Certaines données sur la santé mentale des enfants et des adolescents sont préoccupantes.

Anxieux bien avant l’université

CHRONIQUE / L’anxiété et la détresse psychologique, ça n’apparaît pas en arrivant sur les bancs des universités. Il faut y voir bien avant.

C’est l’avis de Maryse Lassonde, neuropsychologue, professeure émérite et aussi présidente du Conseil supérieur de l’éducation. 

On n’a qu’à parcourir la recension de données statistiques et d’enquêtes sur la santé mentale des enfants et des adolescents que le Conseil vient de rendre disponible pour réaliser une fois de plus l’importance d’agir tôt et de faire de la prévention.

Les ministres Danielle McCann et Lionel Carmant tiendront le 13 mai un forum sur la santé mentale des jeunes. 

Un exercice nécessaire qui devra être suivi de mesures concrètes et solides, car certaines données sur la santé mentale des enfants et des adolescents sont préoccupantes.

«La prévalence des troubles anxieux, de la dépression, des troubles alimentaires et du TDAH est en augmentation depuis 2010-2011. De même, la prise de médicaments contre l’anxiété ou la dépression ainsi que ceux pris pour se calmer ou se concentrer est en hausse. Le même constat peut être fait en ce qui concerne la proportion relative d’élèves présentant une détresse psychologique élevée, et ce, à tous les niveaux du secondaire. De telles hausses s’observent ailleurs dans le monde», rapporte le Conseil reprenant des données de 2018 de l’Institut de la statistique du Québec. 

«[…] environ 47 % des élèves du secondaire  présentent une santé mentale florissante, 46 % une santé mentale modérément bonne et 6 % une santé mentale languissante».

Mme Lassonde se préoccupe aussi de l’état de santé des tout-petits.

Certes, l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes, menée par Statistique Canada, révèle que 85,7 % des enfants de 2 à 5 ans ne montrent aucun signe de trouble émotif ou d’anxiété.

C’est néanmoins plus de 14 % des tout-petits qui en éprouvent.

Selon Mme Lassonde, le Québec est sur la bonne voie en misant sur le dépistage précoce et sur les services éducatifs à la petite enfance. 

Beaucoup reste à faire cependant. Des auteurs dont le Conseil rapporte les travaux indiquent que seulement 5 % des enfants ayant un problème de santé mentale ont accès à des services professionnels.

Mme Lassonde signale aussi en entrevue qu’il ne faut pas perdre de vue le milieu de vie où vit l’enfant. Plusieurs facteurs influencent la santé mentale et vivre dans un milieu défavorisé peut contribuer à accroître l’anxiété et la détresse.

Top 3 dans les universités

Si les familles et tous ceux qui gravitent autour du jeune interviennent dès la petite enfance, demeurent alertes et maintiennent leur soutien à l’école primaire, secondaire et au cégep, le Québec réussira peut-être à limiter les problèmes criants observés chez les étudiants dans les universités.

La santé mentale est maintenant dans le top 3 des préoccupations de l’Union étudiante du Québec (UEQ), indique un porte-parole.

L’automne dernier, l’UEQ a mené une enquête à travers le Québec sur la santé psychologique des étudiants des universités : «Qu’est-ce qui se cache sous ta façade?»

Quelque 25 000 étudiants ont participé à l’exercice dont les résultats seront connus à l’automne.

La bougie d’allumage? Un rapport d’enquête sur la santé psychologique des étudiants de l’Université de Montréal publié en 2016 et faisant état d’une prévalence importante de symptômes dépressifs, d’épuisement professionnel et de détresse psychologique chez la population étudiante.

Une situation qui se manifeste sur d’autres campus où plus de 20 % des étudiants souffrent d’anxiété, de dépression, de stress sévère et où les demandes d’aide sont en hausse.

En août, le ministre libéral Gaétan Barrette a lancé un nouveau service en santé mentale pour les 12 à 25 ans — Aire ouverte — à Laval, Montréal et Sept-Îles. La ministre McCann compte en ouvrir d’autres.

Plus de 75 % des troubles mentaux se manifestent avant l’âge de 25 ans et 50 % de ces troubles présents chez les adultes ont débuté avant l’âge de 14 ans. 

Il n’est pas superflu de rappeler ces statistiques à ceux qui tenteraient de faire passer au second rang la santé mentale et les jeunes qui souffrent de troubles mentaux.