Brigitte Breton
Cindy Pomerleau a quitté le métier de machiniste pour devenir agricultrice biologique.
Cindy Pomerleau a quitté le métier de machiniste pour devenir agricultrice biologique.

Maraîchère sans regret

CHRONIQUE / Ses journées de travail sont longues, mais Cindy Pomerleau est persuadée plus que jamais d’avoir fait le bon choix en laissant son emploi de machiniste pour produire des légumes à Sainte-Claire de Bellechasse. La pandémie et la promotion de l’achat local lui amènent de nouveaux clients.

L’an dernier, à la même période, je vous avais raconté l’histoire de cette femme de 38 ans qui avait quitté l’usine où elle travaillait depuis 15 ans pour se lancer dans la culture maraîchère et la transformation des produits de l’érable.

Un an plus tard, elle est toujours là, aux Jardins des Abénakis et à la Cabane Comtois. La machine à commande numérique ne lui manque guère.

Les caprices de Dame Nature, les ratés dans certaines cultures, les pertes, la fatigue physique, les journées de travail qui débutent tôt et qui se terminent tard ne lui ont pas fait reconsidérer son changement de carrière. 

«Je ne regrette rien. Je n’ai jamais autant travaillé, mais je n’ai jamais été aussi heureuse.» Aucun désir de retourner à l’usine. «Je trouve une grande valorisation à nourrir les gens et à leur fournir des produits frais.»

Évidemment, l’état d’urgence sanitaire a forcé Cindy Pomerleau à revoir ses plans et son calendrier de production. Au printemps, elle a craint que les activités de la cabane à sucre qu’elle exploite avec son conjoint soient lourdement affectées. Elle était prête à faire la livraison de ses produits de l’érable à domicile si c’était l’unique façon de les écouler. 

Heureusement, en respectant les règles d’hygiène et de distanciation, le couple a pu vendre ses produits à la cabane. «Je n’ai jamais vendu autant de tire d’érable.» Faute de déguster de la tire sur la neige, les clients en achetaient des contenants pour la consommer à la maison.

Voyant un intérêt accru pour l’achat local et les produits du Québec, la jardinière a décidé de démarrer plus tôt ses cultures en serre. Elle a aussi augmenté le nombre de poules pondeuses pour répondre à la demande des consommateurs pour des œufs frais. 

Avec l’expérience et avec plus de clients, les pertes reliées aux produits invendus sont plus rares. Les affaires roulent bien. Au point que la productrice a embauché une employée — une étudiante — pour lui donner un coup de main. 

Depuis le début de son aventure, Cindy Pomerleau peut compter sur le soutien de son conjoint, mais aussi de sa mère, Carmelle. «Embaucher quelqu’un permet à ma mère d’avoir une vraie retraite.» Enfin presque. Lors de notre passage aux Jardins des Abénakis, maman Carmelle avait encore les mains dans la terre.

Mission accomplie

Je vous avais aussi parlé l’été dernier de la mobilisation de citoyens de Saint-Léon-de-Standon, une localité de quelque 1100 habitants située dans Bellechasse. 

Ces derniers voulaient s’assurer de conserver l’épicerie du village et souhaitaient rétablir la desserte en essence perdue en 2018. «Si les services essentiels commencent à partir, on va tout perdre», prévenait Jacques Roy, président du comité provisoire mis en place pour assurer la vitalité du village.

«Si les services essentiels commencent à partir, on va tout perdre», prévenait Jacques Roy, président du comité provisoire mis en place pour assurer la vitalité du village.

Un an plus tard, c’est mission accomplie avec la création de la Coopérative de solidarité des Méandres et les 180 000 $ amassés auprès des résidants actuels ou anciens, et saisonniers. 

La coop a acheté l’épicerie qui sera rénovée cet automne, et une station d’essence a été aménagée devant. Depuis la mi-juin, les Standonniens n’ont plus à se rendre dans les localités voisines pour faire le plein. Les deux services fournissent un emploi à une dizaine de personnes.

«Le rêve est devenu réalité», dit M. Roy, maintenant président de la coopérative des Méandres. «L’achalandage est bon, même en hausse à l’épicerie». 

Il convient que la COVID-19 a pu donner une chance. Il espère que les gens vont conserver la bonne habitude d’acheter «local» lorsque la crise sanitaire sera chose du passé.