Annonce d'Ubisoft.

Une victoire entachée

CHRONIQUE / Après avoir englouti des millions de dollars pour des canards boiteux ou des projets utopiques négociés par des chevaliers d'industrie, Saguenay touche enfin la bonne cible avec Ubisoft, la multinationale du jeu vidéo.
En présence d'une pléiade de personnalités politiques, dont le premier ministre Philippe Couillard, son titulaire des Finances, Carlos Leitao, et le maire Jean Tremblay, les dirigeants de l'entreprise ont confirmé des investissements de 135 millions $ et la création de 125 emplois au cours des cinq prochaines années.
Généralement, comme le gouvernement est partenaire par le truchement de crédits d'impôt qui peuvent atteindre jusqu'à 37,5 % de la masse salariale, il se réserve le privilège d'influencer le choix des villes pour l'implantation d'activités économiques très stimulantes, reliées aux technologies de l'information et du multimédia. Ce fut différent à Saguenay, comme je le rappelle plus loin.
Une grande industrie
C'est au tournant des années 2000 que Bernard Landry a conçu le programme des avantages fiscaux - l'équivalent de 15 000 $ par employé - qui a donné naissance, partout au Québec, à une grande industrie aux mille ramifications. C'est ainsi que le Vieux-Montréal prit un air de jeunesse avec l'avènement d'une soixantaine d'entreprises et leurs quelque 10 000 employés.
À Québec, le programme fit notamment surgir la Cité de l'optique, en plus de transformer l'ancien édifice du Soleil en Centre de développement des technologies de l'information (CDTI). L'informatique a finalement revigoré, à son tour, l'économie régionale quand CGI, dont le fondateur, Serge Godin, un fils de Shipshaw, a conclu une entente avec Alcan. Les 600 employés établis chez nous oeuvrent majoritairement au Pavillon Sagamie, l'ancien orphelinat. Si la restructuration en cours fera disparaître 1600 postes dans le monde, à Chicoutimi, on invite les analystes et les développeurs à poser leur candidature pour pourvoir à une vingtaine de postes.
Saguenay a remporté la course à un prolongement d'Ubisoft en région grâce à la formation en informatique que l'institution y développe. Yannis Mallat, le PDG d'Ubisoft Montréal, Toronto et Québec, a remis en lumière l'importance du rôle des agents de développement - que joue notamment une université en région - en révélant avoir découvert à l'UQAC et dans les cégeps un personnel enseignant de très grande qualité. Ce fut, semble-t-il, le facteur déterminant dans la préférence accordée à Saguenay.
L'excellence
La rectrice de l'UQAC, Nicole Bouchard, veut poursuivre dans cette direction avec la volonté d'offrir à nos diplômés la possibilité de faire carrière dans leur région après avoir complété leur formation au plus haut niveau, comme l'ont fait plusieurs d'entre eux, dont le prestige est respecté partout dans la communauté universitaire internationale. 
Dans le nouveau pas fait vers l'excellence, l'UQAC songe à un nouveau programme de doctorat en création vidéo. Présentement, 70 étudiants poursuivent leurs études de maîtrise et 23 se dirigent vers le doctorat.
Les PME, qui attendent depuis si longtemps leur tour au comptoir des avantages fiscaux et autres interventions positives de l'État, ont sûrement apprécié le discours prononcé par Carlos Leitao, le ministre des Finances, à la Place du Citoyen. Dans le vestibule de la prochaine campagne électorale, elles songent sans doute à la réduction de l'effort fiscal et probablement davantage à une aide plus convaincante aux activités de recherche et de développement pour favoriser l'innovation, clé du succès.