Le gouvernement Trudeau a procédé au changement législatif qui permet maintenant au directeur parlementaire du budget de procéder à ce type d’exercice. Les libéraux l’avaient promis en 2015.

Combien coûte cette promesse?

CHRONIQUE / Pour savoir si les politiciens vous donnent l’heure juste et savent compter, recherchez le «sceau» du directeur parlementaire du budget sur leurs prochaines promesses électorales. Combien ça coûte? Trop beau pour être vrai? Insupportables pour les finances d’Ottawa, les promesses formulées par les Trudeau, Scheer, Singh, May ou Blanchet d’ici le 21 octobre?

Pour la première fois au Canada, les électeurs pourront savoir cette année si la promesse d’un parti a obtenu une évaluation des coûts de la part du directeur parlementaire du budget (DPB), un tiers indépendant.

Les électeurs de l’Australie et des Pays-Bas ont cet éclairage depuis plusieurs années. Le gouvernement Trudeau a procédé au changement législatif qui permet maintenant au DPB de procéder à ce type d’exercice. Les libéraux l’avaient promis en 2015. 

Pour Steve Jacob, directeur du Centre d’analyse des politiques publiques de l’Université Laval, ce regard extérieur est une plus-value et contribuera à donner confiance à la population lors de la prochaine campagne électorale. 

Il y voit un sceau de crédibilité, une façon pour un parti de montrer le sérieux de sa réflexion avant de soumettre une proposition à l’électorat.

C’est également une source de données supplémentaire pour l’électeur qui veut s’informer avant d’aller aux urnes et de faire son choix.

Depuis le 23 juin, les formations politiques peuvent s’adresser au DPB afin qu’il évalue le coût financier d’une mesure qu’elles envisagent de promouvoir en campagne.

Même si le directeur a obtenu des ressources supplémentaires, il est évidemment impossible qu’il passe à travers toutes les plates-formes des différents partis. 

Steve Jacob rappelle que les libéraux de Justin Trudeau avaient formulé plus de 350 engagements en 2015. 

Les partis politiques feront donc un tri des promesses qu’ils veulent soumettre à l’examen du directeur parlementaire du budget. 

Ils détermineront aussi forcément laquelle est susceptible de leur faire gagner des points dans l’électorat si elle passe la grille du DPB. 

«Jusqu’où va-t-on faire rêver et miser sur l’émotion plutôt que sur la raison et la saine gestion?» s’interroge M. Jacob.

Le spécialiste se demande aussi jusqu’à quel point les partis et les candidats tenteront d’instrumentaliser et de politiser le travail réalisé par l’équipe du DPB, Yves Giroux.

Les guerres de chiffres, fréquentes en période électorale, prendront peut-être une autre forme. 

L’exercice a des qualités, encore faut-il que l’électeur s’attarde attentivement à la promesse d’un parti et regarde les résultats de l’analyse du DPB que le parti a réclamée.

L’électeur est loin d’être toujours très rationnel. 

S’il est fidèle à un parti depuis des décennies qu’importe son programme et son chef, si son but est de sanctionner le gouvernement sortant, s’il cherche le changement et la nouveauté, le fait que le coût de certaines promesses soit évalué avec plus de justesse et de façon impartiale risque de ne pas peser dans la balance.

Justin Trudeau va-t-il regretter d’avoir donné un rôle supplémentaire au directeur parlementaire du budget?

C’est sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper que le poste de DPB a vu le jour. Dans un souci de transparence et de responsabilisation, les conservateurs avaient créé cette nouvelle fonction.

Ce qui n’a pas empêché les conservateurs de vouloir mettre des bâtons dans les roues du premier titulaire du poste, Kevin Page, dont les évaluations s’avéraient parfois fort embarrassantes pour le gouvernement.

Rappelons que le DPB estimait viable le Régime de pensions du Canada alors que les conservateurs soutenaient qu’ils devaient forcément hausser l’âge de la retraite. Il avait également conclu que le gouvernement Harper sous-évaluait l’acquisition des chasseurs F-35.

Sous le gouvernement libéral de Justin Trudeau, le bureau du directeur parlementaire du budget a eu aussi à batailler. Jean-Denis Fréchette avait dû menacer de recourir aux tribunaux pour obtenir des données de l’Agence du revenu du Canada et évaluer le manque à gagner fiscal du Canada. 

Plus récemment, le DPB a signalé que les déficits à Ottawa seraient plus importants que ceux prévus par le gouvernement libéral et son ministre des Finances, Bill Morneau. Il suggérait par ailleurs de regarder du côté de l’évasion fiscale, de l’évitement fiscal et des paradis fiscaux à l’étranger pour tenter de regarnir la colonne des revenus. 

Le DPB a aussi révélé que la taxe sur le carbone devrait doubler après 2022 pour que le Canada atteigne les cibles de l’accord de Paris.

En scrutant les promesses électorales de diverses formations politiques, le DPB sera à même de voir celles qui tiennent compte de ses évaluations et celles qui s’en tiennent à leurs propres chiffres.