Depuis que La Presse a révélé que l’implantation des maternelles 4 ans serait beaucoup plus onéreuse que l’estimation de la Coalition avenir Québec en campagne électorale, le premier ministre François Legault et son ministre Jean-François Roberge tentent de justifier le coût de leur promesse.

Maternelles: au diable la dépense!

CHRONIQUE / Si un service s’avère six fois plus cher que prévu mais qu’il est possible d’obtenir un service similaire ailleurs, qui plus est, sans attendre quatre ans et sans frais exorbitants, la majorité d’entre nous sauterait sûrement sur l’occasion. François Legault et son ministre de l’Éducation refusent toutefois de suivre cette logique avec les maternelles 4 ans. Un entêtement coûteux qui ne fournit pas pour autant ce qu’il y a de mieux aux petits Québécois.

Depuis que La Presse a révélé que l’implantation des maternelles 4 ans serait beaucoup plus onéreuse que l’estimation de la Coalition avenir Québec en campagne électorale — 800 000 $ en moyenne $ par classe plutôt que 122 400 $ — le premier ministre et son ministre Jean-François Roberge tentent de justifier le coût de leur promesse.

«Le meilleur calcul qu’on peut avoir, c’est d’investir dans notre jeunesse, de leur donner toutes les chances de se rendre en première année avec une vraie égalité des chances», a soutenu M. Roberge, mercredi, à l’Assemblée nationale. 

La veille, le premier ministre avait affirmé : «On doit bien ça à nos enfants, 20 000 $ par année, pour être capable de leur offrir ce qu’il y a de mieux». François Legault estime que c’est le meilleur investissement à faire. «Il n’y a pas de compromis à faire de ce côté». 

Le politicien prend manifestement le dessus sur le comptable. La grille coûts-bénéfices est rangée bien loin depuis que M. Legault a déclaré au combat des chefs qu’il était prêt à démissionner s’il ne respectait pas sa promesse des maternelles 4 ans.

Le mieux pour les tout-petits

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les jeunes, il ne dilapide pas des fonds publics pour pouvoir dire qu’il a rempli un engagement électoral. 

Un gouvernement qui gaspille et qui fonce tête baissée ça risque de déplaire aux électeurs. 

«Ça coûte six fois plus cher pour en faire deux fois moins. Ça ne prend pas une formation de comptable pour se rendre compte que ça n’a pas d’allure. Les Québécois, eux, ils font attention à leur budget, ils veulent en avoir pour leur argent», a noté la députée solidaire Christine Labrie.

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les jeunes, il évite également de dédoubler des services, dans ce cas-ci, ceux offerts dans les centres de la petite enfance et autres services de garde éducatifs pour lesquels les contribuables paient déjà plus de 2 milliards $ par année.

Pas besoin de former le gouvernement pour détenir cette information. Québec investit depuis plus de 20 ans dans les services de garde, notamment dans le modèle des CPE envié dans d’autres provinces.

Le ministre signale que 20 000 enfants de quatre ans ne sont dans aucun service. Puisque la maternelle ne sera pas obligatoire, il existe sûrement des moyens moins coûteux que d’ouvrir en vitesse des classes partout pour rejoindre cette clientèle. 

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les jeunes, il intervient tôt, bien avant l’âge de quatre ans. Les caquistes le savent bien. Le ministre Lionel Carmant a élaboré un programme de dépistage précoce des troubles du développement. 

Pourquoi ne pas investir dans le dépistage, mais aussi massivement dans le suivi médical et professionnel des tout-petits de 0-5 ans plutôt que de créer rapidement et à prix élevés des maternelles 4 ans sans savoir si le personnel nécessaire sera disponible et si les enfants seront présents en grand nombre?

Le ministre de l’Éducation répète que 27 % des enfants de cinq ans entrent à la maternelle avec une vulnérabilité dans un des domaines globaux de développement. 

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les enfants, il n’attend pas qu’ils atteignent l’âge de quatre ans pour combler ce retard. Une façon d’y parvenir est d’offrir des services de garde éducatifs de qualité.

Or, parfois au nom du libre choix des parents, parfois faute de volonté politique de créer davantage de places dans les CPE ou parfois par souci d’économies, les gouvernements précédents ont accordé trop peu d’importance à la qualité des services de garde subventionnés et non subventionnés pour lesquels les parents ont des crédits d’impôt.

Ce serait un bon investissement d’y voir enfin sérieusement. Ça aiderait sûrement des enfants à rentrer mieux outillés à l’école, à persévérer, à réussir, à ne pas décrocher.

Jean-François Roberge assure que le déploiement des maternelles 4 ans ne se réalisera pas au détriment des autres services. Il est difficile d’y croire. 

Québec devra verser aux commissions scolaires près de 1 milliard $ qu’elles ne toucheront plus en taxes scolaires. Le ministre des Finances a de son côté prévu une baisse de la croissance des dépenses en éducation à compter de 2020-2021, et ce, même si la clientèle est en hausse, même si le ministre de l’Éducation promet une hausse de la rémunération des enseignants en début de carrière et même si le gouvernement doit renouveler l’an prochain les conventions collectives de tout le personnel des écoles. 

Des besoins pressants existent ailleurs en éducation, en santé, en services sociaux, en protection de la jeunesse, en transports, en environnement. Et les fonds publics, faut-il vraiment le rappeler, ne sont pas sans limites.