LE HEC Montréal.

«Une PME, ça ne vote pas»

CHRONIQUE / La nouvelle aussi importance que déprimante pour l'économie québécoise est passée sous le radar. Les réseaux de télévision ont préféré mille autres sujets, faits divers montréalais surtout et les drames collectifs et individuels qui secouent perpétuellement l'humanité. Même Gérald Fillion, le meilleur vulgarisateur de l'économie, a levé le nez sur cette information. Et pour comble, Sylvain Gaudreault, qui ne manque pas une occasion de défendre nos entreprises contre les abus du système, est demeuré coi. Seule La Presse + lui a consacré un dossier bien développé.
Mais de quoi s'agit-il enfin ? Tout simplement que contrairement à l'image que l'État veut projeter, les PME qui génèrent, au Québec, au-delà de 90 % des emplois, sont les abandonnées de la machine gouvernementale.
HEC sonne l'alarme
La constatation provient de HEC (Hautes études commerciales), de Montréal, la plus ancienne université canadienne dont l'enseignement est essentiellement orienté vers le commerce et l'administration.
« Intuitivement, analysent les trois auteurs de l'étude, on aurait tendance à associer l'innovation à de jeunes entreprises en démarrage. C'est exactement l'inverse qui se produit... ce sont plutôt les grandes entreprises et celles qui font des affaires depuis longtemps qui en profitent proportionnellement le plus. » En bref, 98,3 % des PME québécoises ne bénéficient d'aucun crédit d'impôt à la R-D (recherche et développement), le laboratoire de l'innovation. 
Les spécialistes de HEC proposent essentiellement de modifier les critères de financement des entreprises avec l'objectif ultime d'alléger leur fardeau fiscal. Au Sommet économique régional tenu à Alma, en juin 2015, sous la présidence du député de Roberval et premier ministre Philippe Couillard, le Regroupement des manufacturiers en métaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean avait soumis ces « quatre actions structurantes et urgentes pour relancer les PME » : 1 - création d'un fonds régional en capital de développement-diversification - innovation ; 2- un incitatif régional sur les coûts d'énergie ; 3- un incitatif sur le prix de l'aluminium transformé et 4 - un crédit d'impôt pour favoriser l'exportation. Le Regroupement attend toujours la réponse...
La politique
La recommandation émise par les experts de HEC « est délicate sur le plan politique, convient Robert Gagné, président du CPP, le Centre de la productivité et de la prospérité de l'institution métropolitaine, dans son entretien avec la consoeur de La Presse +, Karim Benessaieh, à quelques jours du dépôt du budget Leitao et à quelques mois de la présentation, par la ministre Dominique Anglade, de la Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation. »
Mais quand le professeur résume sa pensée dans cette image : « une PME, ça ne vote pas... », il pourrait ajouter que par contre les milliers d'employés d'une grande entreprise, eux, vont aux urnes, et ils sont évidemment influencés par des décisions politiques qui sauvegarderont leur emploi. Bombardier en est l'exemple le plus spectaculaire.
Ce qui explique sans doute pourquoi les grandes entreprises, note Robert Gagné, sont allées chercher ce qu'elles prétendent être leur dû. Avec l'aide de bons consultants, elles se sont prévalues de programmes existants. Les auteurs de l'étude de HEC en concluent que le crédit d'impôt consacré aux activités de recherche et développement ne répond plus aux besoins des PME. Il presse l'État d'en modifier radicalement les critères et, pour les grandes entreprises, de le lier à des projets précis.