Les préposés aux bénéficiaires reçoivent une prime de 180$ pour chaque bloc de 750 heures travaillées en CHSLD.

La prime de la discorde

CHRONIQUE / Lorsqu’un gouvernement peine à combler des emplois, notamment de préposés aux bénéficiaires, ce n’est vraiment pas le moment de laisser planer un doute sur le versement d’une prime à compter du 1er avril pour ceux qui sont en poste. Le chantage et le bluff ont beau faire partie du jeu de la négociation entre Québec et les syndicats représentant ses employés, il faut savoir les utiliser avec soin. 

La manœuvre est tellement malhabile qu’on pourrait croire qu’il s’agit d’un poisson d’avril.

C’est parce qu’il existait des pénuries de personnel et des difficultés de recrutement que le gouvernement précédent et des syndicats ont signé en 2015 des lettres d’entente pour ajouter une prime à la rémunération des préposés aux bénéficiaires, des psychologues, de certains ouvriers spécialisés et d’employés travaillant auprès de gens avec de graves troubles de comportement.

Un petit plus sur le chèque de paye pour tenter de séduire les travailleurs et les attirer dans les services publics. 

Même si ces lettres d’entente viennent à échéance le 31 mars et même si Québec est en droit de cesser le versement des primes s’il les suit à la lettre, un empressement à les abolir paraît malavisé.

Une telle décision est aussi contradictoire avec le discours du gouvernement qui dit vouloir privilégier les préposés aux bénéficiaires dans la présente ronde de négociations.

Mieux vaut maintenir les primes jusqu’au renouvellement des conventions collectives, notamment parce que les pénuries de main-d’œuvre ne semblent pas résorbées, mais aussi parce que la problématique commande des actions plus larges et réfléchies.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux est toujours aux prises avec un manque de préposés. Le mois dernier, Le Devoir rapportait en effet que des 4565 nouveaux postes créés par le gouvernement Legault, seulement 350 avaient été comblés.

Il est bien sûr illusoire de penser qu’une prime peut venir à bout d’une rareté de main-d’œuvre dans un secteur. 

Ce n’est pas un 180 $ de plus sur la paye pour chaque bloc de 750 heures réalisées comme préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD qui fera accourir les recrues dans ce type d’emploi payé de 20,55 $ à 22,35 $ l’heure.

Les autres composantes de la rémunération, mais aussi l’organisation et les conditions de travail, ont évidemment beaucoup plus d’importance. Il faut voir l’ensemble des conditions et négocier le tout. Pas seulement décider d’ici la fin du mois du maintien ou non d’une prime.

Le gouvernement et son président du Conseil du Trésor, Christian Dubé, ont beau vouloir «innover» dans la façon de mener les négociations dans le secteur public, il serait fort étonnant qu’ils réussissent à convenir d’une nouvelle convention collective d’ici le 1er avril. 

Si évoquer l’abolition des primes est le moyen trouvé pour le Conseil du Trésor pour forcer les syndicats à participer aux forums qu’il a mis sur pied et que la majorité boude jusqu’à maintenant, cela n’augure rien de bon pour la suite des pourparlers.

Le cabinet de M. Dubé répète que les préposés sont la priorité du gouvernement. La démonstration reste à faire.

Dans le cas des ouvriers spécialisés, le président de la FTQ, Daniel Boyer, indique qu’un comité de travail — où siégeaient des représentants du Conseil du Trésor — a conclu le 18 février dernier que la prime qui représente 10 % de leur salaire devait être maintenue, car la rareté de main-d’œuvre perdurait.

Les ouvriers spécialisés ne font pas partie des employés que le gouvernement caquiste entend privilégier dans la présente ronde de négociations. 

C’est pourtant important que nos écoles, nos hôpitaux et nos centres d’hébergement et de soins de longue durée puissent aussi compter sur des électriciens.