Charles Bronfman avec le maire Denis Coderre.

L'épopée des Expos

CHRONIQUE / « Appelez-moi Charles », interpelle gentiment, dans la version française de son autobiographie, celui qui fut le propriétaire des défunts Expos de Montréal. Traduit dans un excellent français par André Gagnon une année après la version originale en langue anglaise écrite en collaboration avec le journaliste économique Howard Green, ce recueil de mémoires était sans doute attendu depuis longtemps. Car il contient la raison qu'évoque Charles Bronfman, le financier de l'aventure, pour justifier le déménagement à Washington de la première équipe canadienne du baseball majeur.
emment, mais reliée également à l'erreur ou l'entêtement du maire Jean Drapeau, « un vendeur extraordinaire, rappellent les co-auteurs, un fabuleux promoteur de sa ville, père de l'Exposition universelle de 1967, de la Place des Arts et des Jeux olympiques de 1976 ».
Les scandales
Après le sombre intermède des scandales dévoilés par la Commission Charbonneau, le maire Denis Coderre a récupéré le modèle de développement façonné par Jean Drapeau pour convaincre Ottawa et Québec, dès son premier mandat, de consacrer à Montréal, dans la foulée de son 375e anniversaire, les plus importants investissements de l'histoire du Québec. Une vingtaine de milliards $, dont cinq puisés dans la Caisse de dépôt, qui propulsent l'économie de l'agglomération métropolitaine au sommet de la pyramide nord-américaine.
Fermons cette parenthèse pour revenir à la chute des Expos au terme d'une belle histoire de 35 ans marquée par l'épopée des années 1979 à 1984 durant lesquelles ils ont raté la Série mondiale par un circuit, celui d'un certain Rick Monday des Dodgers de Los Angeles frappé à la neuvième manche. Ce fut par la suite la dégringolade accentuée par l'échange du receveur étoile Gary Carter aux Mets de New York parce qu'il avait exigé un salaire de 2 millions $ par saison.
Bronfman déboulonne le prestige dont jouissait le célèbre receveur décédé prématurément d'un cancer en 2012. Contrairement à la croyance populaire, il était, prétend-il, égocentrique et indiscipliné, ce qui le rendait antipathique dans la chambre des joueurs. Carter a démontré que son patron avait tort en contribuant, deux ans plus tard, dans l'uniforme des Mets, à la conquête du championnat mondial de baseball.
La disparition des Expos fut une immense déception après le succès mirobolant des belles années. L'équipe a attiré plus de deux millions de spectateurs durant trois saisons dans le Stade olympique qualifié de  « Big O » par les anglophones. En 1982-83, les partisans furent même plus nombreux aux matchs locaux que ceux des Yankees de New York. Bronfman explique l'effondrement à une escalade incroyable d'erreurs et de circonstances négatives dont la première fut la construction du stade le plus cher de tous ceux construits en Amérique du Nord mais qui, malgré son architecture magnifique, ne respecte aucun critère du baseball majeur.
Ajoutons le gonflement à l'extrême de la masse salariale, la faiblesse du dollar canadien et l'avènement des Blue Jays qui ont raflé l'essentiel des droits de télévision. Charles Bronfman s'en est fort bien tiré cependant. Il a touché 75 millions $ en cédant l'équipe à un consortium de Washington après avoir investi 4 million $. Marcel Aubut et ses partenaires ont obtenu le même montant en vendant les Nordiques de Québec aux propriétaires de l'Avalanche du Colorado.
Depuis, l'État a l'impudence de prêter à nouveau l'oreille aux sangsues qui rêvent d'un retour des Nordiques et des Expos pendant que les régions périphériques comme la nôtre sont tragiquement abandonnées.