Le président des États-Unis, Donald Trump.

Trump, l'otage volontaire

CHRONIQUE / La région est au cœur de la dernière tourmente déclenchée par Donald Trump. La préoccupation ultime du président américain depuis son élection surprise, c’est de remplir des promesses d’une application irréaliste arrachées par une masse ouvrière furieuse des effets dévastateurs de la mondialisation sur leurs zones industrielles jadis si prospères.

Des régions comme la nôtre ont également subi, impuissantes, ce réajustement brutal provoqué par l’entrée de la Chine et de l’Inde notamment, dans l’économie du numérique et de la robotisation. Malgré des conditions exceptionnelles comme de l’énergie propre à bon marché, elles ont dû s’adapter, mais en subissant le sacrifice de milliers d’emplois. Malgré leurs difficultés, nos voisins du sud vivent le plein emploi et leur nouveau président s’est empressé d’enrichir davantage ses amis fortunés en réduisant généreusement leurs impôts. 

Toujours en campagne

Escamotant systématiquement la responsabilité traditionnelle attribuée à la première puissance de la planète dans l’harmonie des nations, Trump est demeuré un chef de parti en campagne électorale. Ses partisans le harcèlent depuis qu’il tient la baguette magique de président. Leurs représentants ont fait la page couverture du Quotidien et d’autres journaux, vendredi dernier. Coiffés de leur casque de travail, ils observaient le président signant un autre édit menaçant. Comme si l’homme le plus puissant de la planète était devenu l’otage d’un groupe d’enragés. C’est très intimidant et probablement unique dans l’histoire de la politique américaine.

Après une période de réflexion, le champion du protectionnisme a exempté nos producteurs d’aluminium et d’acier des tarifs douaniers qu’il veut imposer à plusieurs autres grands pays producteurs. Mais le soulagement du Canada n’a duré qu’un souffle puisque le président s’est empressé de spécifier que l’exception tiendra jusqu’à un renouvellement de l’ALÉNA satisfaisant pour l’Amérique. Et parmi ses cibles, il a mentionné l’agriculture et la gestion de l’offre.

C’est un marché de dupes. La gestion de l’offre qu’on pourrait traduire par un équilibre entre l’offre et la demande a épargné les régions des invasions barbares du capitalisme sauvage. L’agriculture est une activité économique forte chez nous de 1200 entreprises familiales réparties de Petit-Saguenay à Girardville qui génèrent au-delà de 2200 emplois et fait tourner un chiffre d’affaires annuel de 290 millions $. Elle continue de croître grâce surtout à des entreprises phares comme Nutrinor et la Laiterie de La Baie qui sont parvenues à obtenir l’impossible lorsqu’on est en région, soit un financement adéquat à de multiples projets novateurs.

Une cible convoitée

Il est évident que les géants de l’alimentation aux États-Unis salivent quand ils calculent avec quelle facilité ils pourraient bouffer cette industrie. Les agriculteurs québécois ne sont pas directement subventionnés. Ceux de la majorité des producteurs américains et européens le sont. Les nôtres ont simplement fait adopter un système qui prévient les ravages de la surproduction et permet un revenu décent aux producteurs laitiers.

Le grand penseur Jean-Marie Couët, qui fut à l’origine de la formule, m’avait raconté, dans les années 1970, la grande tournée qu’il avait menée pour regrouper nos travailleurs de la terre autour de leurs intérêts. « J’estime, m’avait-il confié, qu’un producteur laitier mérite autant qu’un Métallo d’Alcan. » Son projet est devenu réalité.

Mais le danger persiste, surtout avec des négociateurs aussi intransigeants que Donald Trump.