La ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Dominique Anglade.

L’ère de l’innovation

CHRONIQUE / Toute menue avec sa tête d’intellectuelle, la vice-première ministre Dominique Anglade se distingue avec éclat parmi la garde rapprochée de Philippe Couillard. Aux grandes annonces du gouvernement comme aux moments difficiles, elle adopte la tenue de circonstance. Mais la curiosité de son regard indique qu’elle ne joue jamais à la figurine. Son esprit travaille et saura utiliser les informations recueillies en temps opportun.

On la croyait vouée à l’essor des grandes entreprises. Au cours des derniers mois, les régions ont appris à mieux la connaître. En réalisant l’existence d’un énorme potentiel de développement hors des grands centres, elle a profité de toutes les occasions à caractère économique pour multiplier ses présences. C’est ainsi qu’en présence de confrères, j’ai eu l’avantage de faire brièvement connaissance de la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, responsable de la Stratégie numérique. Et qui assume le prestigieux poste de vice-première ministre. 

Aux premières loges

On peut se réjouir de l’intérêt que Dominique Anglade porte au Saguenay–Lac-Saint-Jean depuis quelques mois. Quand elle n’accompagne pas le premier ministre, elle partage les premières loges aux événements porteurs de développement avec le grand argentier Carlos Leitão qui, près avoir semé la terreur avec le glaive de l’austérité, distribue les fruits de l’abondance retrouvée en ce début de campagne électorale. 

Madame Anglade est venue, en mai dernier, féliciter X-Grant Chen, professeur-chercheur de l’UQAC, dont le projet sur la transformation de l’aluminium a mérité la palme au premier concours du Programme de recherche en partenariat avec Québec. En remettant une contribution de 300 000 $, elle a exprimé l’assurance que la réalisation de ce projet fera « rayonner encore davantage l’image de marque de la Vallée de l’aluminium. »

Bleuets milliardaires

Quelques mois plus tard, soit le 20 octobre, elle applaudissait au renouvellement des ententes de partenariat estimé à 30 millions $ entre Rio Tinto et CGI sur le développement de logiciels appelés à jouer un rôle déterminant dans le procédé d’électrolyse des huit alumineries québécoises. Elle a sans doute appris depuis que le milliardaire Serge Godin, grand patron de CGI, est originaire de Shipshaw, une petite municipalité de Saguenay. 

Nous lui apprendrons peut-être que deux autres milliardaires montréalais bien connus du milieu des affaires, Alain Bouchard, et Charles Sirois, sont originaires de Chicoutimi. Le premier a fondé Couche-Tard, la multinationale des dépanneurs dont il demeure l’actionnaire principal. Ces trois noms symbolisent l’entrepreneuriat des Bleuets. Ils sont les plus renommés. Mais nombre d’autres, comme Pierre «Le Grand Défi» Lavoie, Michel Toupin, de Proco, Félix Gauthier, de Devinci et André Bouchard, de Béton préfabriqué du Lac, ont permis à la région de survivre économiquement aux assauts du protectionnisme américain et de la mondialisation. Ils feraient bien davantage s’ils bénéficiaient, de la part de l’autorité politique, du même soutien accordé aux multinationales.

Depuis qu’Alcan et les papetières ont informé la région, dans les années 1980, qu’elles remplaceraient progressivement une main-d’oeuvre importante par la robotisation, nos PME carburent à l’innovation. Elles ont ainsi devancé l’appel que lançait Dominique Anglade à son entrée au conseil des ministres : le Québec doit passer d’une économie traditionnelle à une économie en perpétuelle innovation.