Brigitte Breton
Le gouvernement Trudeau dispose de peu de temps pour convaincre les manifestants de lever les barricades et de rétablir la circulation ferroviaire des marchandises et des personnes d’un océan à l’autre.
Le gouvernement Trudeau dispose de peu de temps pour convaincre les manifestants de lever les barricades et de rétablir la circulation ferroviaire des marchandises et des personnes d’un océan à l’autre.

Dialoguer loin des voies ferrées

CHRONIQUE / La «salade de mots» servie mardi par Justin Trudeau a laissé sur leur faim tant le premier ministre François Legault que le président de la Corporation des parcs industriels du Québec et de Dolbec International, Pierre Dolbec.  Pas question toutefois pour eux de préconiser le recours à la force. Oui au dialogue, mais loin des voies ferrées. 

La position des deux hommes rejoint sûrement celle de bien des Québécois qui ne veulent pas revivre une autre crise d’Oka, mais qui estiment néanmoins que les trains doivent à nouveau circuler sans entraves à travers le pays pour ne pas affecter davantage, et pour encore plusieurs semaines, l’économie du Québec et du Canada.

Justin Trudeau prend le pari qu’il peut parvenir à un règlement paisible et rapide.

C’est en effet le scénario idéal pour toutes les parties impliquées et les victimes collatérales de ce conflit opposant les chefs héréditaires Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique, et le promoteur de Coastal GasLink, LNG Canada. Les conseils de bande élus ont pour leur part conclu une entente avec celui-ci.

C’est une réponse bien «molle» à la crise qui frappe le pays depuis 13 jours, selon le chef conservateur Andrew Scheer qui aurait souhaité que le premier ministre dénonce les barrages «illégaux» dressés par des «activistes radicaux». M. Scheer déplore de plus le manque de leadership de Justin Trudeau. 

Méthode forte ou méthode douce? Dans un dossier aussi complexe et délicat, ce n’est pas la méthode, mais les résultats qui comptent.

Le premier ministre Legault a d’ailleurs indiqué vouloir la paix, mais aussi des résultats.

User de la méthode forte risquerait en effet d’être explosif et de créer de la grogne, mais chez toutes les communautés autochtones au pays. L’économie pourrait écoper encore davantage.

Nul besoin d’ajouter des tensions sociales aux difficultés de l’économie et de mettre des vies en danger.  

Si le temps presse pour trouver une solution, le gouvernement Trudeau n’a que lui à blâmer. Il a mis plusieurs jours à réagir. Il  estimait que c’était du ressort de la Colombie-Britannique. En cas d’échec, il devra assumer le coût de son laxisme. Il dispose de peu de temps pour convaincre les manifestants de lever les barricades et de rétablir la circulation ferroviaire des marchandises et des personnes d’un océan à l’autre.

Des chefs autochtones lui ont donné un coup de pouce mardi en lançant un appel au calme et au dialogue. 

Pierre Dolbec y voit le signe que les autochtones qui possèdent des entreprises doivent également souhaiter que le transport par train retrouve son fonctionnement normal.

Même si le gouvernement fédéral réussit à trouver un terrain d’entente, plusieurs, notamment dans le milieu des affaires, lui reprocheront de ne pas être intervenu assez rapidement. 

M. Dolbec ne décolère pas. Il estime qu’il ne faut pas connaître le fonctionnement de l’économie canadienne pour avoir autant procrastiné. 

Pourtant, le conflit de travail au Canadien National (CN), en novembre dernier, avait donné une bonne idée des secousses que subit l’économie canadienne lorsque les trains sont arrêtés ou fonctionnement au ralenti. L’homme d’affaires de Québec rappelle que le recours à une loi spéciale avait été brandi rapidement. 

À cette occasion aussi le Parti conservateur et le milieu des affaires demandaient au gouvernement Trudeau de prendre la méthode forte et d’adopter une loi spéciale. Les libéraux ont préféré respecter le droit de grève et miser sur la négociation. Une entente a finalement été conclue entre le CN et le syndicat des Teamsters.

La comparaison peut paraître boiteuse. Les droits des autochtones et les relations de ceux-ci avec les gouvernements d’Ottawa et des provinces sont en effet beaucoup plus délicats et complexes que le renouvellement d’un contrat de travail. 

Toutefois, dans chacun des cas, une entente négociée est toujours préférable à un coup de force ou à une entente imposée par les tribunaux.