Marilyn a laissé sa sacoche à la maison, est sortie uniquement avec sa carte de crédit. Elle est allée au guichet automatique, a tenté de retirer de l’argent, en vain. Elle portait un sac à dos qu’elle n’avait pas en sortant de la maison. Elle a acheté un café à 16h03 au Café Dépôt de Saint-Romuald.

Puis, plus rien.

«Quand j’ai saisi le téléphone pour appeler la police et signaler sa disparition, je savais qu’on avait besoin d’aide, qu’il y avait urgence d’agir, je le sentais... Mais les policiers, ils ont traité ça comme un départ volontaire.»

On ne l’a pas cherchée.

La vidéo filmée au guichet automatique a été diffusée un an plus tard.

Andrée m’a contactée après les deux chroniques que j’ai écrites sur les alertes qui pourraient être déclenchées pour les adultes, l’équivalent d’Amber, mais passé 18 ans. Ça existe ailleurs. Andrée aimerait que le Québec emboîte le pas, elle ne peut s’empêcher de penser que si...

Si une alerte avait existé il y a 10 ans, sachant que les premières heures sont déterminantes, peut-être que Marilyn aurait été retrouvée. Si la population avait été alertée, peut-être...

La vie d’Andrée est pleine de «si» et de «peut-être».

Et de questions sans réponse. «Est-ce qu’elle a fait une mauvaise rencontre? Est-ce qu’elle avait rendez-vous avec quelqu’un? Est-ce qu’elle a eu un accident?»

Est-elle morte ou vivante?

Fin septembre, un appel est entré sur «la ligne de la famille», un signalement à Trois-Rivières, «quelqu’un qui l’aurait vue en train de marcher en direction du port». Elle et son mari ont fait l’aller-retour, fausse alerte. Encore. Comme à chaque fois. «On a fait 63 déplacements pendant les cinq premières années, parfois à l’extérieur du Québec. On est allés deux fois à Trois-Rivières. La semaine passée, on est allés au Saguenay.» Pour rien.

Marilyn Bergeron

Depuis 2009, ils payent pour un numéro sans frais partout en Amérique du Nord, 1 800 840-1526. La sœur de Marilyn, qui habite aux États-Unis, est parvenue à la faire inscrire au registre américain NamUs, qui recense les personnes disparues. 

Ce sont eux aussi qui ont dû organiser les recherches. «Étant donné que ce n’était pas considéré criminel, on était tout seuls pour la chercher. Mon mari est descendu voir sur le bord du fleuve en bas du pont de Québec, on nous a dit qu’elle s’était peut-être jetée en bas...» 

Même chose pour les battues. «C’est nous qui avons organisé les battues. Les parents ne devraient pas avoir à faire ça...» 

Toutes leurs économies y sont passées. «Tu t’accroches à l’espoir, tu veux tellement la trouver. Tu cherches ton enfant...» 

La disparition a été confié à la Police de Québec, où on privilégie toujours la thèse du suicide. Andrée l’a répété souvent : «Je ne fais pas de reproches aux policiers, mais plutôt aux protocoles en place, aux façons de procéder.» Elle a demandé, dès le début, à ce que l’enquête soit transférée à Montréal, où Marilyn a vécu jusqu’à une semaine avant sa disparition. «Ça nous a été refusé. On se dit que ça pourrait être une bonne chose que ce soit confié à Montréal, d’avoir un regard neuf, d’avoir une autre approche, peut-être.»

Pendant quatre ans, elle a rédigé un volumineux rapport pour expliquer ça fait quoi, avoir un enfant qui se volatilise. «On perd nos emplois, on fait une dépression, on est malade. Ça hypothèque ta vie au complet. Et tu es secoué chaque fois qu’il y a une disparition.»

Avec son autre fille et son mari, Andrée continue à chercher. «On a chacun notre rôle, selon nos forces. [...] Des fois, il y a des gens qui me demandent pourquoi je n’arrête pas, pourquoi je continue. Je ne l’ai pas trouvée! Je ne peux pas arrêter. Depuis dix ans, je me couche chaque soir en pensant à elle, je me lève chaque matin en pensant à elle.»

Cette année, pour la toute première fois depuis 2008, elle fêtera Noël avec son mari, son autre fille et ses deux petits-enfants, en Californie. «Les autres années, on restait seuls à la maison, mon mari et moi, en espérant qu’elle revienne...»

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