Le projet de loi 29 comporte des avancées, notamment parce qu’il prévoit une plus grande autonomie pour les hygiénistes dentaires.

La fée des dents

CHRONIQUE / Les Québécois assument la plus grosse facture de soins et ont la moins bonne santé buccodentaire. Lorsque les ordres professionnels se chamaillent depuis 20 ans à propos de leur champ de compétences et que l’État se désengage, difficile de s’en étonner.

Le projet de loi 29 (Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions notamment dans le domaine buccodentaire et celui des sciences appliquées) comporte des avancées. Notamment parce qu’il prévoit une plus grande autonomie pour les hygiénistes dentaires.

Mais ce n’est pas une panacée. Ni la garantie que jeunes, adultes et aînés auront un accès accru à des services pour préserver la santé de leurs dents et de leur bouche.

La ministre Sonia Lebel a souligné mardi au début de la commission parlementaire chargée d’étudier son projet que son gouvernement veut, comme cela a été fait dans le cas des infirmières et des pharmaciens, améliorer les services de première ligne et la prévention. Le bon service donné au bon endroit, par le bon professionnel et au meilleur coût possible.

Les hygiénistes dentaires sont les «infirmières de la bouche», disait d’ailleurs mardi la présidente de l’Ordre des hygiénistes du Québec, Diane Duval. Celle-ci souhaite qu’à l’instar des médecins, les dentistes lâchent du lest.

Mme Duval compare son combat à celui des infirmières et des infirmières patriciennes spécialisées qui ont dû batailler pendant des années avant que les médecins consentent à reconnaître leur formation, leur expertise et leur autonomie pour certains actes.

Comme le faisaient les infirmières, la présidente de l’Ordre des hygiénistes rapporte que dans le reste du pays, notamment chez notre voisin ontarien, les hygiénistes qui ont une formation équivalente à celle du Québec disposent d’une marge de manœuvre plus grande.

Que Québec permette dorénavant aux hygiénistes de se rendre dans les écoles, les centres d’hébergement et de soins de longue durée et les résidences pour aînés pour faire de la prévention et procéder à des «nettoyages» sans un dentiste à leur côté, c’est bien.

Il paraît toutefois illusoire de penser que ce changement réussira à lui seul à améliorer considérablement le bilan de santé buccodentaire des Québécois. Contrairement à l’Association des chirurgiens dentistes du Québec, l’Ordre des dentistes approuve l’autonomie des hygiénistes dentaires.

Le président de l’ordre professionnel, le Dr Barry Dolman, signale néanmoins que le véritable accès aux soins buccodentaires existera lorsque ceux-ci seront intégrés à la couverture de soins universelle.

«Lorsque vous vous présentez à l’hôpital avec un bras cassé, vous êtes couvert, mais ce n’est pas le cas quand vous souffrez d’une infection dentaire aiguë. C’est un non-sens.»

S’il souffre d’un abcès, s’il a besoin d’une obturation dentaire, le patient sans le sou ou sans assurance privée pour payer le dentiste sera au même point après l’adoption du projet de loi.

Québec a coupé depuis belle lurette (1992) dans le programme de soins dentaires pour les enfants qui prévoyait lors de sa création une couverture pour les moins de 16 ans. À moins d’être bénéficiaires de l’aide sociale, seuls les enfants de moins de 10 ans sont aujourd’hui couverts par le régime public. La Régie de l’assurance-maladie n’assume toutefois pas les coûts d’un nettoyage, d’un détartrage, d’une application de fluorure ou d’un scellement de puits et de fissures.

Les revenus de l’État n’étant pas sans limites et le secteur de la santé gobant déjà une bonne partie des fonds publics, ce n’est pas demain la veille que le gouvernement va inclure les soins dentaires dans le panier de services.

À moins que Québec solidaire forme un jour le gouvernement... Lors de la dernière campagne électorale, la formation politique de Manon Massé promettait une assurance dentaire publique et universelle.

Le gouvernement Legault mise sur la prévention et l’hygiène, et vise principalement les enfants, les adolescents et les personnes âgées. Il faut bien commencer quelque part. Reste à voir maintenant si les budgets suivront année après année et si les hygiénistes auront vraiment les moyens de faire une différence.