Spiritualité

Blancs comme neige ?

CHRONIQUE / La scène est horrible : George Floyd est cloué au sol et menotté ; un policier blanc lui écrase le cou avec son genou. Floyd dit : « Je n’arrive pas à respirer… Ne me tuez pas… » ; les trois autres policiers le laissent faire. Près de neuf minutes plus tard, des ambulanciers récupéreront un corps inanimé. L’homme sera déclaré mort à l’hôpital, après que les policiers eurent quitté la scène en toute quiétude. On peut comprendre qu’une telle brutalité ait pu susciter des manifestations croissantes et de plus en plus violentes aux États-Unis, dénonçant une situation qui s’ajoute aux nombreux actes d’inhumanité policière ciblant spécifiquement des personnes racisées, en particulier les Noirs.

Dimanche dernier, des rassemblements ont eu lieu dans les grandes villes du monde pour « respirer avec George Floyd ». À l’initiative du coloré Marcellin Gbazai, qui a lui-même subi du racisme dans le cadre de son travail à la Société de transport du Saguenay (STS), environ 300 personnes se sont rassemblées à la place du Citoyen pour signifier leur solidarité avec toutes les vies humaines sans distinction de couleur de peau, de genre et d’origine, entre autres. Ce fut un temps de recueillement et de témoignages touchants, notamment de la part de jeunes exprimant leur désir de vivre dans un monde plus inclusif.

Quiconque se dit honnête affirmera sans détour qu’il existe un fond de racisme ici comme ailleurs. Dimanche, par exemple, une jeune femme a raconté qu’un homme a exigé d’être servi par un autre commis au restaurant où elle travaille parce qu’il ne voulait pas de « la Noire ». Dans une histoire semblable, ailleurs au Québec, la gérante s’en était prise à un client raciste, le sortant littéralement du restaurant pour montrer sa solidarité avec son employée. Dans le contexte de la pandémie actuelle, des personnes aux traits asiatiques vivant ici sont aussi victimes de racisme. Des menaces verbales leur sont adressées, comme si ces individus pouvaient être liés à une origine douteuse du virus ! Et n’oublions pas nos amis autochtones, lesquels continuent de subir quotidiennement des situations du même ordre.

Si le racisme individuel ne peut être nié, il existe une dimension plus large et bien plus dommageable, qu’on appelle le « racisme systémique ». Des personnes subissent des traitements discriminatoires en lien avec la couleur de leur peau. Cette forme de racisme affecte particulièrement les Noirs et les Autochtones, comme on le voit trop souvent dans les modes d’interpellation policière en Amérique du Nord. Elle atteint aussi les gens issus des communautés arabo-musulmanes ; certains se trouvent défavorisés au chapitre de l’emploi, par exemple. L’existence du racisme systémique ne veut pas dire qu’une population est plus raciste, mais que ses structures sociales, politiques et juridiques peuvent induire un traitement défavorable envers les personnes identifiées à certaines minorités visibles.

Vivre-ensemble

Qu’on le veuille ou non, le monde dans lequel nous vivons change. La mixité culturelle fait partie de la réalité et celle-ci nous rattrape aussi, nous qui sommes pourtant une région « éloignée ». Plusieurs voient dans cette situation une richesse et une opportunité à la fois démographique, économique et culturelle ; d’autres, sans doute guidés par la peur, y voient une menace à notre mode de vie, à nos valeurs et à nos droits de Blancs, voire de majorité « de souche ».

Des personnes et des groupes de notre région militent pour sensibiliser la population à l’importance de cultiver le vivre-ensemble harmonieux, sans le dénuer de discussions et de débats, lesquels doivent simplement se produire dans le respect des uns et des autres. Plus nous aurons l’occasion de cohabiter sereinement et de coopérer à des projets, plus nous saurons découvrir combien la diversité est un don que la nature nous offre généreusement.

Nous sommes généralement fiers de notre région. Ne pourrions-nous pas oeuvrer à en faire un sanctuaire de la diversité culturelle ?

Le premier pas consiste à nous interposer en toute situation évidente de racisme en faisant face à l’agresseur pour soutenir celui ou celle qui en fait les frais. Le second consiste à aller vers l’autre, différent de couleur, d’origine, de culture et de religion, et de s’y intéresser en tant que personne qui partage la même humanité.

Et peu à peu, mais résolument, travaillons avec nos représentants politiques et avec les services publics à assurer les mêmes droits et les mêmes privilèges à tous les citoyens et à toutes les citoyennes, dans leur diversité. Ainsi, les morts injustes de tous les George Floyd auront contribué, jusque chez nous, à faire un monde plus juste.

Jocelyn Girard

Cofondateur du collectif Coexister au Saguenay-Lac-Saint-Jean