Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Nancy Bédard, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec attend un geste concret de la part de la «boss des pdg», la ministre Danielle McCann quant à la mise en place d’une mesure disciplinaire pour les dirigeants qui laissent perdurer une situation intenable dans un établissement du réseau de la santé.
Nancy Bédard, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec attend un geste concret de la part de la «boss des pdg», la ministre Danielle McCann quant à la mise en place d’une mesure disciplinaire pour les dirigeants qui laissent perdurer une situation intenable dans un établissement du réseau de la santé.

Appel à la «boss des pdg»

CHRONIQUE / À quand une mesure disciplinaire pour les dirigeants qui laissent perdurer une situation intenable dans un hôpital, un CHSLD ou tout autre établissement de santé ou de services sociaux? Nancy Bédard, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) attend un geste concret de la part de la «boss des pdg», la ministre Danielle McCann.

Par la voix de son attaché de presse, la ministre de la Santé a affirmé en début de semaine que l’omertà est inacceptable et que c’est terminé dans le réseau de la santé. 

La chef syndicale en doute.

La ministre a tenu des propos similaires l’automne dernier. Et pourtant, des employés du réseau sont menacés de représailles s’ils parlent ou ils sont carrément suspendus sans solde quelques semaines — comme ce fut le cas pour deux employés de l’Estrie en décembre — s’ils font part sur les réseaux sociaux de leurs conditions de travail difficiles.

Qui plus est, la présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent (une ancienne présidente de la FIQ), a jugé nécessaire en décembre de faire un appel à Québec afin que les intervenantes de la DPJ puissent participer aux travaux de sa commission sans craindre des représailles de leurs gestionnaires. 

Pour Nancy Bédard, c’est bien là une preuve que l’omertà dans le réseau de la santé et des services sociaux n’est pas une «lubie syndicale, une mode ou un conflit de générations». 

La présidente de la FIQ souhaite que les engagements de la ministre McCann soient plus que des «stratégies de communication populistes». «La ministre doit transmettre des missives, des directives claires, réglementer». Mme Bédard prône aussi de ramener la gestion près du terrain.

En 30 ans de carrière comme infirmière, Mme Bédard en a vu des missives de ministre affichées sur les babillards. Elle retient que c’était efficace pour rappeler au directeur, au conseil d’administration, aux chefs de département, aux représentants syndicaux et aux employés leur mission.

La syndicaliste affirme que ses membres, mais aussi les autres employés du réseau, n’ont pas étudié pour servir les intérêts du gouvernement et des dirigeants qui ne veulent pas que leur réputation ou celle de leur établissement soit écorchée par un cri du cœur d’un employé épuisé et inquiet sur Facebook.

La qualité et la sécurité des soins devraient, selon elle, être plus importantes que la réputation d’un cadre ou d’un hôpital. Personne ne la contredira.

Mme Bédard soutient qu’une infirmière ou un infirmier qui en vient à lancer un appel à l’aide sur les réseaux sociaux, a la plupart du temps tendu bien d’autres perches avant d’en arriver là. «Il en a parlé au chef d’unité, de département, au directeur des soins infirmiers, à son syndicat qui s’est tourné vers la direction des ressources humaines.»

«Si pendant des mois tu te fais dire que “c’est de même et qu’il n’a rien à faire”, tu dénonces pour faire bouger des choses parce que tu n’as rien à perdre.» Mettre en jeu son permis de pratique et la sécurité des malades, ou s’exposer à une suspension? Dilemme intenable. 

Quand survient un «déversement» sur la place publique, Mme Bédard croit que la ministre McCann devrait demander aux gestionnaires depuis combien de temps le dossier traîne et pourquoi il n’est pas réglé?

Elle dénonce aussi que des établissements fassent signer à leurs employés, un engagement de confidentialité, à la sécurité de l’information et au maintien d’un sain climat de travail. Ce document s’avère selon elle superflu pour les employés membres d’un ordre professionnel. Elle y voit une façon insidieuse et malhonnête de rendre le personnel muet. 

Ce mutisme n’est pas sans risque. 

Quand des situations critiques sont portées à l’attention du public, la réaction est souvent de dire qu’il s’agit d’un événement isolé. «On connaît la cassette».

L’accumulation de «cas isolés» est inquiétante. «Est-ce qu’on attend qu’une autre patiente reste une heure trente par terre parce que l’infirmière doit s’occuper de 100 patients dispersés sur trois étages? Est-ce qu’on attend un autre cas épouvantable comme la mort d’une enfant à Granby?»

Certains diront que les chefs syndicaux radotent, chialent toujours et charrient. 

Force est de constater que le ras-le-bol exprimé par un ou des employés dans les médias traditionnels ou autres est souvent une bonne façon d’ébranler la machine et de l’activer afin de trouver des solutions qui permettront de soigner les patients en toute sécurité et dignité. 

Dans une décision rendue la semaine dernière et concernant la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et le petit frère de la victime de Granby, le juge Mario Gervais, souligne le rôle positif des médias.

Le juge de la Cour du Québec, qui a formulé un blâme à la DPJ, fait valoir que si par hypothèse, l’affaire à l’étude avait été sous l’œil attentif de la population, essentiellement par le biais des médias, son traitement n’aurait pas été aussi déficient.

Il constate un «seuil élevé de tolérance au risque de la part de la Directrice, voire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ou des autorités gouvernementales qui ont longtemps refusé d’octroyer à la Directrice les fonds requis pour exercer sa mission». 

La présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, Andrée Poirier, rappelait la semaine dernière que cela fait des années que les intervenants sociaux dénoncent le manque de moyens et réclament des investissements pour accomplir leur travail.

Il aurait été sage de les écouter avant que des enfants souffrent et meurent.