La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a chiffré la semaine dernière en commission parlementaire sur les crédits les besoins en main-d’œuvre dans le réseau pour les cinq prochaines années.

L’adresse de Marguerite Blais-Poppins

CHRONIQUE / Marguerite Blais — Mary Poppins pour la critique libérale — et son chef François Legault se sont-ils fourvoyés dans leur formule magique de campagne électorale? D’ici la fin de leur mandat, les 2600 places d’hébergement promises pour les aînés seront surtout créées dans des centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et non dans les maisons des aînés qu’ils faisaient miroiter.

L’opposition dira, c’est déjà commencé, que le gouvernement de François Legault ne tient pas ses engagements. Elle verra dans le projet des maisons des aînés un autre exemple de l’improvisation caquiste. Le parti livrera 500 places dans les maisons des aînés et non pas 2600. 

Personnellement, je préfère un gouvernement qui s’adapte à la réalité et aux contraintes existantes plutôt qu’un gouvernement qui s’entête à livrer à tout prix la marchandise promise même si celle-ci ne correspond pas aux besoins les plus urgents des personnes âgées et de leurs proches. 

À la veille des élections, je doute que des citoyens reprochent et traquent les caquistes parce qu’ils n’ont pas construit 30 maisons des aînés. Si leurs vieux parents reçoivent enfin des soins et des services de qualité à domicile, au CHSLD, dans une rare maison des aînés ou dans une résidence privée, et si leurs proches sont traités chaque jour avec respect et dignité, ils seront ravis et soulagés. Ils se diront qu’enfin, le Québec ajuste ses services au vieillissement de sa population. 

Quand le réseau de la santé manque cruellement de bras, notamment pour bien prendre soin des aînés, vaut mieux d’abord mettre ses énergies et ses ressources financières dans l’humain plutôt que dans la brique et le béton.

Une personne âgée et malade a beau se retrouver dans une chambre plus spacieuse, lumineuse et climatisée, avoir accès à une cuisine à aire ouverte et à une cour verdoyante, si elle doit attendre des heures pour faire changer sa couche souillée, si elle n’obtient pas d’aide pour se nourrir, se laver et se vêtir et si elle est confinée dans son lit et dans la solitude faute de personnel, nous ne sommes guère plus avancés.

La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a chiffré la semaine dernière en commission parlementaire sur les crédits les besoins en main-d’œuvre dans le réseau pour les cinq prochaines années. Soit 33 036 préposés aux bénéficiaires, 23 963 infirmières, 4068 auxiliaires, 656 pharmaciens et 895 psychologues.

Il serait utopique de penser qu’il suffit de créer de beaux milieux de travail ou de modifier leur appellation — maisons des aînés plutôt que CHSLD — pour attirer et retenir le personnel auprès des personnes âgées non autonomes.

Les conditions de travail doivent aussi être à la hauteur pour que des hommes et des femmes aient envie d’y travailler. Si le ratio patients-personnel demeure élevé et si les salaires sont trop bas pour la tâche exigée, les salariés iront ailleurs.

Répliquant la semaine dernière à la députée de Fabre la qualifiant de Mary Poppins, la ministre Blais a affirmé qu’elle aimé «beaucoup ça».  «[...] la Mary Poppins se promène partout à travers le Québec et la Mary Poppins va faire en sorte qu’il y ait 2600 nouvelles places au Québec pour bien héberger nos aînés et pour en prendre soin». C’est à suivre.

Soutien à domicile

La ministre Blais manifeste aussi une volonté de maintenir les personnes âgées près de leur milieu de vie au lieu de les déraciner pour les héberger dans de grands centres. 

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés a lui aussi fait une tournée du Québec pour sensibiliser la population et les élus à la fermeture de centaines de résidences privées en région. Les propriétaires peinent à trouver du personnel, mais aussi, à répondre aux exigences et à la réglementation du gouvernement.

Marguerite Blais signalait vendredi dernier dans La Presse que Québec hausserait sous peu l’aide financière qu’il accorde aux propriétaires de ce type de résidences pour installer des gicleurs. Elle repousse aussi l’échéancier, mais ne baisse pas les exigences. C’est un bon signal. 

Le gouvernement Legault a également ajouté 280 millions $ pour le maintien à domicile. Sur ce point aussi il reste à faire pour répondre au désir des aînés en perte d’autonomie qui veulent demeurer à leur domicile le plus longtemps possible. Seulement la moitié des aînés qui ont besoin de services à domicile en reçoivent.

Même si des maisons des aînés poussent partout au Québec, le souhait des personnes aînées de rester «dans leur maison» ne s’estompera pas. 

Les caquistes parlent de changement de paradigme pour expliquer leur modèle de maisons des aînés. Le plus grand changement de paradigme serait de miser davantage sur les soins et le maintien à domicile, comme le fait notamment le Danemark.

Revoir le nom, l’architecture et la couleur des murs du lieu d’hébergement des aînés n’est pas le plus grand des chantiers d’un Québec vieillissant.