Montréal et les régions

CHRONIQUE / En reprenant le pouvoir avec Philippe Couillard, les libéraux ont mis l’accent sur le développement urbain. Essentiellement celui des deux plus grandes villes, Montréal et Québec. Jamais l’État n’a consacré autant d’argent en si peu de temps aux infrastructures usées de la métropole en reconstruisant notamment le pont Champlain et en remplaçant adéquatement l’imposant échangeur Turcot.

Bien engagé dans cette modernisation et profitant d’une puissance politique exceptionnelle avec une concentration de ministres influents, le maire déchu Denis Coderre et les gens de pouvoir qui l’entouraient sont allés beaucoup plus loin dans la réalisation de leurs projets. Surtout dans le transport en commun avec le train de banlieue. La souriante Valérie Plante, première femme élue à la mairie de Montréal, entend bien y ajouter une troisième ligne de métro qui traversera la ville.

Dorval

Malheureusement toutefois, en dépit de cette conjoncture favorable, Dorval tout comme Mirabel demeurent aussi loin du centre-ville avec les mille contraintes. Le Québec échoue encore lamentablement dans sa tentative de devenir le grand carrefour canadien des routes aériennes internationales.

Nous entrons dans une année électorale. Après les investissements massifs dans les deux grands centres, les régions espèrent un retour du balancier. Elles s’illusionnent, prévient Bernard Vachon, un professeur retraité de l’UQAM, détenteur d’un doctorat sur la décentralisation et la gouvernance territoriale. Dans une analyse parue dans Le Devoir, il se montre extrêmement sévère à l’endroit du gouvernement Couillard « qui ne croit pas, constate-t-il, au rôle et à la contribution des régions, en dehors des agglomérations de Montréal et de Québec, pour l’épanouissement et la prospérité du Québec... »

Programme audacieux

L’attribution, par législation, de pouvoirs particuliers à la métropole et à la capitale nationale « illustre, précise le professeur montréalais, le choix de l’État de favoriser l’essor de ces deux grands centres urbains au détriment des petites villes et villages en région». Au-delà de l’exploitation des ressources naturelles, l’actuel PLQ perçoit les régions intermédiaires et périphériques comme des vestiges d’une époque révolue « peu ou pas arrimées à la société moderne et urbaine».

Si le professeur Vachon voit juste, comment concevoir une telle vision de la part d’un premier ministre qui se proclame représentant politique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, une région périphérique dont le développement mis en berne par la mondialisation devra être revigoré par les initiatives socioéconomiques du milieu soutenues par Québec et Ottawa ? Les citoyens de Saguenay ont profité de la dernière élection de leur conseil municipal pour donner un coup de barre vigoureux dans la direction de l’intérêt commun. Ce ne sera toutefois pas suffisant.

Pour sortir de la torpeur, la riche députation qui représente le pays des Bleuets à Québec devra profiter de la campagne électorale pour défendre un programme à la fois réaliste et audacieux. Outre Philippe Couillard, qu’un devoir de réserve, espérons-le, ne rendra pas d’une prudence trop négative, l’équipe comprend deux jeunes loups, Alexandre Cloutier et Sylvain Gaudreault, qui ont assumé des responsabilités importantes dans le gouvernement de Pauline Marois.

Les sondages inquiètent. Jean-François Lisée retrouvera-t-il la baguette magique qui lui a permis de rallier les troupes péquistes derrière sa candidature ? La génération Y ne croit plus à l’indépendance. C’est un présage angoissant pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean.