Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge abolit les élections scolaires chez les francophones, transforme les commissions scolaires en centres de services scolaires sans couper un seul poste et voilà, le tour est joué.

De Séraphin à magicien

CHRONIQUE / Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, excelle dans l’imitation du personnage de Séraphin Poudrier. Il l’a démontré récemment à l’Assemblée nationale. L’enseignant devenu ministre semble aussi avoir des talents de magicien.

Il abolit les élections scolaires chez les francophones, transforme les commissions scolaires en centres de services scolaires sans couper un seul poste et voilà, le tour est joué : il y aura davantage de services aux élèves, moins de bureaucratie et plus d’argent pour embaucher des professionnels dans les écoles du Québec. Le ministre prévoit même que la réussite scolaire sera améliorée. 

Que de vertus accordées à son projet de loi 40 modifiant principalement la Loi sur l’instruction publique relativement à l’organisation et à la gouvernance scolaires.

Il y a assurément une modernisation à apporter dans la gouvernance scolaire, une nouvelle façon de distribuer les rôles et les responsabilités entre les différents acteurs. Très faible participation aux élections scolaires dans les milieux francophones (4,8 % en 2014), dépenses discutables de la part de commissaires, lourdeur administrative, difficultés pour les parents d’avoir rapidement des réponses à leur question sont des signes que tout ne tourne pas rondement dans le régime actuel. 

Il serait sage toutefois de modérer les attentes.

Un changement à la gouvernance scolaire, même majeur, ne peut gommer les facteurs socio-économiques (pauvreté, scolarité des parents, leurs valeurs) qui influencent grandement la réussite d’un élève.

Le taux de diplomation ne fera pas non plus un bond miraculeux parce que les commissaires élus disparaissent, que les commissions scolaires mal aimées deviennent des centres de services et que des directeurs et des parents d’élèves (quasi bénévoles) prennent part à plus de décisions. 

Avec le projet de loi 40, les écoles ne sont pas prémunies contre d’autres restrictions budgétaires de la part du ministère de l’Éducation et contre l’obligation de devoir limiter l’embauche de personnel faute de fonds. 

Une certaine bureaucratie risque aussi de subsister, car le ministère de l’Éducation ne renoncera pas à une reddition de comptes. Il voudra toujours savoir, avec raison, si les fonds publics sont bien utilisés par les écoles et les centres de services scolaires et si les objectifs fixés par le ministère sont atteints.

Bon pour la CAQ, bon pour les élèves?

Les économies espérées de l’abolition des élections scolaires et de la transformation des commissions scolaires en centres de services ne sont mirobolantes. Quelque 45 millions $ en quatre ans. 

Le ministre fait valoir que 160 professionnels pourront être embauchés avec cette somme. Cent soixante professionnels dispersés dans plus de 3000 écoles... Étant donné les besoins importants qui ne sont pas comblés et le fait que le secteur public peine à attirer du personnel dans un contexte de pénurie, mieux vaut ne pas trop s’emballer. 

La seule promesse qui tiendra la route pourrait bien être celle faite en campagne électorale par la Coalition avenir Québec (CAQ) de mettre fin aux commissions scolaires. Jean-François Roberge a d’ailleurs pris soin de le souligner mardi en conférence de presse : «Le projet de loi que nous présentons aujourd’hui est fidèle aux engagements que nous avons pris.» 

Bon pour son parti, mais bon aussi pour les élèves?

La démonstration reste à faire.

Le ministre Roberge dépeint bien négativement les élus scolaires, comme si tous les hommes et les femmes qui ont consacré du temps et des énergies à ce rôle au fil des dernières années n’avaient rien accompli de bon pour les écoles et les enfants.

Club-école du Parti libéral du Québec. Gens qui cherchaient la visibilité, qui prenaient plutôt que de donner. Personnes déconnectées. Système du passé, dépassé, archaïque, dysfonctionnel. Les mots de M. Roberge sont durs. 

C’est bien connu, qui veut noyer son chien dit qu’il a la rage.

Le ministre de l’Éducation se défend de se donner de nouveaux pouvoirs, de vouloir centraliser le système d’éducation et de suivre les pas de l’ancien ministre libéral de la Santé Gaétan Barrette dans ses réformes de structure. Il précise que ce n’est pas lui qui va nommer les directeurs généraux des centres de services scolaires. 

Les directions d’école, les directions des centres de services scolaires auront-elles pour autant les coudées franches pour sortir sur la place publique pour critiquer une orientation ou une décision du ministre qu’ils jugent irréaliste ou contraire aux intérêts des élèves à long terme comme le faisaient les commissaires élus ou la Fédération des commissions scolaires?