Brigitte Breton

Environnement: confondre les sceptiques

CHRONIQUE / Difficile de ne pas être sceptique et de craindre un malin calcul politique lorsque le gouvernement Legault dit que 2020 sera l’année de l’environnement et qu’il en fera une priorité dans son prochain budget. Lui qui se fait un devoir de remplir ses engagements électoraux — qu’importent les coûts imprévus et les avis contraires d’experts — n’a rien promis en matière d’environnement en campagne électorale. Les sceptiques demandent à être confondus.

Si la conversion tardive et soudaine de l’équipe caquiste permet de verdir et de décarboniser le Québec, si sa façon de faire contribue à rallier les verts foncés et les verts pâles, à mobiliser les citoyens, les élus, les entreprises, les ministères, personne ne s’en plaindra.

Tant mieux si la popularité du gouvernement caquiste l’aide à soumettre des propositions audacieuses et exigeantes qui auraient été jugées trop risquées par un gouvernement minoritaire ou impopulaire.

Tant mieux également si les caquistes ne craignent pas d’indisposer leurs électeurs «qui n’avaient pas voté pour ça», en allant sur un terrain qu’ils n’avaient pas prévu aller.

La Coalition avenir Québec a parfois été accusée de miser sur la peur des gens dans ses politiques d’immigration. Elle pourrait cette fois exploiter la peur des impacts des changements climatiques (pluies torrentielles, incendies, sécheresse, vagues de chaleur, extinctions d’espèces, déstabilisation des calottes polaires) pour promouvoir de nouvelles technologies, de nouveaux modes de production, et provoquer des changements de consommation et de comportements.

Le gouvernement Legault, majoritaire, a les coudées franches s’il souhaite réellement faire sa marque en environnement et dans la lutte au réchauffement climatique.

Bien sûr, il faut attendre de lire ce qu’il y aura le 10 mars dans le prochain budget du ministre des Finances, Éric Girard, et ce que contiendra le plan d’électrification et de changements climatiques du ministre de l’Environnement, Benoît Charette.

Le journaliste de L’actualité, Alec Castonguay, raconte que François Legault aurait lancé en novembre un avertissement au co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. «Si tu pensais gagner les prochaines élections en 2022 sur l’environnement, tu auras besoin d’un plan B, parce qu’on va occuper beaucoup de terrain».

Encore faut-il qu’il l’occupe de façon constructive et crédible.

Le gouvernement caquiste ne doit pas se faire uniquement racoleur pour récolter des votes supplémentaires aux élections de 2022.

Jeudi, le Mouvement québécois pour le climat, qui regroupe 34 groupes citoyens et organisations environnementales, syndicales, étudiantes et communautaires, a demandé au gouvernement d’inscrire dans le projet de loi 44 les cibles de réduction de GES fixées par la science, de l’accompagner d’un budget carbone et d’un mécanisme de reddition de comptes.

Dans une entrevue publiée jeudi dans Le Devoir, le ministre Benoît Charette indique que son gouvernement n’envisage pas de se doter d’une cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre en phase avec les exigences de la science climatique pour l’horizon 2030. Il estime qu’un tel objectif sera irréaliste et qu’une transition trop radicale nuirait à l’économie québécoise.

Le gouvernement risque de faciliter la mobilisation des étudiants pour une grève entre le 30 mars et le 3 avril s’il se montre trop timide.

Certains rappelleront sûrement au premier ministre François Legault les paroles qu’il a prononcées dans son discours inaugural de novembre 2018 : «La survie de notre planète est en jeu. Je ne peux ignorer ce défi de l’urgence climatique et continuer de regarder mes deux fils dans les yeux».